La mairesse Sue Montgomery doit réintégrer le directeur de son arrondissement qu’elle avait suspendu sans solde, le 27 février, pour « insubordination ».

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Les élus de Projet Montréal et d’Ensemble Montréal ont renversé sa décision, mercredi soir, lors du conseil d’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce (CDN-NDG).

Le directeur Stéphane Plante pourra retourner au travail jeudi et sera rémunéré rétroactivement pour les jours où il a été privé de son salaire.

Une suspension d’une durée de 17 jours lui avait été imposée le 4 mars par la mairesse. Elle suivait une première suspension de deux jours, ordonnée le 27 février pour la même raison.

Dans l’exercice de ses fonctions, Mme Montgomery a le droit de suspendre un employé, en tout temps, mais elle doit présenter un rapport pour justifier sa décision au conseil d’arrondissement. C’est ce qu’elle a fait mercredi soir, devant une salle à peu près vide, compte tenu de l’heure tardive à laquelle elle a abordé ce sujet inscrit à l’ordre du jour.

Il était 21 h 30 quand elle a fait la lecture de son rapport qui n’a, manifestement, convaincu personne.

« Nous ne pouvons pas nous soumettre à une justice parallèle, la justice de Mme Montgomery », a déclaré la conseillère de Projet Montréal, Magda Popeanu, qui a appris la suspension du plus haut fonctionnaire de l’arrondissement dans les médias, cette semaine.

Également opposé à la décision de la mairesse, le chef de l’opposition officielle à l’hôtel de ville, Lionel Perez a recommandé la réintégration immédiate du directeur de l’arrondissement et le versement de son salaire pour la période au cours de laquelle il avait été suspendu.

« MESURES ALÉATOIRES ET ABUSIVES »

Selon les élus, M. Plante a subi « des mesures disciplinaires aléatoires et abusives ».

Le directeur de l’arrondissement a été suspendu parce qu’il a « suivi les règles », a dit la conseillère Popeanu, qui accuse la mairesse de CDN-NDG d’agir dans son intérêt personnel et non pas dans celui des citoyens.

« Mme Montgomery a choisi de défendre sa directrice de cabinet plutôt que le rapport du contrôleur général. Ses actions paralysent l’arrondissement et perpétuent un climat de travail toxique. C’est sa justice, ce n’est pas la justice qui règle de la Ville de Montréal », a-t-elle affirmé.

Dans les faits, le 11 février, M. Plante a refusé d’assister à une rencontre en présence de la directrice de cabinet de la mairesse, Annalisa Harris, qui aurait eu des comportements de harcèlement psychologiques envers deux employés de l’arrondissement, dont lui, selon le contrôleur général de la Ville qui a mené une enquête.

Or, la mairesse ordonnait à M. Plante de passer outre aux recommandations du contrôleur général, sur la base d’un avis juridique extérieur qu’elle avait demandé.

« J’ai demandé à ma directrice de cabinet de m’accompagner afin de prendre des notes, a-t-elle relaté. M. Plante a exigé qu’elle quitte. Je lui ai dit qu’elle était là pour prendre des notes, pas pour lui parler. Il s’est levé et a quitté la rencontre. J’estime que c’est un acte d’insubordination grave. »

AVIS DISCIPLINAIRE

Mme Montgomery lui a fait parvenir un avis disciplinaire, avant de le suspendre pour deux jours. Cette première suspension a été prolongée le 4 mars parce que M. Plante n’est pas revenu au travail.

Les élus ont fait remarquer que les activités de l’arrondissement étaient paralysées par le conflit qui oppose la mairesse à l’administration de Valérie Plante depuis des semaines. Mme Montgomery réfute les conclusions du rapport du contrôleur général de la Ville et refuse d’en appliquer les conclusions, qui est le congédiement de sa cheffe de cabinet, Mme Harris.  

Mardi, la Cour supérieure a rejeté sa requête d’injonction d’urgence présentée par Mme Montgomery qui voulait obtenir des copies non caviardées des trois rapports du contrôleur général. La cause sera entendue plus tard ce printemps, sur le fond.

En attendant, Mme Montgomery a été exclue du caucus de Projet Montréal à la fin janvier et fait l’objet d’une plainte à la Commission municipale du Québec qui fait enquête.