Un projet d’un demi-milliard pour la désinfection des eaux usées de Montréal présente de multiples problèmes éthiques, selon un rapport de l’inspectrice générale déposé lundi au conseil municipal.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Degrémont, la grande firme d’ingénierie qui fournit le traitement à l’ozone de l’eau sur le point d’être rejetée dans le Saint-Laurent, a été avantagée dans l’attribution d’importants contrats, selon l’enquête.

L’entreprise a profité de complicité interne lorsqu’elle a été retenue pour installer les appareils d’ozonation. Des employés et un retraité de l’entreprise ont même été impliqués dans la rédaction des appels d’offres qu’ils allaient ensuite gagner, selon l’inspectrice générale.

Me Brigitte Bishop s’est dite « grandement préoccupée du portrait dégagé par l’ensemble des faits révélés ». Elle s’en est prise à « l’insouciance inadmissible dont ont fait preuve les employés de la Station à l’endroit de l’intégrité des règles d’octroi de contrats publics ».

Complicité

Degrémont travaille toujours à la station d’épuration Jean-R.-Marcotte, dans Rivière-des-Prairies, mais l’attribution des contrats en cause remonte aux années 2010 à 2013.

Quelques années auparavant, entre 2005 et 2007, l’entreprise avait effectué des projets-pilotes afin d’aider la Ville de Montréal à choisir la technologie qu’elle allait retenir.

À la suite de ces projets-pilotes, les employés et la direction de la station d’épuration ont semblé choisir leur camp, explique Me Bishop dans son rapport : ils souhaitaient voir Degrémont continuer à travailler avec eux.

C’est dans le cadre de l’obtention des contrats suivants que Degrémont a profité de leur collaboration.

« Le microbiologiste affecté au projet de la Station a transmis une version préliminaire des documents d’appel d’offres à Degrémont, ainsi qu’une foule de renseignements internes tout au long du processus de rédaction de l’appel d’offres de qualification », a constaté l’inspectrice générale.

Un contrat résilié, un autre surveillé

Mme Bishop a recommandé une surveillance rapprochée du contrat accordé à Degrémont, mais a résilié celui accordé à Pierre-André Liechti, un expert (et retraité de l’entreprise) qui aurait avantagé sa propre invention dans la rédaction d’un appel d’offres. Il « a contrevenu à son obligation d’indépendance », juge l’inspectrice générale.

M. Liechti a exprimé des regrets quant à certains de ses gestes, alors que Degrémont a défendu la façon dont elle avait agi. L’entreprise a plaidé que le seul avantage qu’elle avait reçu était « légitime ».

Sylvain Ouellet, responsable du dossier de l’eau au sein du comité exécutif de la mairesse Valérie Plante, a affirmé au conseil municipal qu’il comptait prendre le temps de lire la centaine de pages du rapport avant de le commenter. L’ensemble de l’état-major de la station d’épuration a pris sa retraite depuis les faits.