La silhouette d’un avion s’élevant contre un coucher de soleil : voilà une vision presque oubliée depuis plus d’un an. Pourtant, depuis la fin de la quarantaine obligatoire pour les voyageurs pleinement vaccinés, les vrombissements des bolides aériens emplissent à nouveau le ciel montréalais.

Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

Ce sont 269 arrivées et départs qui ont eu lieu à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau le 9 juillet, soit le plus grand nombre depuis le début de la pandémie, selon le site FlightAware. Au plus creux du premier confinement, le 16 avril 2020, on en dénombrait 83. La reprise est timidement entamée depuis le printemps : en mai 2021, 134 558 passagers ont transité par l’aéroport international Montréal-Trudeau, selon les statistiques de l’organisation. En mars, ils étaient 109 666 et en avril, 118 422.

Depuis le 5 juillet, soit la date où la quarantaine obligatoire à l’hôtel a été levée pour les voyageurs pleinement vaccinés, une trentaine de vols quotidiens se sont ajoutés à l’horaire. Et à l’aéroport, doucement, la vie reprend.

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Même si on est loin de la frénésie d’antan, les voyageurs étaient nombreux aux comptoirs d’enregistrement de l’aéroport Montréal-Trudeau lundi.

Lundi, l’ambiance du terminal était feutrée, voire solennelle. Dans les grands espaces aseptisés, synonymes de mouvement et d’aventures, on était loin de la frénésie des départs et de l’émotion des retrouvailles prépandémiques. Pourtant, aux départs d’Air Canada (comme au comptoir du Tim Hortons), quelques personnes attendaient en ligne. Signe discret d’un regain de fréquentation.

« Effectivement, on revoit une certaine vie et une activité qu’on n’avait pas vues dans les six derniers mois », a confirmé Anne-Sophie Hamel, porte-parole pour Aéroports de Montréal, la société responsable de la gestion des aéroports de Montréal-Trudeau et de Montréal-Mirabel. « Un aéroport vide, c’est triste », s’est-elle désolée.

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Océane Dubois est arrivée lundi de France.

À la sortie de l’aéroport, une vingtaine de voyageurs, des valises empilées sur des chariots à roulettes, se préparaient à quitter le terminal, le regard plongé dans leur téléphone. C’était le cas d’Océane Dubois et de Franck Incardona, deux Marseillais qui venaient d’atterrir au Québec avec — pour lui — un permis de vacances-travail. « On est vaccinés et notre visa allait expirer dans cinq jours », ont-ils expliqué à La Presse. Ils ont donc sauté dans l’avion vers Montréal.

Arrivées internationales au compte-gouttes

Du côté des arrivées internationales, inaccessibles par-delà des murs temporaires où ont lieu les tests de dépistage de la COVID-19, des voyageurs sortent au compte-gouttes. Tous les arrivants en provenance de l’étranger doivent présenter un test de COVID-19 négatif fait dans les 72 heures précédant l’heure du départ de leur vol. Ils sont aussi soumis à un test de dépistage à leur arrivée au Canada. Par contre, les voyageurs qui sont adéquatement vaccinés n’ont plus à faire de quarantaine obligatoire à l’hôtel en attendant le résultat de leur test, et n’ont plus à se soumettre à un autre test huit jours plus tard.

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Noha Mustafa s’est entretenue avec La Presse en attendant son vol pour le Nouveau-Brunswick.

Noha Mustafa, en provenance du Caire avec son conjoint (et un matou orangé, tapi dans un sac de transport), a hâte de pouvoir s’installer au Canada. La destination du couple : Fredericton, au Nouveau-Brunswick. Tous deux venaient de terminer la quarantaine à l’hôtel — qui s’est bien passée, à l’exception de la nourriture qui n’était pas à son goût, a souligné Noha Mustafa en riant — et ils attendent leur vol final à destination des Maritimes. « Au Canada, les mesures à suivre étaient vraiment claires, et nous savions ce que nous avions à faire. C’était mieux que ce à quoi je m’attendais », a remarqué la nouvelle immigrante, éducatrice à la petite enfance.

Voyager à l’intérieur du Canada

Mahamadou François-Dahani, 18 ans, retournait lundi à Halifax. Il était venu à Montréal voir un ami. S’il n’était pas encore vacciné, il assurait qu’il s’en chargerait bientôt. Il devra respecter une quarantaine à son retour en Nouvelle-Écosse. Dans une autre section de l’aéroport, Graham Sherbut repartait vers Calgary après avoir visité des amis à Montréal.

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Mahmadou François-Dahani attendait son vol pour retourner à Halifax, lundi.

Un reportage de Radio-Canada publié le 13 mai a mis en relief le manque d’attention portée aux vols à l’intérieur du Canada. Ceux-ci représentaient 85 % du trafic aérien au Canada depuis le début de la pandémie et ont eu un impact sur la transmission de la COVID-19 au pays. Selon le site du gouvernement du Québec, « il n’y a pas de mesure d’isolement préventif prévue pour les personnes qui arrivent des autres provinces canadiennes ».

Pas encore une reprise

« Je ne parlerais pas encore de reprise, puisque les frontières internationales sont toujours fermées », note Anne-Sophie Hamel, d’Aéroports de Montréal. Elle explique que les voyageurs sont encore principalement des citoyens canadiens ou des personnes avec des permis spéciaux. Depuis le 5 juillet, des étrangers, s’ils sont pleinement vaccinés, peuvent venir visiter des membres de leur famille au Canada sans faire de quarantaine. La même situation s’applique aux travailleurs et étudiants étrangers ainsi que pour les déplacements de nature humanitaire, comme des funérailles.

L’achalandage actuel équivaut à 20 % de celui de 2019, selon la porte-parole. « Au printemps, il équivalait à 10 %, par comparaison à 2019 », soutient-elle.

Ce retour du trafic aérien ne fait pas l’affaire de tous. « De façon tragique, mais très étonnante, le virus de la COVID-19 nous a donné un laboratoire grandeur nature du climat sonore dont les Montréalais devraient jouir annuellement », croit Pierre Lachapelle, président de l’organisme de défense des droits Les pollués de Montréal-Trudeau.

Avec la collaboration de Khaoula Chehbouni