La crise des locaux vacants semble en voie de se résorber sur la rue Saint-Viateur, au coeur du Mile End, où des locaux vides depuis des mois, voire des années, ont trouvé preneur.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Dans deux cas, les immeubles appartiennent à la société de gestion immobilière Shiller Lavy, accusée par plusieurs de contribuer à la problématique du commerce de détail sur les artères commerciales de Montréal, en faisant de la spéculation et en imposant des hausses de loyer astronomiques. Résultat : des commerces de proximité, comme le café Le Cagibi et la pâtisserie Chez de Gaulle, doivent plier bagage.

Au printemps 2018, Shiller Lavy a haussé le loyer du Cagibi de 3417 $ à 7500 $ par mois pour un espace deux fois plus petit. Et en juillet 2019, il a fait passer celui de la pâtisserie Chez de Gaulle de 1950 $ à 6500 $.

Resto mexicain

Le nouveau locataire de l’espace qui a été occupé pendant 10 ans par Le Cagibi, à l’angle du boulevard Saint-Laurent, est un restaurant mexicain de tacos, La Catrina. Les propriétaires, dont Emiliano Gonzalez Camarena, ont ouvert un premier resto du même nom, en mai 2019, dans un immeuble du Vieux-Port appartenant aussi à l’entreprise Shiller Lavy.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Le nouveau locataire de l’espace qui a été occupé pendant 10 ans par Le Cagibi est un restaurant mexicain, La Catrina.

Cette deuxième succursale devrait ouvrir en mai, après des travaux de rénovation.

Anciennement copropriétaire de La Champagnerie, dans le Vieux-Montréal, M. Camarena assure que le loyer exigé par Shiller Lavy n’est pas démesuré, sans dévoiler le montant. « C’est un prix très correct pour le quartier, affirme-t-il. C’est plus cher que ce qu’on paye dans le Vieux-Port, mais ce n’est pas fou. »

Le restaurateur de 30 ans ajoute que l’ouverture de cette deuxième succursale s’inscrit dans un plan d’expansion qui a des visées à l’international.

Bail de 10 ans

« Dans le Vieux-Port, il y a beaucoup de touristes, explique-t-il. En s’installant sur la rue Saint-Viateur, on veut aller chercher la clientèle locale. Ce deuxième resto ne sera pas le dernier. On croit beaucoup à notre concept. On a songé à ouvrir à Miami, mais on s’est dit qu’il fallait être solides ici avant d’aller ailleurs. Si on veut se faire connaître, il n’y a rien de mieux que d’aller dans un quartier où il y a des Montréalais. »

Ce local occupe une superficie de 2000 pieds carrés. Selon M.  Camarena, qui a signé un bail de 10 ans, c’est le dernier commerce de la rue à détenir un permis d’alcool.

« Il y a des travaux à faire, souligne-t-il. Il faut notamment installer la ventilation et percer un trou jusqu’au toit. On va conserver les plafonds à l’ancienne et les calorifères à eau chaude, mais on veut donner une petite touche mexicaine. »

Hausse de 233 %

Quant à l’ancien local de Chez de Gaulle, au coin de la rue Jeanne-Mance, il aurait aussi été loué. Celui qui l’a occupé pendant 13 ans, De Gaulle Helou, a dû se résoudre à fermer boutique, en juillet, en raison de l’augmentation de 233 % du loyer décrétée par les propriétaires.

M.  Helou a déménagé sa pâtisserie à Saint-Jean-sur-Richelieu, où les affaires vont très bien, dit-il. « Je regrette d’être resté à Montréal aussi longtemps. »

Le conseiller du district du Mile End, Richard Ryan, ne doute pas que la société de gestion Shiller Lavy puisse trouver un locataire capable de payer le prix demandé, mais il se demande quel type de commerces va s’installer rue Saint-Viateur. « La question que je me pose, c’est si les petites rues trendy de Montréal ne sont pas en train de perdre leur identité pour devenir des rues de destination », explique-t-il.

Solutions recherchées

En attendant, la Ville poursuit les consultations publiques sur la problématique des locaux vacants sur ses artères commerciales, entreprises au début janvier. Un atelier de cocréation avec quelque 70 commerçants et propriétaires immobiliers avait lieu mardi soir. « Ce qui ressort déjà, c’est qu’il va falloir faire une meilleure collecte des données et les uniformiser d’un quartier à l’autre », assure Richard Ryan, qui préside les consultations.