Les gouvernements du Québec et du Canada procéderont jeudi dans le quartier Saint-Michel à la confirmation finale du prolongement de la ligne bleue du métro, dans l’est de la métropole, jusque dans l’arrondissement d’Anjou.

Bruno Bisson Bruno Bisson
La Presse

L’annonce du prolongement de cette ligne de métro, qui est attendue depuis plus de 40 ans dans l’Est, sera faite par le premier ministre Justin Trudeau, en présence de la mairesse de Montréal, Valérie Plante et de la ministre déléguée aux Transports et responsable de la région de la métropole au sein du cabinet Legault, Mme Chantale Rouleau. Le ministre du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, devrait aussi assister à l’événement.

Le prolongement de la ligne bleue du métro (ou ligne numéro 5) a été annoncé, étudié et relancé à de très nombreuses reprises depuis le début de cette décennie.

Un pas définitif a été franchi en avril 2018 lorsque les deux gouvernements supérieurs se sont engagés à verser 16 millions chacun pour la création d’un bureau de projet, alors que Québec avançait 330 millions pour lancer les acquisitions et expropriations de terrains.

Jeudi, c’est le gouvernement du Canada qui devrait annoncer sa contribution au projet, dont la mise en service est déjà prévue pour 2026. Le coût total du projet a été estimé à 3,9 milliards. Le gouvernement fédéral assume généralement 40 % des coûts de construction des projets de transport collectif, en vertu de ses programmes nationaux d’infrastructure et des ententes signées avec Québec.

Un calcul permet de prévoir que la somme avancée devrait donc se situer entre 1,5 et 1,6 milliard. Mais ce n’est pas aussi simple. Certains coûts ne sont pas admissibles, en vertu des ententes signées entre Ottawa et le gouvernement précédent.

De plus, le gouvernement du Québec a récemment confirmé, en mai, que les coûts du projet ont déjà augmenté de 600 millions en raison de certains oublis et d’une sous-estimation des coûts d’acquisition des terrains nécessaires pour la réalisation du projet. Le coût total du projet s’établirait donc aujourd’hui à 4,5 milliards.

La Presse n’a pu obtenir la confirmation, mercredi, de la contribution du gouvernement fédéral.

PHOTO FOURNIE PAR LA STM

Le tracé projeté « officiel » du prolongement de la ligne bleue.

Il aura fallu 50 ans

Le prolongement de la ligne bleue prévoit cinq nouvelles stations et s’étend sur près de 6 kilomètres en tunnel, à partir de la station Saint-Michel actuelle jusque dans l’arrondissement d’Anjou.

Les cinq stations seront construites dans l’axe de la rue Jean-Talon, et situées près des intersections du boulevard Pie-IX, de la rue Viau et des boulevards Lacordaire et Langelier. La station terminale devrait être située à l’intersection de la rue Bélanger et du boulevard des Galeries d’Anjou, selon le tracé publié par la Société de transport de Montréal (STM).

Sa mise en service, maintenant prévue pour 2026, devrait subvenir juste un peu plus de 50 ans après le début du premier chantier pour sa construction, qui avait commencé en 1975. Il avait été interrompu aussitôt après l’élection du gouvernement de René Lévesque, qui avait décrété un moratoire sur les constructions d’autoroute et les prolongements de métro dès son arrivée au pouvoir, en 1976.

Les travaux reprennent au début des années 80, et les quatre premières stations, qui croisent la ligne orange à Jean-Talon, sont inaugurées en 1986 : De Castelnau, Fabre, Iberville et Saint-Michel.

Dans les années suivantes, c’est en direction ouest que la ligne se prolonge. La station Parc est ouverte en 1987. L’année suivante, cinq autres stations (Acadie, Outremont, Édouard-Montpetit, Université-de-Montréal et Côte-des-Neiges) sont inaugurées.

Ce sont, à ce jour, 31 ans plus tard, les toutes dernières stations de métro ayant ouvert leurs portes à Montréal. Les trois seules stations de métro ouvertes depuis, en 2007, l’ont été à Laval.

Les moments marquants

1970 Moins de quatre ans après la mise en service du réseau initial du métro, en octobre 1966, l’ex-Communauté urbaine de Montréal (CUM) met à l’étude deux scénarios pour desservir les villes de Saint-Léonard et Montréal-Nord. En 1972, les études recommandent un tracé est-ouest dans le prolongement d’une ligne numéro 5 (qui est encore en projet).

1975 Des prolongements du réseau initial des lignes verte (numéro 1) et orange (numéro 2) du métro sont en construction. La station Snowdon, qui n’ouvrira ses portes que six ans plus tard, est le point de croisement avec une nouvelle ligne est-ouest, parallèle à la ligne verte, pour raccorder le centre de l’île au métro. Les travaux de construction du premier tunnel de la future ligne bleue, à partir de la station Snowdon, débutent.

1976 En partie en raison des dépassements de coûts pour la construction de la ligne verte jusqu’à la station Radisson, Québec décrète un moratoire pour les nouveaux prolongements de métro et les nouvelles routes. À peine commencée, la construction de la ligne bleue est suspendue.

1979 Le gouvernement de René Lévesque lève partiellement le moratoire et autorise la construction de la ligne bleue, de Snowdon à Anjou. Le premier tronçon, qui croise la ligne orange, ouvre en 1986 entre Saint-Michel et De Castelnau. La station Parc est ouverte en 1987.

1988 Cinq nouvelles stations sont inaugurées, de la station L’Acadie à Côte-des-Neiges. Ce sont les dernières stations construites à Montréal, il y a 31 ans. Ironiquement, la même année, Québec dépose un plan de transport prévoyant le parachèvement de la ligne bleue jusque dans l’est de Montréal pour 1998.

1998 Dans le cadre du prolongement du métro vers Laval, le gouvernement de Lucien Bouchard promet aussi un prolongement de la ligne bleue vers l’est, mais le projet est sommairement étudié, puis suspendu dans la foulée des révélations sur les dépassements de coûts du métro de Laval, en 2004-2005.

2009 Le premier ministre Jean Charest annonce des prolongements de métro pour Montréal (ligne bleue), Laval (ligne orange) et Longueuil (ligne jaune) avec les maires des trois grandes villes. Un bureau de projet est créé pour étudier tous les prolongements.

2010 Le bureau de projet priorise le prolongement de la ligne bleue.

2013 Le ministre des Transports du gouvernement de Pauline Marois, Sylvain Gaudreault, annonce la création d’un bureau de projet spécifique pour la ligne bleue et une ouverture des stations pour 2022. Le coût est très sommairement estimé à 1,5 milliard en tenant compte des coûts pour le tronçon de Laval (751 millions).

2014 Le ministre des Transports du gouvernement libéral de Philippe Couillard, Robert Poëti, confirme à son tour que le prolongement de la ligne bleue ira de l’avant.

Janvier 2015 Le maire de Montréal, Denis Coderre, évoque l’hypothèse de prolonger le réseau de transport en commun, à l’est de la station Saint-Michel, à l’aide d’un tramway ou d’un métro de surface. Dix jours plus tard, le ministre des Transports, Robert Poëti, estime qu’un réseau de surface apparaît « plus plausible » et commande une étude comparative des scénarios. La décision est vivement critiquée.

Juin 2015 Une étude sommaire taille en morceaux l’hypothèse d’un prolongement de la ligne bleue par un métro de surface ou un tramway. Le projet tombe dans une phase « latente ».

Décembre 2015 Remise du dossier d’opportunités de l’Agence métropolitaine de transport

Février 2016 Le coût du prolongement du métro jusqu’à Anjou passe de 1,5 à 3 milliards, mais est toujours priorisé par le gouvernement Couillard. Le nouveau ministre des Transports, Jacques Daoust, se dit favorable. En mars, le ministre des Finances, Carlos Leitão, confirme le financement du projet dans son budget provincial.

Avril 2018 Les gouvernements d’Ottawa et de Québec annoncent la création d’un bureau de projet et des sommes totalisant 362 millions pour entreprendre le prolongement de la ligne bleue du métro jusqu’à Anjou. La mise en service est prévue en 2026. Le coût du projet est estimé à 3,9 milliards.