Après les poêles à bois, la Ville de Montréal envisage d'interdire les chaudières à mazout (communément appelées «fournaises»). La métropole, qui prévoit se débarrasser de cette source d'énergie pour le chauffage de ses bâtiments d'ici 2021, évalue actuellement des façons d'inciter les Montréalais à faire la transition vers un autre mode de chauffage.

Mis à jour le 26 déc. 2018
PIERRE-ANDRÉ NORMANDIN LA PRESSE

En septembre, l'élu de l'opposition Dominic Perri avait présenté une motion afin que Montréal interdise le mazout d'ici 2028, mais l'administration Plante avait préféré ne pas arrêter de date. Un mandat a plutôt été confié à la commission sur l'environnement pour étudier la question. C'est ce groupe d'élus qui avait recommandé l'interdiction des poêles à bois, en raison des particules fines qu'ils émettent, interdiction désormais entrée en vigueur.

Mais l'administration Plante reconnaît que, après des années à encourager la réduction de l'utilisation du mazout, Montréal devrait finir par interdire cette source d'énergie polluante. 

«On est à regarder la question. C'est certain qu'on va tendre vers cela», indique Jean-François Parenteau, élu responsable de l'environnement au sein de l'administration Plante.

Tout comme pour les poêles à bois, une période de transition de trois ans pourrait être accordée aux propriétaires.

Mais avant d'interdire le mazout, Montréal dit vouloir donner l'exemple. La Ville est en train de convertir au gaz naturel les 13 derniers bâtiments encore chauffés au mazout, dans son parc de 542 immeubles. Cette conversion devrait être achevée d'ici la fin de 2021.

Ces systèmes de chauffage seront convertis au «gaz naturel renouvelable». Montréal s'apprête à aménager des centres de biométhanisation, qui pourront alimenter le réseau d'Énergir grâce aux produits organiques des Montréalais.

Réduction importante

Depuis plusieurs années, Montréal encourage déjà la réduction de l'utilisation du mazout. La majeure partie de la baisse des émissions de gaz à effet de serre (GES) à Montréal était d'ailleurs attribuable à la baisse de consommation de ce combustible. «La baisse des émissions de GES de 36% observée dans les sources fixes est attribuable en grande partie à l'abandon progressif du mazout», note le plus récent bilan de la métropole.

En 1990, le mazout représentait 22% de l'énergie utilisée sur l'île pour chauffer les logements.

Sa part est tombée à 6%. Reste que, encore aujourd'hui, ce produit continue à représenter 28% des émissions de GES sur l'île.

Le mazout est nettement plus polluant que le gaz naturel et l'hydroélectricité, souligne Normand Mousseau, professeur de physique à l'Université de Montréal. Le mazout émet 112 g de CO2 par mégajoule produit. C'est 35% de plus que le gaz naturel (83 g) et 14 fois plus que l'hydroélectricité (8 g).

«Le mazout est également pire pour la qualité de l'air parce qu'il émet plus d'oxyde d'azote et de dioxyde de soufre, des polluants atmosphériques au niveau du sol», ajoute M. Mousseau, qui est également directeur de l'Institut de l'énergie Trottier.

Une aide aux ménages?

Montréal étudiera aussi des façons d'aider les propriétaires à convertir leur système de chauffage. La question fera d'ailleurs partie de la collaboration avec le C40, la Fondation David Suzuki et la Fondation familiale Trottier. Les travaux doivent évaluer comment réussir la transition énergétique. Montréal pourrait notamment mettre en place un programme pour financer davantage les travaux de conversion.

Le gouvernement du Québec aide déjà les ménages à convertir leur système de chauffage. Le programme Chauffez vert, étendu jusqu'en mars 2021, offre des subventions de 875 $ à 1275 $ pour se débarrasser de sa chaudière à mazout. Déjà 2440 bâtiments montréalais en ont bénéficié de 2009 à 2016 pour passer du mazout au gaz naturel.