(Montréal) Des élus montréalais envisagent d’étendre le droit de vote à plus de 100 000 non-citoyens afin de mieux intégrer les immigrants et d’encourager davantage de personnes racisées à participer à la politique municipale.

Virginie Ann
La Presse Canadienne

L’idée n’est pas nouvelle : pendant des années, des villes canadiennes comme Toronto, Vancouver et Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, ont débattu ou proposé de donner le droit de vote aux résidents permanents, mais aucune n’a réussi à convaincre les gouvernements provinciaux ou fédéraux de modifier les lois sur la citoyenneté et le vote.

Montréal peut « faire preuve de leadership » sur cette question et relancer le débat dans le pays, selon un rapport daté du 19 avril de la Commission sur le développement social et la diversité montréalaise.

« L’octroi du droit de vote aux résident-es permanent-es est l’un des moyens de favoriser la participation politique et d’assurer une meilleure représentation des divers groupes formant la société », indique le rapport.

« Montréal, en tant que ville du Québec accueillant annuellement le plus grand nombre de personnes immigrantes, doit s’assurer d’être à l’image de la diversité de sa population. »

Le comité, composé majoritairement d’élus des deux principaux partis à la mairie, souhaite que Montréal affirme publiquement sa volonté d’accorder le droit de vote aux résidents permanents qui vivent « depuis au moins 12 mois sur le territoire de la Ville de Montréal ». Il souhaite également que la Ville fasse pression sur les gouvernements provincial et fédéral pour modifier les lois afin de permettre aux non-citoyens de voter aux élections municipales.

L’idée a ses critiques. Frédéric Bastien, professeur d’histoire au Collège Dawson de Montréal et ancien candidat à la direction du Parti québécois, affirme que permettre aux non-citoyens de voter pourrait mettre en danger les fondations de l’État-nation.

Il dit que la citoyenneté s’accompagne d’une compréhension de la culture, de la langue et de l’histoire d’un pays, ajoutant que l’idée pourrait être une stratégie politique de la mairesse Valérie Plante avant les élections municipales de novembre prochain.

Chris Erl, candidat au doctorat au département de géographie de l’Université McGill qui étudie la politique municipale, n’est de son côté pas d’accord pour dire que l’octroi du droit de vote aux communautés marginalisées porterait atteinte aux valeurs démocratiques du pays. Au contraire, a-t-il dit, cela donnerait une voix à de nombreuses personnes qui ont été exclues de la politique.

Il a ajouté qu’il remettait en question l’équité de refuser de donner aux personnes qui sont activement engagées dans la vie urbaine d’une ville le droit de choisir ceux qui les représentent au pouvoir.

Le comité de la diversité de la ville a noté que les résidents permanents composent environ 9 % de la population de Montréal, ce qui équivaut à environ 170 000 personnes — dont environ 105 000 seraient admissibles.

L’administration de la Ville de Montréal se dit intéressée à laisser voter les non-citoyens afin d’attirer plus de gens dans le processus politique, en particulier les immigrants. Le taux de participation aux élections municipales de 2017 était de 22 % à Côte-des-Neiges — Notre-Dame-de-Grâce, l’arrondissement le plus diversifié sur le plan ethnique de la ville, selon les données gouvernementales.

Mais on ne sait pas ce que les gouvernements provincial et fédéral pensent de l’idée montréalaise. Un porte-parole de la ministre des Affaires municipales du Québec n’a pas répondu à une demande de commentaires. Et Corinne Havard, porte-parole du ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, a déclaré qu’Ottawa ne jouait pas de rôle dans les élections municipales et a renvoyé des questions sur la réforme des lois électorales au gouvernement du Québec.

Montréal ne semble pas intéressé à faire avancer la question pour le moment — du moins pas avant les élections municipales de novembre.

Geneviève Jutras, porte-parole de Valérie Plante, a déclaré que la Ville prendrait son temps pour examiner le rapport, ajoutant qu’il appartenait au gouvernement provincial de modifier les droits de vote.

« L’administration n’a pas l’intention de demander une modification avant les prochaines élections municipales », a dit Mme Jutras.