Des arrondissements préviennent qu’ils devront couper dans les services aux citoyens si l’administration Plante leur impose une baisse de 3,1 % de leur budget en raison du manque à gagner entraîné par la pandémie.

Sara Champagne Sara Champagne
La Presse

« Ça fait mal », résume Christine Black, mairesse de Montréal-Nord, un arrondissement durement frappé par un foyer d’éclosion dans les dernières semaines.

L’administration de Valérie Plante détaillera lors du prochain conseil municipal, prévu lundi, l’ampleur de l’effort budgétaire demandé aux arrondissements pour sortir Montréal du gouffre dans lequel la COVID-19 a placé les finances municipales.

« On va avoir besoin d’aide, sinon on n’arrivera pas. Et on va devoir couper dans nos services aux citoyens, prévient Christine Black, qui siège sous la bannière d’Ensemble Montréal, l’opposition à l’hôtel de ville. Dans les parcs, dans l’entretien, dans l’embellissement. J’ai un petit surplus, mais nous avions prévu de l’investir pour aider à la revitalisation des commerces dans l’axe des boulevards Pie-lX et Industriel, pour notre centre sportif, aussi. »

Montréal-Nord ne connaît pas de répit depuis le début de la crise avec une population particulièrement vulnérable. L’achat local de masques en attente de ceux de la ville-centre n’est que la pointe de l’iceberg, relate la mairesse.

1,329 million de dollars : coupes prévues dans Montréal-Nord

Pour faire face à la crise, de l’aide a d’abord été accordée aux banques alimentaires, explique Mme Black. Des mesures d’urgence ont ensuite été adoptées pour les quelque 444 commerces de son territoire, notamment par l’intermédiaire de congés de paiement des certificats d’occupation de l’espace public et des permis de construction.

« Tout nous coûte plus cher. On a embauché un préventionniste pour les mesures sanitaires à mettre en place. Il y aura des décisions déchirantes à prendre. Dans Montréal-Nord, la plupart des gens n’ont pas de cour arrière, pas de chalet. Il y a des dilemmes sur l’utilisation de nos piscines, de nos chalets de parc. »

Est-ce qu’on va nettoyer à chaque passage ? Est-ce réaliste dans le contexte budgétaire ?

Christine Black, mairesse de Montréal-Nord

Plan de redressement

À la Ville de Montréal, la mairesse Plante a déjà annoncé qu’elle entend déployer un plan pour économiser 123,4 millions. De ce montant, il est prévu de retrancher 85,7 millions dans les services centraux. Les 19 arrondissements devront pour leur part sabrer 28,7 millions, soit 3,1 % de leur enveloppe budgétaire.

L’opposition à l’hôtel de ville, qui contrôle la mairie de quatre arrondissements, entend se concerter face à ces coupes budgétaires avant le conseil municipal. Mais déjà, le porte-parole en matière de finances du parti Ensemble Montréal, Alan De Sousa, s’explique mal comment la ville-centre ne se limite pas à puiser dans les transferts budgétaires aux arrondissements. Il comprend mal comme la Ville peut justifier d’aller chercher dans les revenus locaux.

« On constate que la ponction de 3,1 % n’est pas équitable d’un arrondissement à l’autre. Et on reproche à l’administration Plante une explosion des dépenses dans les trois dernières années. Par exemple, les dépenses sont passées du simple au double pour les centres de traitement des matières organiques (CTMO). Il faudrait d’abord savoir comment elle entend réduire les services centraux », estime M. De Sousa, également maire de l’arrondissement de Saint-Laurent.

2,245 millions de dollars : coupes prévues dans Saint-Laurent

La semaine dernière, dans l’arrondissement d’Anjou, le maire Luis Miranda a dû déployer des employés municipaux dans le parc Lucie-Bruneau pour réparer une clôture défoncée par des jeunes qui n’ont pas respecté la fermeture des installations. Une intervention a aussi été nécessaire pour distancier des aînés jouant à la pétanque. Il faudra des agents de sécurité, dit-il.

855 700 $ : coupes prévues dans Anjou

M. Miranda n’a pas encore un portrait précis, mais il estime que la pandémie double les dépenses de son arrondissement. Avec des revenus en chute libre.

« On a sept jardins communautaires. Avec la réouverture, il est clair qu’il faudra des agents pour s’assurer de la distanciation. Les camps de jour sont un autre exemple. Avec les ratios imposés pour maintenir une distance, il va falloir davantage de moniteurs. Et il y aura moins d’inscriptions, donc moins de revenus. On va faire quoi avec les piscines, quand il y aura des canicules ? Ouvrir nos bâtiments ? »

C’est malheureux, mais je ne pourrai pas exclure de dire à mes concitoyens de rester enfermés chez eux.

Luis Miranda, maire d’Anjou

Au cabinet de la mairesse de Montréal, on a décliné une demande d’entrevue avec La Presse. L’attachée de presse de l’exécutif, Laurence Houde-Roy, a précisé que l’administration est en train de « finaliser » le plan de redressement et qu’il y a des « éléments à déterminer. »

Rappelons que les villes canadiennes ont réclamé un plan d’aide d’urgence de 10 milliards d’Ottawa à la fin du mois d’avril. À Montréal, on estime que la pandémie pourrait entraîner un manque à gagner de plus d’un demi-milliard.

Plan de redressement des arrondissements

Budget original : 924,7 millions

Ponction : 28,7 millions

Les arrondissements les plus touchés

Ville-Marie : 2,974 millions

Saint-Laurent : 2,245 millions

Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce : 2,113 millions

Mercier–Hochelaga-Maisonneuve : 2,046 millions

Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension : 1,843 million