La mairesse de Montréal, Valérie Plante, presse Ottawa de trouver une solution pour empêcher la fermeture du YMCA du Complexe Guy-Favreau.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Dans une lettre adressée à la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Anita Anand, obtenue par La Presse, Mme Plante rappelle qu’une entente est intervenue, en juin 2018, entre le gouvernement fédéral, propriétaire de l’édifice du Complexe Guy-Favreau, et YMCA Québec.

« Cette entente confirmait les conditions d’un bail de 10 ans, écrit-elle. Elle signifiait pour des milliers de personnes que leur centre sportif demeurerait ouvert plusieurs années encore. »

Or, à la mi-novembre, les abonnés ont appris que ce Y allait fermer définitivement ses portes, le 31 décembre, pour des motifs financiers. La direction du YMCA a fait savoir que le chantier prévu pour remettre à neuf les installations sportives ne pouvait voir le jour en raison du coût trop élevé des rénovations.

« Je m’adresse à vous aujourd’hui dans l’espoir que votre gouvernement évalue les diverses avenues qui permettraient d’assurer la pérennité du YMCA Guy-Favreau. Toutes les solutions doivent être envisagées, tant celles relatives au bail que celles relatives à la rénovation et à la mise à niveau des infrastructures », insiste la mairesse dans sa lettre datée du 4 décembre.

Caractère particulier

La Ville reconnaît le caractère particulier de ce centre aménagé en 1986 au cœur du Quartier chinois. Du fait de sa situation géographique, il a noué des liens étroits avec la communauté chinoise, les travailleurs du centre-ville et les écoles primaires du Centre-Sud, parmi les plus défavorisées du Québec.

Plus qu’un endroit où s’entraîner, danser, jouer au ping-pong, courir ou nager, ce Y s’implique dans la communauté montréalaise, notamment dans les secteurs de la persévérance scolaire et de la réinsertion sociale.

Cette installation sportive est essentielle à la vitalité communautaire de Montréal.

Valérie Plante, mairesse de Montréal, à propos du YMCA du Complexe Guy-Favreau

Le 6 décembre, les élus de l’arrondissement de Ville-Marie ont tenu une séance d’information sur l’annonce de cette fermeture qui a pris tout le monde par surprise. D’autres activités sont prévues au cours des prochains jours, indique Catherine Cadotte, attachée de presse au cabinet de la mairesse.

Prise deux

Ce n’est pas la première fois que YMCA Québec annonce qu’il va mettre la clé sous la porte du Y du Complexe Guy-Favreau. En 2017, ce centre est passé à deux doigts de fermer. N’eût été la campagne menée par des employés fédéraux et des abonnés de longue date, il aurait déjà cessé ses activités.

Le Y avait obtenu un sursis du ministère des Services publics et de l’Approvisionnement. Un nouveau bail de 10 ans avait été signé et un plan de relance avait été élaboré avec la collaboration de représentants fédéraux, provinciaux et municipaux. Mais ce plan ne verra vraisemblablement jamais le jour.

Opposition

Ginette Dugas, membre du YMCA Guy-Favreau depuis 2005, refuse toutefois de baisser les bras. Le 9 décembre, elle a adressé une lettre à la mairesse de Montréal et au nouveau ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, signée par 231 membres, pour s’opposer à la fermeture et rappeler le rôle crucial que joue ce centre dans la collectivité.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Ginette Dugas

« Ce lieu est devenu avec les années un “deuxième chez-soi”, un “lieu de détente” pour la plupart d’entre nous qui y avons tissé au fil des ans un fort sentiment d’appartenance », écrit-elle.

« Une telle fermeture aura l’effet d’une bombe dans le tissu fragile des besoins communautaires du centre-ville. »

Benoît Ethier est bénévole au Y du Complexe Guy-Favreau depuis presque 35 ans. « Les gens sont dévastés et particulièrement les nombreuses personnes âgées qui fréquentent ce centre. On ne déplace pas des gens vulnérables comme cela, surtout quand la majorité de celles-ci sont d’origine chinoise et que le centre [est situé dans le Quartier chinois]. Le gouvernement fédéral a renouvelé l’entente pour un autre 10 ans à cause de cela », écrit-il dans une lettre envoyée au nouveau ministre des Services aux autochtones, Marc Miller.

Joint par La Presse, le ministère fédéral des Services publics et de l’Approvisionnement n’a pas été en mesure de répondre à nos questions.