La Ville de Côte-Saint-Luc réclame la mise en place « d'une solution de mobilité complète » dans l'axe de l'autoroute Décarie, dont de nouvelles stations de métro et une gare de train de banlieue, pour faire face aux défis de transport posés par le futur complexe Royalmount et la construction possible de 20 000 nouveaux logements.

Mis à jour le 16 janv. 2019
BRUNO BISSON LA PRESSE

Dans un mémoire qui sera présenté ce soir devant une commission permanente du conseil municipal de Montréal, Côte-Saint-Luc estime « évident » que le projet Royalmount et « tous les autres projets du corridor Décarie auront un impact négatif sur l'encombrement de la circulation véhiculaire, et donc sur l'environnement » dans le « centre-ouest » de l'île.

« Toutefois, estime la Ville, les projets sont en cours et dans la plupart des cas, déjà approuvés. Nous devons saisir l'occasion pour réinventer les transports et mettre en place des moyens modernes et efficaces de déplacement pour la population actuelle et future, afin de tirer parti des retombées économiques qui en découleront pour la région. »

Pour ce faire, la municipalité de 33 000 habitants prévoit convier les élus des villes et arrondissements voisins de l'axe Décarie à un « sommet des transports » qui vise à trouver de nouvelles avenues pour atténuer la congestion routière et améliorer l'accessibilité et la qualité des services de transport collectif.

Un plan intégré de transport du secteur sera ensuite déposé à l'Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), et des pressions seront exercées pour convaincre celle-ci de l'inscrire à son plan stratégique de développement du transport collectif.

Train, métro et REM

Ce plan, selon Côte-Saint-Luc, devrait comprendre minimalement : l'ajout d'une gare sur la ligne de train de banlieue de Saint-Jérôme, près de l'intersection de la rue Jean-Talon et du boulevard Décarie ; un accès amélioré au futur Réseau express métropolitain (REM) en autobus express ou par le prolongement de la ligne orange du métro jusqu'à la gare Bois-Francs ; et un accès plus facile au métro pour les résidants actuels, grâce à l'ajout de lignes de bus locales « plus directes et plus efficaces ».

Le boulevard Décarie, qui borde l'autoroute du même nom dans le nord de Montréal, « est sans doute l'artère montréalaise la moins accueillante pour les piétons et les cyclistes, étant fortement polluée, désagréable et dangereuse avec ses trottoirs étroits, ses forts vents et son encombrement ininterrompu », selon l'avis de la municipalité.

Le corridor (autoroute et boulevard) est aussi l'un des plus fortement congestionnés au pays, affirme la Ville. « Pour la plupart de nos résidants, sortir de Côte-Saint-Luc et des quartiers qui avoisinent le corridor Décarie signifie être coincé dans les embouteillages. »

Quant à l'accès au métro, pour les piétons, « il faut déjà de 30 à 45 minutes pour s'y rendre, un trajet qui devrait se faire en 10 minutes ».

20 000 logements

Au moins sept grands projets immobiliers, qui comprennent tous leur volet commercial et résidentiel, sont actuellement en planification ou en construction dans l'axe de l'autoroute Décarie, dont le complexe Royalmount, et sont susceptibles de générer des milliers de déplacements additionnels dans ce corridor.

Sur une distance d'à peine quatre kilomètres, entre le boulevard de la Côte-Vertu et la rue Jean-Talon Ouest, c'est près de 20 000 nouveaux logements qui pourraient voir le jour, à terme, dans les arrondissements de Saint-Laurent et de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, ainsi que dans les municipalités de Côte-Saint-Luc et de Mont-Royal.

Ce chiffre comprend les 6000 unités d'habitation qui pourraient être construites sur le site Royalmount d'ici 20 ans, selon le promoteur Carbonleo.

La Ville de Côte-Saint-Luc n'est d'ailleurs pas très chaude à l'idée. « Compte tenu de la très forte densité résidentielle du secteur et de la nécessité d'y implanter des activités pour faire contrepoids, nous doutons de la pertinence d'ajouter une composante résidentielle au projet Royalmount », affirme son mémoire.

25 intervenants attendus

Royalmount est un vaste projet commercial et touristique prévu sur des terrains industriels désaffectés dans la municipalité de Mont-Royal, à l'intersection des autoroutes 15 et 40, où circulent déjà 370 000 véhicules par jour. Il prévoit la construction de cinq hôtels, plusieurs tours de bureaux, 100 restaurants, 200 commerces, un centre de mieux-être haut de gamme, un aquarium, un cinéma et deux salles de spectacle, entre autres.

Le promoteur Carbonleo prévoit des investissements de plus de 2 milliards dans le projet et une ouverture à la clientèle dès l'été 2022. Il souhaite y attirer jusqu'à 70 000 visiteurs par jour.

La Ville de Mont-Royal a déjà donné le feu vert au projet commercial et touristique. En parallèle, Royalmount pourrait aussi compter jusqu'à 6000 appartements et condos dont la construction s'étalerait sur 20 ans, selon Carbonleo.

Depuis décembre, la Commission sur le développement économique et l'habitation de la Ville de Montréal mène des consultations publiques sur ce mégaprojet commercial qui ne fait pas l'unanimité.

Aujourd'hui et demain, pas moins de 25 personnes, organismes environnementaux, groupes de citoyens et administrations municipales défileront devant la Commission, dont les villes de Mont-Royal et Côte-Saint-Luc, ainsi que les arrondissements de Saint-Laurent et de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, pour débattre des enjeux du projet.

Le dépôt des recommandations de la Commission au conseil municipal est prévu le 24 janvier.

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100 000 À l'intersection du boulevard Décarie et de la rue Jean-Talon Ouest, le volume de circulation s'élève déjà jusqu'à 100 000 véhicules par jour, tandis qu'on en compte 370 000 circulant à l'intersection des autoroutes 15 et 40.