Alors que 37 ménages sont toujours logés dans des ressources d’hébergement d’urgence, à Montréal, l’administration municipale vient d’augmenter le budget de son organisme d’aide au relogement, parce qu’elle estime que la situation n’est pas près de s’améliorer.

Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

« Il faut des ressources supplémentaires, parce qu’on sait que le resserrement du marché locatif ne va pas se régler de lui-même. La crise se poursuivra encore l’an prochain », a souligné mercredi matin Robert Beaudry, responsable de l’habitation au sein du comité exécutif de l’administration Plante.

Selon les dernières données du service de l’habitation, le service de référence de l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) a répondu, depuis le début de 2021, à 761 requêtes de ménages ayant du mal à trouver un logement, en a accompagné 343 dans leurs recherches et a fourni de l’hébergement d’urgence à 91 d’entre eux.

En comparaison, 116 ménages avaient été hébergés en 2020, et 52 en 2019.

Robert Beaudry précise qu’il s’agit surtout de personnes seules, mais que des familles sont aussi concernées, puisque les grands logements abordables sont difficiles à trouver.

Outre les 37 ménages hébergés par la Ville, 75 autres ménages sont toujours sans logis, mais sont hébergés par des proches temporairement, souligne la porte-parole du Front populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Véronique Laflamme.

« La situation, deux mois et demi après le 1er juillet, en dit long sur la profondeur de la crise du logement vécue par les ménages locataires montréalais, surtout dans un contexte où les données publiées par la SCHL laissent croire qu’il y a des logements disponibles. Or, il semble que les logements disponibles, dont plusieurs logements moyen et haut de gamme récemment construits, ne sont pas accessibles pour une grande partie des ménages locataires », déplore Mme Laflamme.

« On a rarement vu, à Montréal, mais dans plusieurs autres villes du Québec, une situation aussi catastrophique au lendemain du 1er juillet, et même deux mois après, mais le gouvernement Legault n’a pour l’instant absolument pas bougé sur les mesures structurantes qui sont nécessaires pour que des solutions pérennes soient trouvées, comme des protections contre les évictions frauduleuses, un contrôle pour contrer la hausse fulgurante du prix des loyers et des investissements supplémentaires dans les logements sociaux comme lui demandent non seulement les organismes communautaires, mais plusieurs municipalités. »

« Il faut souligner que les demandes ne se concentrent plus exclusivement en juin-juillet, mais se manifestent sur plusieurs mois », indique le service de l’habitation de Montréal, dans les documents présentés au comité exécutif.

58 jours d’hébergement d’urgence

On souligne que la durée moyenne d’hébergement, qui était de 19 jours en 2019, est passée à 41 jours en 2020 puis à 58 jours en 2021, avant que les ménages recevant de l’aide réussissent à se reloger.

Le taux de logements disponibles se situe actuellement à 3,2 %, ce qui est légèrement au-dessus du taux d’équilibre, qui est établi à 3 %. Cependant, « cette donnée masque des écarts importants sur le territoire (forte vacance au centre-ville, pénurie sévère dans des secteurs comme Montréal-Nord), » souligne le service de l’habitation.

Afin de pouvoir continuer d’offrir les services nécessaires aux ménages qui ne trouvent pas de toit, le comité exécutif a autorisé mercredi une dépense additionnelle maximale de 850 000 $ pour l’année 2021 et de 1,9 million pour l’année 2022, pour le remboursement à l’OMHM des frais supplémentaires encourus pour l’hébergement temporaire et les autres mesures d’urgence reliées principalement à l’Opération 1er juillet.

« Au 31 juillet, la Ville a déjà reçu des factures totalisant 821 778 $ pour les hébergements terminés. La somme de 1,4 million prévue sera insuffisante pour couvrir les frais d’hébergement jusqu’à la fin de l’année, la somme sera entièrement dépensée en début septembre », indique le service de l’habitation.

Robert Beaudry souligne que cette aide d’urgence vise à répondre aux besoins à court terme, mais que l’administration de la mairesse Valérie Plante travaille sur des solutions à long terme pour résorber la crise de l’abordabilité des logements.

La Ville a d’ailleurs annoncé mercredi une subvention de 5,7 millions pour un projet de coopérative d’habitation dans l’arrondissement de Saint-Laurent, qui comporte de nombreux logements de plusieurs chambres à coucher destinés aux familles.