Il n’est pas encore candidat, mais il part déjà avec une longueur d’avance. Denis Coderre sortirait gagnant d’un duel avec Valérie Plante, suggère un nouveau sondage CROP–La Presse réalisé à l’issue d’un été de vifs débats sur les rues de la métropole.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Largement insatisfaits de la façon dont la mairesse gère les enjeux de circulation automobile, les Montréalais accorderaient une avance de cinq points à M. Coderre, pourtant disparu des écrans radars depuis sa défaite électorale de 2017. Valérie Plante récolte des félicitations pour son approche face à la COVID-19, mais voit ses appuis s’effriter dans sa propre base électorale.

Résultat : M. Coderre et Mme Plante recueilleraient respectivement 28 % et 23 % des voix si les élections avaient lieu maintenant, selon le sondage. Dix-huit pour cent des répondants ont indiqué qu’ils voteraient pour « tout autre candidat » ; seuls 26 % disent ne pas savoir.

« Voir des chiffres comme ça après trois ans d’“absence”, sans que ça ait été poussé par une équipe […] c’est bien rare », a dit Dominic Bourdages, vice-président de la firme CROP.

Si Denis Coderre me posait la question parce que ça l’intéresse, je lui dirais de foncer, parce qu’il a des chances, c’est clair.

Dominic Bourdages, vice-président de la firme CROP

Coderre laisse planer le suspense

Le principal intéressé laisse durer le suspense quant à son avenir politique. Jeudi, en entrevue à LCN, il a laissé la porte toute grande ouverte à un retour en politique municipale.

« À un moment donné, je vais prendre une décision. Pour l’instant, j’avais dit que je ne me présentais pas. C’est sûr que quand je vois ce qui se passe présentement, je suis inquiet », a-t-il dit. « Montréal a des difficultés majeures. […] Il faut qu’on ait un Montréal pour tous les Montréalais. Il faut arrêter d’être dogmatique », a-t-il ajouté, dans une attaque à peine voilée contre Projet Montréal, la formation politique de la mairesse Plante.

Les appuis à Denis Coderre sont particulièrement forts dans l’est de l’île de Montréal, chez les francophones et chez les 55 ans et plus. « Évidemment, Denis Coderre n’a pas pu susciter l’insatisfaction chez les gens au cours des trois dernières années », a souligné M. Bourdages. L’ex-maire traîne la patte chez les jeunes et chez les anglophones.

Insatisfaction chez les électeurs de Projet Montréal

Toujours selon le coup de sonde, les Montréalais accordent une assez bonne note à l’administration Plante pour la façon dont elle a géré la crise de la COVID-19 : près des deux tiers d’entre eux en sont satisfaits.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

CROP qualifie de « faible » la satisfaction des Montréalais à l’endroit de l’administration de Valérie Plante : seul un répondant sur deux se dit au moins « assez satisfait » de son bilan.

La vraie inquiétude pour Valérie Plante, c’est l’effondrement de sa propre base électorale, souligne M. Bourdages. Parmi ceux qui ont voté pour elle en 2017, moins de la moitié — seulement 41 % — feraient de même aujourd’hui.

« Les automobilistes, les plus vieux, les plus riches, ceux qui votaient pour Denis Coderre, qu’ils manifestent de l’insatisfaction par rapport aux réalisations de Valérie Plante, c’est tout à fait normal », a affirmé le sondeur.

On voit que même dans sa base plus de gauche, plus sociale, il y a un effritement marqué. Et ça, c’est loin d’être négligeable. […] C’est un effritement énorme.

Dominic Bourdages, vice-président de la firme CROP

La base politique de Denis Coderre est plus solide : 62 % de ses électeurs de 2017 reviendraient au bercail, suggère le coup de sonde.

La rue, champ de bataille

Selon les Montréalais sondés par CROP, Valérie Plante doit porter le poids des années qu’elle vient de passer à l’hôtel de ville. La maison de sondage qualifie de « faible » la satisfaction des Montréalais à l’endroit de son administration : seul un répondant sur deux se dit au moins « assez satisfait » de son bilan. Les jeunes et les Montréalais qui se déplacent sans automobile sont les plus nombreux dans cette catégorie.

Même portrait quant au respect des promesses électorales de Projet Montréal, qu’un répondant sur deux reconnaît. Encore une fois, le clivage entre milléniaux et baby-boomers, entre automobilistes et non-automobilistes se fait sentir. « Le moyen de transport utilisé est un clivage à Montréal », dit Dominic Bourdages.

Les rues de Montréal se dessinent d’ailleurs comme le véritable champ de bataille de la prochaine campagne électorale municipale : c’est l’enjeu sur lequel les Montréalais seraient les plus insatisfaits du travail de l’administration Plante (74 % des Montréalais sont mécontents, selon le sondage). C’est aussi un sujet de division, alors que les répondants ne s’entendent pas quant aux voies actives sécuritaires (VAS), ces rues consacrées aux piétons ou aux cyclistes depuis le début de la pandémie. Quelque 46 % d’entre eux voudraient les voir disparaître, 29 % sont d’accord pour leur maintien seulement l’été et 25 % voudraient qu’elles deviennent permanentes. Pourtant, une assez large majorité de répondants se disent rebutés, dans l’absolu, par « des mesures qui limitent la circulation automobile et favorisent le transport actif ».

Un candidat de la réunification ?

Avec 18 % de déçus qui n’appuient ni Valérie Plante ni Denis Coderre et 26 % d’indécis qui n’ont pas su quoi répondre à CROP, les jeux sont loin d’être faits pour la campagne électorale de l’an prochain. Et ces résultats mettent en lumière l’existence d’un espace politique pour un candidat qui réussirait à dégager un consensus dans l’éternel débat sur la façon de se déplacer à Montréal.

« Le candidat de la réunification, même si ça peut sembler quelque chose de difficile à Montréal, pourrait se faufiler », a évalué Dominic Bourdages, de CROP.

Vendredi matin, la mairesse Valérie Plante a refusé d’accorder de l’importance à la déclaration faite par Denis Coderre la veille sur les ondes de LCN. « C’est la dernière de mes préoccupations en ce moment de me demander qui sera dans la course en 2021, a-t-elle dit. Comme mairesse, j’ai beaucoup de pain sur la planche, des grands chantiers. »

Le coup de sonde en cinq graphiques

Voici les principales conclusions du sondage CROP–La Presse sur la politique municipale résumées en cinq graphiques.

Intentions de vote

C’est la donnée la plus surprenante : l’ex-maire Denis Coderre jouirait d’une avance significative sur Valérie Plante s’il décidait de l’affronter en 2021, selon ce coup de sonde. Comme le tableau l’indique, le retard de la mairesse actuelle est notamment attribuable à l’effritement de sa base électorale. La majorité de ceux qui l’ont appuyée à son arrivée au pouvoir en 2017 refusent de lui déclarer à nouveau leur appui : 16 % d’entre eux passent même du côté de son adversaire.

Satisfaction générale

Seulement la moitié des répondants se sont dits satisfaits du travail de l’administration Plante. Ce graphique montre que les Montréalais qui affrontent les rues de la ville au volant de leur voiture sont beaucoup plus insatisfaits de l’administration municipale que ceux qui se déplacent autrement. Les jeunes de 18-34 ans en grande majorité (69 %) sont satisfaits du travail de l’équipe de la mairesse, alors que le taux chute (40 %) chez les Montréalais de plus de 55 ans.

Satisfaction sur différents sujets

Sans surprise, l’administration Plante récolte des notes relativement bonnes sur les enjeux qui touchent la vie de quartier. Les Montréalais seraient ainsi majoritairement satisfaits de son travail en matière de verdissement de la ville, d’infrastructures cyclistes et de transports en commun. Le ciel se noircit toutefois en matière d’économie et de circulation automobile. Les trois quarts des répondants se sont dits insatisfaits de la façon dont Mme Plante gère ce dernier enjeu.

Gestion de la crise sanitaire

S’ils sont critiques à l’égard de l’administration Plante sur plusieurs sujets, les Montréalais approuvent largement son travail dans le contexte de la crise de la COVID-19. Valérie Plante avait fait les manchettes en déployant des employés à l’aéroport Montréal-Trudeau pour mettre en garde les voyageurs et en réquisitionnant l’hôpital Royal-Victoria pour y loger des sans-abri.

Image de Montréal

Chantiers, propreté, nids-de-poule : l’image de Montréal chez ceux qui n’y vivent pas se dégrade-t-elle ? Les Montréalais sont en profond désaccord sur la question. Une majorité de jeunes estiment qu’elle s’est améliorée, mais la majorité des répondants plus âgés croient qu’elle s’est dégradée.

Méthodologie

Ce sondage a été réalisé auprès d’un panel web de 1200 adultes montréalais qui auront le droit de voter aux élections municipales de 2021. Les données ont été récoltées entre le 20 et le 26 août 2020. « Les résultats ont été pondérés afin de refléter la distribution de la population à l’étude selon le sexe, l’âge, la langue maternelle et la scolarité des répondants », précise la maison CROP. Comme il s’agit d’un échantillon non probabiliste, le calcul de la marge d’erreur ne s’applique pas à ce sondage.

Consultez les résultats du sondage CROP–La Presse