Les commerçants de la promenade Masson envoient un message percutant à leurs clients sur des affiches installées mercredi : une deuxième fermeture obligatoire, en cas de recrudescence de la COVID-19, entraînerait « la mort » de plusieurs commerces, avec un impact important sur la vitalité du quartier.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

« S’il vous plaît, protégeons-nous », demandent-ils sur les panneaux, qui sont l’initiative de la Société de développement commercial (SDC) de la promenade Masson.

Les mots sont durs. Mais selon la nouvelle présidente de la SDC, Sylvie Chouinard, il ne s’agit pas d’une dramatisation à outrance de la situation.

« Il y a des gens qui ne comprennent pas, qui ne se protègent pas, parce qu’ils pensent que la maladie n’aura pas d’impact sur eux », souligne la coiffeuse, propriétaire du salon Ego Concept, qui a pignon sur rue depuis 1987 sur la promenade Masson.

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Sylvie Chouinard, propriétaire du salon Ego Concept et présidente de la SDC de la promenade Masson

Il faut leur faire comprendre que s’il y a une deuxième fermeture, ça va faire mal, et la rue Masson pourrait ressembler à Beyrouth après la guerre. Il y aura cinq commerces fermés sur un coin de rue.

Sylvie Chouinard, propriétaire du salon Ego Concept et présidente de la SDC de la promenade Masson

« Tu aimes ta petite pâtisserie ou ton café de quartier ? Si tu ne fais pas attention, il risque de disparaître », prévient Mme Chouinard.

Faire la discipline

Selon Mme Chouinard, les commerçants du secteur prennent beaucoup de précautions pour éviter la propagation du virus – elle-même prend la température de chaque personne qui met le pied dans son salon.

« Mais je dois me chicaner assez régulièrement avec des clients qui veulent enlever leur masque », dit-elle.

Même chose pour Rachel Chevalier Richard, propriétaire du Café Lézard. « On fait beaucoup de discipline, je dois répéter 100 fois par jour aux gens de mettre leur masque pour aller aux toilettes », confie la restauratrice.

La fermeture de nombreux établissements pendant trois mois, décrétée le printemps dernier par les autorités, a laissé plusieurs commerçants en situation financière précaire. Malgré l’aide gouvernementale, ils sont nombreux à s’être endettés. Mme Chevalier Richard a même organisé une campagne de sociofinancement et recueilli 10 000 $ auprès de sa clientèle pour pouvoir s’en sortir.

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Rachel Chevalier Richard, propriétaire du Café Lézard

On a déjà de la difficulté à arriver, avec les faibles marges de profit qu’on a. Si on est obligés de fermer parce que les gens ne font pas attention, certains commerces ne pourront pas survivre. Encore moins que la première fois.

Rachel Chevalier Richard, propriétaire du Café Lézard

« Et ça se peut qu’on doive fermer la semaine prochaine, on ne sait pas… », ajoute-t-elle.

Selon elle, les commerces de proximité, comme le sien, sont quand même en meilleure position que ceux du centre-ville et des secteurs touristiques. « Les gens se sentent plus en sécurité dans leur resto de quartier, qui fait partie de leur quotidien », observe-t-elle.

Ximena Flor Escobar, copropriétaire du salon d’esthétique Espace Mawaii, a aussi constaté que la clientèle est revenue rapidement dès la réouverture, en juin.

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Marie-Pier Godbout et Ximena Flor Escobar, du salon d’esthétique Espace Mawaii

Mais le salon doit maintenant composer avec un autre problème : l’annulation de rendez-vous de la part de clientes qui ont des symptômes de la COVID-19.

« Ça complexifie la gestion des rendez-vous », dit la copropriétaire du salon.

Mais avec la campagne en cours, difficile de reprocher aux clientes de prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter de disséminer le virus.