Montréal planche déjà sur une nouvelle mouture du Règlement pour une métropole mixte qui tiendra compte des recommandations de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) dévoilées ce matin.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

« Les préoccupations exprimées dans le rapport à propos du logement abordable et familial ne sont pas une surprise et nos équipes travaillent à la révision de ces volets depuis la fin des consultations », fait savoir, dans un communiqué, Robert Beaudry, responsable de l’habitation au sein du comité exécutif de la Ville de Montréal.

« Nous croyons avoir trouvé des solutions pour répondre aux inquiétudes des intervenants, tout en assurant un accès à des logements adéquats. Nous avons hâte de reprendre les discussions avec nos partenaires pour leur présenter nos avancées », a-t-il indiqué.

Dans son rapport dévoilé jeudi matin, l’Office recommande à la Ville de Montréal d’aller de l’avant uniquement avec le volet logement social du règlement, mais de reporter les volets logement abordable et logement familial de son controversé règlement, car ils ont été jugés comme étant inaboutis par les trois commissaires signataires.

Le Règlement pour une métropole mixte, aussi connu sous le vocable 20-20-20, veut contraindre les promoteurs à prévoir dans leur projet 20 % de logements sociaux, 20 % de logements abordables et 20 % de logements familiaux de 3 chambres et plus. Le volet social s’applique à tout projet de 5 unités et plus de la Ville de Montréal, tandis que les volets abordable et familial s’appliquent aux projets de 50 unités et plus sur ce même territoire. La Ville veut que le règlement entre en vigueur le 1er janvier 2021.

« Je suis convaincue que le Règlement pour une métropole mixte, qui permettra la construction de logements sociaux, sera un élément central de la reprise économique de Montréal, dit la mairesse Valérie Plante, dans ce même communiqué. Le développement et le financement stable du logement social, par le biais de l’inclusion, ont permis, par le passé, d’appuyer le développement immobilier privé.

« Une ville mixte à échelle humaine est une vision qui est partagée par les Montréalais et à partir de laquelle nous voulons construire ensemble notre métropole », a ajouté la mairesse.

L’habitation sera d’ailleurs l’un des piliers du plan de relance économique de la mairesse, annonce la Ville. Ce plan sera présenté au cours des prochaines semaines.

Entente Canada-Québec sur le logement réclamée

Critique du Règlement, l’Institut de développement urbain du Québec (IDU), le lobby des promoteurs, a publié un résumé du rapport de l’OCPM sur son site Web jeudi matin. Une analyse plus fouillée suivra dans les prochains jours.

« L’IDU a contribué de positive façon aux délibérations de la Commission. Il en sera de même pour les prochaines étapes alors que toutes les instances de l’IDU, dont au premier chef son Groupe de travail habitation, seront mises à contribution », y écrit André Boisclair, son PDG.

Il y précise, au nom de l’IDU, qu’une entente Canada-Québec sur le financement du logement social est un préalable à toute nouvelle intervention réglementaire en matière d’habitation.

L’IDU a d’ailleurs réclamé mercredi, conjointement avec les associations de la construction, la conclusion rapide d’une entente en matière d’habitation entre Québec et Ottawa dans une lettre adressée aux premiers ministres du Canada et du Québec. Pour l’organisme, la double crise sanitaire et économique fait de la signature de cette entente une urgence.

Besoin de 22 500 logements sociaux à Montréal, selon le FRAPRU

De son côté, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) déplore qu’il n’y ait aucune recommandation à l’effet d’augmenter le pourcentage d’inclusion de logements sociaux dans le rapport de l’OCPM.

« Alors que les loyers sont déjà hors de prix en raison de la spéculation immobilière à Montréal et qu’il manque de logements locatifs, les ménages locataires, qui représentent les 2/3 de la population montréalaise, peinent à se loger convenablement. Dans ce contexte, 20 % de logements sociaux c’est vraiment trop peu ! Sans le développement de logements sociaux très rapidement, la situation ne va faire que s’aggraver. La Ville doit profiter de la révision du volet abordable pour revoir à la hausse ce pourcentage », explique Catherine Lussier, responsable des dossiers montréalais au FRAPRU.

Ça prend 50 000 logements sociaux en 5 ans pour répondre seulement aux besoins évidents, dont 22 500 à Montréal, selon l’organisme qui milite pour le logement social. « Aussi, tout comme le mentionne l’OCPM dans son rapport, il est primordial que Québec et Ottawa réservent des terrains excédentaires à Montréal pour le développement de logements sociaux », ajoute Mme Lussier qui souhaite que Montréal rehausse ses propres objectifs dans son propre plan de relance attendu en mai.