Du garage à la cuisine, il faudra désormais passer par les douches ! Du moins dans la caserne 18 à Montréal-Nord. Après avoir subi d’importantes rénovations, elle est l’une des premières construites selon les nouvelles procédures de décontamination du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM). Ce projet fait partie d’un ensemble de mesures visant à réduire les risques de cancer parmi les pompiers.

Morgane Gelly Morgane Gelly
La Presse

Fin 2017, La Presse a publié un dossier intitulé « Mourir à petit feu ». On y parlait des risques de cancer chez les pompiers, provoqués par les émanations toxiques qui contaminent leurs habits et leur peau pendant les incendies. Le SIM s’apprêtait alors à prendre des mesures pour limiter les contaminations.

Depuis, La Presse a pu observer de nouvelles pratiques sur le terrain. En toute saison, les soldats du feu doivent passer sous un puissant jet d’eau… sur le lieu de l’incendie. Les habits sont rincés, brossés avec un savon neuf « pour essayer de retirer les contaminants le plus rapidement possible », précise Chris Ross, président de l’Association des pompiers de Montréal.

En cas de forte contamination, les pompiers peuvent désormais retourner à la caserne entre deux incendies. Ils ont alors le temps de retirer leur combinaison et de prendre une douche « parce que décontaminer l’équipement, c’est le premier temps, mais se décontaminer soi-même, c’est aussi important », prévient Chris Ross.

Les produits contaminants passent à travers la peau très facilement. La seule solution, c’est d’avoir une douche rapide avec du savon.

Chris Ross, président de l’Association des pompiers de Montréal

De nouveaux équipements

La caserne 18 à Montréal-Nord est la première à être réaménagée pour accueillir une zone de décontamination. Toutes les autres le seront aussi. « Il y aura un espace de douches, accessible à la fois par le garage et par l’espace de vie », indique M. Ross. Selon lui, il faudra attendre 20 ou 30 ans avant que ces installations se retrouvent dans l’ensemble des 67 casernes de Montréal.

Le SIM a aussi investi pour assurer la salubrité des uniformes jaunes. « On a acquis de l’équipement spécialisé pour sécher les habits de combat sans endommager les fibres, explique Bruno Lachance, directeur du SIM. Nous avons fait l’acquisition de deux habits pour chaque pompier. » Ils peuvent donc se changer rapidement pour partir de nouveau affronter les flammes.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

En cas de forte contamination, les pompiers peuvent désormais retourner à la caserne entre deux incendies.

Les uniformes trop contaminés reçoivent un traitement spécial. « On est supposés regarder s’il y a quelque chose d’endommagé, des taches qui ne partent pas, des traces noires qui restent, explique M. Ross. Mais l’indication la plus importante, c’est qu’on le sent. Les produits chimiques qui brûlent, comme les plastiques, dégagent une odeur très remarquable. Donc, si après avoir brossé l’habit avec du savon puis de l’eau, on le sent encore, on l’envoie en nettoyage avancé. »

Un changement de culture

Des formations ont été offertes aux officiers et aux pompiers pour qu’ils appliquent les procédures, assure le directeur du SIM. « Nos chefs sont formés également pour aider nos pompiers à bien comprendre les directives, ajoute-t-il. Sur les lieux des incendies, des chefs s’assurent que les opérations sont conduites adéquatement. » Selon lui, le personnel, désormais sensibilisé au problème des maladies professionnelles, se montre coopératif.

M. Ross est plus nuancé. « C’est vraiment une culture et une pensée qui sont en changement, constate-t-il. On essaye de leur demander d’aller le plus rapidement possible du garage aux douches. Mais là, ça se peut qu’ils passent par les cuisines, qu’ils aillent manger. C’est ça qui est dur à contrôler. »

Certaines procédures sont accueillies sans grand enthousiasme.

Les périodes d’hiver, c’est compliqué quand il fait - 40 avec le vent. Décontaminer quelqu’un avec un jet d’eau n’est ni populaire ni efficace.

Chris Ross, président de l’Association des pompiers de Montréal

Pourtant, il rappelle l’importance de ces mesures : « Les cancers aujourd’hui tuent nos membres plus que n’importe quoi d’autre. »

Difficile pourtant de faire comprendre à ces guerriers du feu qu’un habit sale peut avoir leur peau. « Les pompiers sont des superhéros, ils se croient forts et invincibles, affirme M. Ross. On ne voit pas le danger. Mais ce que j’essaye de faire comprendre aux gars, c’est qu’après 30 ans d’intervention, c’est là que les bobos commencent à sortir. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Martin Salois, en 2017

Des nouvelles de Martin Salois

Atteint d’un cancer du poumon de grade 4, qui a métastasé au cou, à l’abdomen et au cerveau, le pompier Martin Salois avait permis de rendre tangible la problématique des contaminations quand La Presse l’avait rencontré en 2017. Aujourd’hui, il lutte toujours contre la maladie. « Il va bien dans le contexte, explique M. Ross. Il est quand même de bonne humeur, il fait toutes sortes de traitements innovateurs pour essayer de contrôler sa maladie. Il demeure convaincu qu’il va passer à travers. » Un pompier ne s’avoue jamais vaincu.