L'odeur prend à la gorge dès qu'on pénètre dans l'immeuble de l'avenue Christophe-Colomb, dans le quartier Rosemont. Jeudi dernier, un cadavre en putréfaction a été découvert dans l'un des six logements de l'immeuble. Or, bien que la dépouille ait été déplacée par les services d'urgence ce jour-là, le petit appartement n'a toujours pas été nettoyé depuis.

SANDRINE VIEIRA LA PRESSE

Les locataires se sentent pris en otage. Ils affirment que les odeurs infectes traversent les murs de l'appartement du défunt jusqu'à les rendre malades. Ils accusent leurs propriétaires - qui ne résident pas dans l'immeuble - de traîner les pieds, alors qu'eux sont forcés d'y vivre.

De son côté, le couple de propriétaires allègue avoir tout fait pour accélérer le nettoyage du logement.

UNE ODEUR QUI ATTIRE LES MOUCHES

« La fenêtre de ma salle de bains est couverte de mouches. Je ne peux pas allumer mon ventilateur, car l'odeur monte », raconte Justine Boulianne, locataire du logement situé juste au-dessus de celui où le cadavre a été découvert.  

Mme Boulianne est désormais incapable de manger dans sa cuisine en raison des fortes odeurs qui lui donne des haut-le-coeur. Ses chats vomissent fréquemment depuis plusieurs jours, dénonce-t-elle.  

« Oui, il y a l'odeur, mais on se questionne aussi sur l'aspect sécuritaire. À quel point est-ce bon pour la santé de respirer dans un environnement comme cela ? » - Louis-Charles Pitre, un autre locataire 

Hugo Martin raconte pour sa part que sa conjointe - massothérapeute travaillant à la maison - a dû annuler des rendez-vous avec ses clients en raison des odeurs, et ce, même si le couple réside deux étages plus haut.  

Les locataires pensaient que le logement serait nettoyé dans les 24 heures suivant la découverte du corps. Or, hier, six jours après la découverte du cadavre, rien n'avait encore été fait, a constaté La Presse sur les lieux.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Les locataires Hugo Martin et Louis-Charles Pitre

MACABRE DÉCOUVERTE

Jeudi dernier, alerté par l'odeur provenant d'un logement situé au rez-de-chaussée, un des locataires a appelé le 911. Des policiers ont alors fait une macabre découverte. Un homme dans la soixantaine a été retrouvé sans vie, gisant au sol, visiblement mort depuis un certain temps. Selon nos informations, sa mort ne serait pas suspecte. L'homme vivait seul dans son petit logement d'une pièce et demie. 

Les locataires ont d'abord contacté leurs propriétaires, qui leur auraient dit qu'ils devaient attendre une réponse de leur compagnie d'assurances avant de faire quoi que ce soit.  

Insatisfaits de la réponse donnée, les locataires se sont tournés vers la Régie du logement et l'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie. Or, ni l'arrondissement ni la Régie n'ont été en mesure de les aider, déplorent-ils.

« Ça aurait dû être nettoyé vendredi, le lendemain du constat du décès. Ce n'est pas normal d'attendre après les assurances, quand on sait très bien que le remboursement est possible. » - Hugo Martin, l'un des locataires 

Joints par La Presse, les propriétaires de l'immeuble, Robert Jacques et Henriette Poirier, se sont défendus de ne pas avoir agi assez rapidement. « Les locataires ne comprennent pas les délais de temps qui nous ont été imposés [par les assurances]. C'est hors de notre contrôle », a indiqué Mme Poirier. 

« Soyez certaine qu'on était très peinés de la situation », a ajouté la propriétaire. Hier, le couple a assuré à La Presse que le nettoyage serait fait aujourd'hui.  

UNE ZONE GRISE  

À la Régie du logement, le porte-parole Denis Miron explique qu'aucune règle spécifique n'existe quant à la responsabilité du nettoyage d'un logement après un décès. Ce genre de cas est très rare, précise-t-il, après avoir été mis au fait de la situation. Il rappelle toutefois que le locateur a l'obligation de procurer aux locataires la jouissance paisible de leur logement.  

« Compte tenu des circonstances où les autres locataires sont incommodés par l'odeur qui se dégage du logement où l'on a constaté le décès du locataire, le locateur doit prendre les mesures nécessaires pour remédier à la situation », a-t-il expliqué à La Presse par courriel.  

« Par ailleurs, le locateur peut utiliser les recours prévus par la loi pour réclamer du liquidateur de la succession ou, à défaut, d'un héritier, des dommages-intérêts pour compenser tout préjudice qu'il aura subi », a ajouté le porte-parole de la Régie du logement.  

De son côté, le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) croit que le propriétaire est tenu d'agir le plus vite possible. « À mon avis, le propriétaire doit agir le plus rapidement possible pour limiter les dommages, surtout quand ça a un impact sur la qualité de vie », affirme le porte-parole du RCLALQ Maxime Roy-Allard.  

L'arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie n'a pas rappelé La Presse.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

À la Régie du logement, le porte-parole Denis Miron explique qu'aucune règle spécifique n'existe quant à la responsabilité du nettoyage d'un logement après un décès.