Plusieurs évènements impliquant des armes à feu sont survenus dans la grande région de Montréal depuis le début de l’année, particulièrement au cours des derniers jours.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Sans dire que c’est ce qui va inévitablement se produire, Marc Ouimet, professeur titulaire à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, craint que les problèmes d’armes à feu qui sévissent depuis des années à Toronto ne finissent par gagner la métropole québécoise.

« On n’avait pas ça auparavant à Montréal, mais je crois que c’est en train de nous rattraper. Je pense qu’il y a une culture des armes à feu dérivée des modèles américain, antillais et latino, où l’on brandit une arme pour montrer sa puissance, et que cette culture-là, qu’il y a à Toronto, est en train d’arriver ici. C’est mon constat », affirme Marc Ouimet. 

Selon des chiffres de la police ontarienne, 395 épisodes de coups de feu sont survenus dans la grande région de Toronto depuis le début de l’année. 

D’après une compilation non scientifique, basée sur les constatations d’évènements médiatisés, obtenues par La Presse, plus de 70 évènements – meurtres, tentatives de meurtre, coups de feu sans victime, possession d’armes et trafic d’armes – ont été répertoriés dans la grande région de Montréal depuis le début de l’année, dont 58 dans la métropole seulement.

Cette évaluation est prudente puisque les chiffres ne comprennent pas les évènements qui n’ont pas fait les manchettes.

On ne sait pas s’il s’agit d’une tendance à la hausse puisque les statistiques ne sont pas compilées selon ces catégories par les corps de police, notamment dans les rapports annuels du SPVM.

Au moment d’écrire ces lignes, personne au Service de police de la Ville de Montréal n’était disponible pour commenter la situation. 

Tensions dans le nord-est de Montréal

Plus précisément à Montréal, La Presse a répertorié 29 tentatives de meurtre avec arme à feu, 16 évènements de coups de feu sans victime, sept meurtres par arme à feu, trois vols présumés avec arme à feu, deux cas de trafic d’armes à feu et un évènement de possession d’une arme à feu, entre le 1er janvier et le 31 octobre.

Les quartiers où l’on a enregistré le plus grand nombre de ces évènements sont Montréal-Nord avec huit, Saint-Léonard avec six, le centre-ville (cinq), LaSalle (quatre) et Verdun, Côte-des-Neiges et le Plateau avec trois chacun.

Au cours des dernières semaines, des meurtres, des tentatives de meurtre et des coups de feu se sont produits dans le nord-est de Montréal.

Notamment, trois individus ont ouvert le feu dans un bar à chicha du boulevard Robert dans Saint-Léonard, le 8 octobre. Les images obtenues par le Journal de Montréal sont saisissantes. On voit les clients de l’établissement se ruer sous les tables pour ne pas être atteints par les projectiles.

Deux semaines plus tard, le 24 octobre, trois personnes ont été blessées par balle et un jeune homme de 23 ans a été tué par arme à feu dans le secteur de la rue Pierre et de l’avenue Matte, dans l’arrondissement de Montréal-Nord.

Des informations obtenues par La Presse laissent entendre que ces deux évènements pourraient être liés et opposeraient deux gangs d’allégeance rouge et bleue pour une affaire de stupéfiants qui a mal tourné. Cela n’a toutefois pas été confirmé par la police. 

Selon nos informations, les membres de ces gangs de rue seraient très jeunes et certains possèdent visiblement des armes. 

On parle de jeunes qui sortent des armes, qui tirent dans les airs, qui font leur coup et qui repartent. C’est particulièrement inquiétant. À Toronto,
il y a eu plusieurs cas de victimes parmi les gens qui étaient dans la rue, et qui ont été atteints par des balles perdues.

Marc Ouimet, professeur titulaire à l’École de criminologie de l’Université de Montréal

Récemment, la cause d’un homme accusé d’avoir orchestré une attaque contre son ex-conjointe a démontré la facilité déconcertante avec laquelle il a pu s’acheter une arme automatique de type militaire dans le secteur Rivière-des-Prairies.

Mais Marc Ouimet ne peut dire s’il y a plus d’armes à feu à Montréal aujourd’hui qu’il y en avait il y a quelques années. 

Moins de meurtres à Montréal

On a beaucoup parlé de meurtres commis en public dernièrement, et du fait que des personnes innocentes pourraient être victimes d’une balle perdue.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Scène de la tentative de meurtre d’Aldo Terlizzese, atteint par balle dans son véhicule garé dans l’entrée de sa résidence sur la rue de Ségur, dans Saint-Léonard, le 3 octobre

Des tueurs se seraient aussi trompés de cible ; selon des informations de sources qui n’ont pas été confirmées par la police, Abderrahmane Hadj-Ahmed, 23 ans, tué dans le secteur de la rue Pierre le 24 octobre, et Aldo Terlizzese, 34 ans, atteint par balle dans son véhicule garé dans l’entrée de sa résidence sur la rue de Ségur, dans Saint-Léonard, ne seraient pas les personnes qui devaient être visées.

Certains auront l’impression qu’il y a plus de meurtres cette année à Montréal. 

On en dénombre actuellement 16 depuis le début de l’année. C’est moins que les 23 homicides de l’an dernier (2018), et les 19 de 2017, enregistrés à pareille date, au 31 octobre.

D’après nos informations, environ une demi-douzaine des homicides commis à Montréal cette année seraient liés au crime organisé, aux gangs ou aux stupéfiants, ce qui s’apparente à l’an dernier.

« Ce qui est paradoxal, c’est qu’il y ait autant d’épisodes de coups de feu à Montréal et très peu de meurtres », constate Marc Ouimet, qui n’a pas d’explication à ce sujet.

Chaud également à Laval

Selon notre compilation, au moins neuf évènements impliquant des armes à feu sont survenus à Laval depuis le début de l’année – cinq meurtres, deux tentatives de meurtre, deux épisodes de coups de feu sans victime et une affaire de possession d’arme –, mais là encore, ce chiffre pourrait être en deçà de la réalité.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Salvatore Scoppa a été tué dans le hall de l’hôtel Sheraton de Laval, le 4 mai dernier

Au moins quatre des meurtres seraient liés au crime organisé, notamment ceux d’Elliot Blanchard (11 février), Ray Kahno (13 février), Salvatore Scoppa – tué dans le hall de l’hôtel Sheraton le 4 mai – et Michail Michakis (13 juillet)

Certains des neuf évènements médiatisés seraient liés à un conflit entre deux gangs d’allégeance rouge et bleue.

Deux meurtres ont été commis à Brossard, celui d’Éric De Souza, 23 ans, atteint de projectiles à la tête alors qu’il était attablé avec des amis dans un restaurant du Quartier DIX30, le 8 mai, et celui de Roger Bishop, tué mercredi, alors qu’il sortait d’un centre de conditionnement physique du boulevard Taschereau. Les deux évènements sont reliés au crime organisé.

Un assassinat lié aux motards a également eu lieu à Terrebonne, celui de Gaetan Sévigny, commis le 17 octobre dernier.

Nombre d’évènements impliquant des armes à feu par arrondissements
Montréal-Nord : 8
Saint-Léonard : 6
Centre-ville : 5
LaSalle : 4
Verdun, (Côte-des-Neiges) et le Plateau : 3

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918,
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