L’utilisation des transports collectifs a connu dans les cinq dernières années sa plus anémique progression depuis 1998, selon les faits saillants de la plus récente enquête origine-destination qui seront rendus publics mardi matin, à Montréal.

Bruno Bisson Bruno Bisson
La Presse

Cette vaste enquête sur la mobilité de la population métropolitaine, réalisée à l’automne 2018 auprès de 74 000 ménages, révèle une faible baisse de l’utilisation de l’automobile (- 1 %) en période de pointe du matin par rapport aux résultats de 2013. Une augmentation de 4 % de l’achalandage des transports collectifs, pour l’ensemble de la région métropolitaine, a aussi été enregistrée entre 2013 et 2018. C’est très faible par rapport aux variations observées depuis 20 ans dans la grande région de Montréal.

En fait, et c’est sans doute ce qu’il y a de plus étonnant dans cette plus récente enquête origine-destination (OD), ces résultats semblent démontrer que, dans tous les secteurs de la métropole et pour tous les modes de transport motorisés, les habitudes des Montréalais et des résidants des banlieues n’ont à peu près pas changé au cours des cinq dernières années, que ce soit au volant de leur automobile ou dans les réseaux de bus, de trains et de métro.

La fin d’un cycle de croissance ?

De plus, les résultats de l’enquête OD 2018 semblent signaler de manière brutale la fin d’un long cycle de développement de 20 ans, au cours duquel la fréquentation des transports collectifs avait tendance à croître d’une manière significative d’une enquête à l’autre. Ce n’est pas le cas cette fois-ci.

Les hausses de fréquentation des transports collectifs enregistrées entre 2013 et 2018 sont les plus faibles enregistrées dans la région métropolitaine, sur toute période de cinq ans, depuis 1998. Et c’est le cas dans presque tous les secteurs de la grande région de Montréal.

Entre 1998 et 2003, la croissance de l’achalandage des transports collectifs s’est élevée à 7 %, selon les données de l’enquête OD.

Entre 2003 et 2008, la fréquentation des transports collectifs a explosé, affichant une hausse de 14 %. Puis, de 2008 à 2013, cette croissance a continué avec une progression de 8 %.

Celle de 4 %, enregistrée entre 2013 et 2018 pour l’ensemble du territoire métropolitain, est donc, de loin, la plus faible en 20 ans.

Des hausses anémiques

TABLEAU TIRÉ DE L'ENQUÊTE ORIGINE-DESTINATION

Selon l’enquête OD, c’est à Montréal qu’on a relevé la plus forte hausse du nombre de déplacements en transports collectifs pendant la période de pointe du matin, soit 14 000, pour une augmentation de 4 % par rapport aux résultats de la même enquête en 2013.

Entre 2008 et 2013, cette hausse était de 6 %. Dans le quinquennat précédent, de 2003 à 2008, elle était de 10 %. Et entre 1998 et 2003, elle avait atteint 6 %.

Ces comparaisons sont encore plus significatives à Laval ou dans les municipalités des couronnes de la banlieue où on a enregistré, durant la période de 2013-2018, des augmentations anémiques de l’utilisation des transports collectifs qui tranchent totalement avec l’évolution des 15 années précédentes.

Dans les municipalité de la couronne Sud de la banlieue, par exemple, les enquêtes OD menées en 2003, en 2008 et en 2013 avaient permis de constater des augmentations significatives de l’utilisation des transports collectifs de l’ordre de 31 %, 59 % et 22 % entre chaque enquête OD. Cette fois, la hausse a été limitée à 6 % entre 2013 et 2018.

Sur la couronne Nord, la fréquentation des services d’autobus en période de pointe du matin est passée de 12 000 usagers à peine en 1998 à pas moins de 32 000 en 2013, après avoir enregistré des bonds de 33 %, 50 % et 33 % d’une enquête OD à la suivante.

En 2018, la hausse de fréquentation est d’à peine 1000 usagers en pointe matinale par rapport aux chiffres de 2013, soit une variation d’à peine 3 %.

Mais c’est à Laval que les résultats de l’enquête OD sont le plus étonnants. Selon les données disponibles, la fréquentation des transports collectifs présents dans l’île Jésus (métro, trains de banlieue, autobus) serait restée exactement la même qu’en 2013 avec un total de 46 000 usagers en période de pointe du matin. Ces données semblent contredire les chiffres récents de la Société de transport de Laval qui faisaient état d’une augmentation de son achalandage de près de 4 % pour la période de 2013 à 2018.

Cette croissance zéro de l’achalandage du transport collectif à Laval pour la période de 2013 à 2018 apparaît aussi complètement à contre-courant de la tendance des 15 années qui l’ont précédée. De 1998 à 2013, le nombre des déplacements en transports collectifs, à Laval, a donc presque doublé en pointe du matin, passant de 24 000 à 46 000… avant de plafonner pour les cinq années suivantes ?