La police de Montréal met en place une escouade de lutte contre le trafic d’armes à feu devant une « hausse atypique des évènements » violents dans le nord-est de la ville.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

La mairesse Valérie Plante et le chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron, en ont fait l’annonce jeudi en matinée.

« Au cours des derniers mois, nous avons malheureusement constaté dans plusieurs secteurs de Montréal de nombreux incidents impliquant des armes à feu. Cette situation nous préoccupe énormément, a dit Mme Plante. Nous devons être en mesure de rassurer celles et ceux qui s’inquiètent. »

Selon une compilation effectuée par La Presse, il y a eu 6 meurtres avec arme à feu, 55 tentatives de meurtre avec arme à feu et 38 évènements de coups de feu sans victime depuis le début de l’année à Montréal. Une moyenne d’un évènement avec arme à feu tous les 3,6 jours.

« C’est inacceptable, ce qui s’est passé depuis le mois de juin, depuis le déconfinement », a dit Sylvain Caron, qui évoque des agressions impliquant des armes à feu « à toute heure du jour, près des écoles, dans des quartiers résidentiels ».

L’escouade comptera dans un premier temps « une vingtaine de policiers » recrutés un peu partout au SPVM et sera en place d’ici la fin janvier, a-t-il continué. À terme, une quarantaine de personnes feront partie de l’escouade. « On veut s’attaquer au réseau de distribution et d’approvisionnement en armes à feu », a-t-il ajouté.

L’escouade « aura le mandat d’approfondir les enquêtes dans le but d’arrêter les têtes dirigeantes des réseaux existants de trafic d’armes et de s’attaquer à ce marché », a expliqué Valérie Plante. Elle espère que ce « geste fort » sera suffisant pour « renverser la tendance que nous observons depuis quelques mois ».

103 arrestations pour Quiétude

L’escouade Quiétude, créée il y a un an pour s’attaquer aux crimes avec armes à feu, se verra donc amputer d’un pan de ses activités. Jusqu’à maintenant, elle a traité 153 informations en matière d’armes à feu, ayant conduit à 103 arrestations, 83 perquisitions et 44 saisies d’armes à feu.

Caroline Bourgeois est la mairesse de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, arrondissement où se sont produites plusieurs des fusillades des derniers mois. Elle vient d’être nommée responsable de la police au sein du comité exécutif.

« Je peux vous dire que je reçois un nombre énorme de courriels et d’appels de citoyens qui ont des inquiétudes extrêmement légitimes. C’est important qu’ils sachent qu’ils sont entendus », a-t-elle dit hier. L’élue a vanté les initiatives prises par le SPVM au cours des derniers mois, notamment des campagnes de visibilité et le déploiement de policiers supplémentaires.

Mme Bourgeois a souligné que les autres ordres de gouvernement devaient aussi jouer leur rôle. Elle a notamment renouvelé l’appel de nombreux maires canadiens – dont Valérie Plante – à l’interdiction pure et simple de la possession privée d’armes de poing au Canada.

L’opposition ambivalente

L’opposition officielle à l’hôtel de ville affirme toutefois que l’escouade anti-trafic d’armes arrive un peu tard.

« Je suis content de voir le SPVM prendre cette décision, a réagi son chef, Lionel Perez. Cependant, Ensemble Montréal est surtout surpris qu’elle n’arrive pas plus rapidement et que la présentation budgétaire 2021 du SPVM n’ait pas présenté cette nouvelle équipe spécialisée. »

M. Perez en a profité pour attaquer l’action de l’administration sur d’autres fronts : « Nous aurions aimé que l’administration démontre la même volonté politique d’agir sur les enjeux de santé mentale et d’itinérance. »

— Avec la collaboration de Daniel Renaud, La Presse