Une centaine de manifestants se sont réunis samedi devant le consulat général de Russie à Montréal pour réclamer la libération de l’opposant Alexeï Navalny, arrêté dimanche dernier. Toujours samedi, 2000 arrestations sont survenues en Russie lors de rassemblements d’envergure.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Avec tout ce qui se passe en ce moment, on peut dire qu’on est sur la voie d’une dictature totale en Russie », s’indigne Jacqueline Delia, rencontrée en marge de la manifestation, avenue du Musée, non loin des terrains de l’Université McGill.

Née à Moscou, la jeune femme est arrivée à Montréal à l’âge de 9 ans. Elle y réside depuis maintenant 14 ans. Elle se dit « consternée » par ce qui se passe dans son pays natal, où plusieurs de ses proches vivent toujours. « On est vraiment chanceux au Canada de pouvoir sortir dans les rues pour exprimer nos revendications. En Russie, malheureusement, les gens n’ont pas cette option-là. Ils se font frapper, se font ramasser par la police », déplore-t-elle.

C’est ridicule. Ils l’ont jugé en quelques heures sans accès à un avocat. Pour nous tous et toutes, c’est vraiment une situation aberrante.

Jacqueline Delia, Montréalaise née à Moscou

Placé en détention provisoire et visé par plusieurs procédures judiciaires, Alexeï Navalny, âgé de 44 ans, avait été appréhendé le 17 janvier, dès son retour d’Allemagne, après cinq mois de convalescence à la suite d’un empoisonnement qui, accuse-t-il, a été perpétré à la demande du Kremlin.

L’un des organisateurs de la manifestation à Montréal, Gleb Shalabanov, est catégorique. « La meilleure aide qu’on puisse donner à Navalny en ce moment, c’est la médiatisation internationale. Le régime russe minimise constamment l’importance du mouvement d’opposition », fustige-t-il.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

« Libérez Navalny. » « Poutine voleur ! » Plus d’une centaine de personnes ont scandé des slogans pendant plus d’une heure, sous l’œil de quelques agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Pour M. Shalabanov, le constat est clair. « La Russie fabrique des dossiers et de fausses accusations contre Navalny. Ils l’attrapent, le mettent en prison, le libèrent, puis ça recommence. C’est un cycle vicieux qui n’en finit plus », dit-il.

Arrivée au Canada il y a 25 ans, Anna Deveau, native de Saint-Pétersbourg, est du même avis. « Les gens qui paient des impôts en Russie devraient avoir le droit d’exprimer leur opinion sur les gens qui sont élus pour gouverner le pays. C’est antidémocratique, ce qui se passe. Tous les dossiers sont fabriqués de toutes pièces. C’est tout simplement illégitime », condamne-t-elle.

Une lutte bien plus grande

Pancarte à la main, Kirill Lyajioshev, lui, affirme que le cas d’Alexeï Navalny est la pointe de l’iceberg d’une cause beaucoup plus large. « Je suis ici aujourd’hui parce qu’il faut libérer tous les prisonniers politiques russes, pas juste Navalny. C’est un symbole, mais il y a encore beaucoup à faire pour lutter contre ce pays fasciste », dénonce-t-il vivement.

Originaire de la région de Volga, en Russie, la Montréalaise Vera Ganicheva tenait à manifester samedi pour exprimer sa solidarité avec le peuple russe. « À tous ceux et celles qui étaient dans les rues de notre grand pays, on veut leur dire qu’ils ne sont pas seuls, avec leurs problèmes et leur régime autoritaire. Nous habitons au Canada, mais on les soutient », lance-t-elle.

Il n’y a aucun signe de démocratie en Russie. La répression, c’est presque au même stade qu’au début du XXe siècle, à l’époque de Joseph Staline.

Vera Ganicheva, Montréalaise d’origine russe

En Russie, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi en réponse à l’appel de l’opposant Alexeï Navalny pour exiger sa libération, donnant lieu à plus de 2500 arrestations, ainsi qu’à des heurts dans plusieurs grandes villes.

Les principaux rassemblements ont eu lieu à Moscou et Saint-Pétersbourg, avec dans chaque cas quelque 20 000 participants. Des manifestations ont également eu lieu dans des dizaines d’autres villes. À Moscou, des heurts ont opposé à plusieurs reprises dans l’après-midi des policiers qui frappaient à coups de matraque des manifestants leur jetant des boules de neige.

En début de soirée, des centaines de personnes ont rallié la prison de Matrosskaïa Tichina où est détenu l’opposant Alexeï Navalny, dans le nord de Moscou. La police y a procédé à des arrestations, frappant des manifestants avec des matraques et les dispersant. Ce mouvement de contestation a lieu à quelques mois des législatives prévues pour l’automne, sur fond de chute de popularité du parti au pouvoir Russie unie.

— Avec l’Agence France-Presse