Une policière de Montréal s’est fait tirer dessus à balles réelles par un collègue pendant une simulation, il y a quelques années, dans un incident que le SPVM aurait tenté de dissimuler.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Pour une raison non expliquée, un policier a participé à l’entraînement avec une arme de service chargée. Il a ouvert le feu en direction de sa collègue à deux reprises, le 14 avril 2014, sans toutefois l’atteindre.

L’accident vient d’être révélé au public parce que la policière impliquée, Valérie Guay, s’est battue contre son employeur pour pouvoir bénéficier de prestations d’accidentée du travail. Elle souffre d’un stress post-traumatique. Le Tribunal administratif du travail a rendu une décision juste avant Noël qui ouvre la porte à la possibilité d’être indemnisée.

Devant la justice et sous serment, la policière Guay a affirmé qu’un haut dirigeant de la police lui avait demandé de garder le silence sur l’événement qui avait failli lui coûter la vie. 

Ce commandant « ne veut pas que l’accident s’ébruite afin d’éviter que les policiers se pensent en danger ». La policière « comprend de ces propos qu’elle ne doit pas parler de l’incident ».

Cette semaine, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a refusé de s’expliquer sur la situation. « Le SPVM ne commente pas les dossiers qui sont en processus judiciaire, que ce dernier soit en cours ou terminé », a répondu l’organisation.

Mme Guay n’a pas non plus voulu commenter la situation. « Le processus judiciaire n’est pas terminé », a expliqué son avocate, MSophia Rossi.

« Pleurs et crise de panique »

Peu d’informations sont disponibles quant aux circonstances de la simulation qui a failli tourner au drame au printemps 2014.

Il s’agissait d’un entraînement pour apprendre comment réagir à la présence d’un « tireur actif », indique la justice, qui qualifie l’événement d’« accidentel ».

Ce n’est qu’un an et demi plus tard, alors qu’une autre simulation était imminente, que les symptômes de stress post-traumatique se sont manifestés, a affirmé Mme Guay. « La travailleuse réagit fortement, tant au niveau psychologique (pleurs, crise de panique) qu’au niveau physique (difficulté à respirer, tremblements) », explique la justice. Dans les mois suivants, elle rencontre plusieurs professionnels de la santé et parle fréquemment de ses problèmes avec ses supérieurs.

En 2017, elle réalise que contrairement à ce qu’elle croyait, l’événement du 14 avril 2014 n’a jamais été considéré comme un accident de travail, ce qui l’empêche d’être indemnisée par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

L’organisation publique accepte de passer l’éponge sur le retard de la travailleuse à présenter une réclamation, mais pas son employeur. Le SPVM s’est opposé à ce que Mme Guay puisse déposer une réclamation en lien avec cet événement, en raison de son retard à agir. Dans sa décision rendue le mois dernier, le Tribunal administratif du travail a débouté la police et a excusé le retard de la policière.

Par ailleurs, Mme Guay devra revenir devant le Tribunal administratif du travail à court terme, parce que la CNESST a refusé la réclamation qu’elle lui a permis de déposer. Cette question sera tranchée dans un deuxième temps.