Les cyclistes qui roulent sur la piste cyclable du canal de Lachine doivent pédaler plus fort et plus longtemps. Parcs Canada a fermé un tronçon de 1,5 km pour effectuer des travaux, mais le détour que l’organisme propose mesure… 13,6 km. Ce nouveau trajet fait rougir de rage et de sueur les cyclistes qui doivent prévoir plus de temps pour se rendre au centre-ville de Montréal.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

Parcs Canada a entamé des travaux, lundi, sur les murs du côté nord du canal pour réparer le béton qui s’effrite. Toute la paroi entre le pont Lafleur et le pont Angrignon doit être refaite. En raison de l’ampleur du chantier, une partie de la piste cyclable, entre l’avenue Dollard et la rue Senkus, est fermée jusqu’en juin 2020.

Au lieu de parcourir ce petit 1,5 kilomètre, les usagers de la piste cyclable doivent désormais rouler jusqu’au canal de l’Aqueduc, emprunter la piste du boulevard Champlain, puis revenir sur leur itinéraire habituel par le parc Angrignon. En tout, c’est un détour qui s’étire sur 13,6 km, alors que la longueur totale de la piste, entre Lachine et l’autoroute Bonaventure, est de 13,5 km lorsqu’il n’y a pas de travaux. Ce sont des réparations qui doublent la longueur de la piste cyclable.

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

Parcs Canada a fermé un tronçon de 1,5 km pour effectuer des travaux, mais le détour que l’organisme propose mesure 13,6 km.

Sur les réseaux sociaux, Parcs Canada s’est vivement fait critiquer par les cyclistes qui utilisent quotidiennement ce chemin pour se rendre au travail. Les internautes condamnent le manque de planification de l’organisme gouvernemental.

« On est conscient que c’est un détour de 15 km [13,6 km dans les faits] qui occasionne beaucoup de mécontentement de la part des utilisateurs », explique Audrey Godin-Champagne, agente de communications à Parcs Canada.

« C’est le détour le plus sécuritaire qu’on a pu proposer aux gens. On s’est mis à la place d’un cycliste pour pouvoir respecter les règles de la sécurité routière à vélo. C’était donc le seul trajet acceptable puisqu’il emprunte les pistes du réseau municipal », ajoute Mme Godin-Champagne.

« Ce n’est pas logique »

Au printemps, dès que la neige disparaît de la piste cyclable du canal de Lachine, Simon Michaud Talbot saute sur son vélo pour se rendre au travail. Quatre fois par semaine, il parcourt la distance à bicyclette ; la cinquième journée, il se déplace en courant.

« Mon trajet fait 12 kilomètres et on me demande d’en faire 12 de plus. Ce n’est pas cohérent. Ce n’est pas logique », dit cet éducateur spécialisé qui habite Lachine et travaille près du marché Atwater. Son trajet lui prend normalement 30 minutes, en fonction « des vents ». Quand l’année scolaire recommencera, M. Michaud Talbot sait déjà qu’il roulera dans la rue Saint-Patrick pour éviter le détour.

« Le critère de Parcs Canada, c’était une piste cyclable similaire à celle en place, dit-il. Moi, mon critère, ce n’est pas d’être en dehors de la circulation automobile. Je veux une piste cyclable qui va m’amener efficacement à mon travail. »

Jean-François Barrette se déplace aussi sur la piste du canal de Lachine quotidiennement. Il déplore que Parcs Canada n’ait pas songé à une solution plus fonctionnelle. Il croit que nombre de cyclistes, comme lui, rouleront dans la rue Saint-Patrick. Cette situation risque de causer des frictions entre les voitures et les vélos, déplore-t-il.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Jean-François Barrette

Je ne suis pas malhabile quand il y a des voitures, mais c’est plus compliqué. Certains véhiculent te frôlent, certains s’arrêtent brusquement, d’autres tournent ou sortent de leur entrée sans t’avoir vu.

Jean-François Barrette

Pascale Levasseur est aussi une cycliste aguerrie. Une fois par semaine, elle utilise la piste cyclable pour se rendre près du marché Atwater. La Lachinoise croit que le long détour n’est pas un problème pour ceux qui font du vélo de manière récréative. Mais il l’est pour ceux qui veulent se rendre rapidement au boulot.

« Le détour est de 15 km ou presque. Avec un vélo de route, on roule à environ 30 km/h. C’est donc un détour de 30 minutes. Mais la moyenne des gens ne roulent pas à cette vitesse. Ils roulent à 15 km/h. C’est donc un détour qui prendra une heure à la plupart du monde », estime Mme Levasseur.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Pascale Levasseur

Sur Facebook, des internautes ont suggéré qu’une bande cyclable soit aménagée dans la rue Saint-Patrick. Parcs Canada confirme que cette solution n’a pas été retenue étant donné qu’il s’agit d’une artère achalandée.

L’agence gouvernementale travaille avec le Canadien Pacifique pour créer une voie temporaire sur le chemin de fer. Parcs Canada n’a toutefois pas voulu divulguer de détails concernant cette possibilité. Le Canadien Pacifique n’a pas répondu à nos questions.