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NDG asphyxié par deux superchantiers

S'il n'est pas exagéré de dire que l'implantation... (Photo: Marco Campanozzi, La Presse)

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S'il n'est pas exagéré de dire que l'implantation d'une grande infrastructure publique entraîne des bouleversements dans un quartier, comment pourrait-on décrire ce qui se produit quand deux mégaprojets débarquent dans le même secteur, en même temps?

Photo: Marco Campanozzi, La Presse

Bruno Bisson
La Presse

Depuis près de quatre ans, le quartier Notre-Dame-de-Grâce, dans l'ouest de Montréal, subit tant bien que mal les contrecoups de la construction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et des travaux majeurs d'infrastructures municipales entrepris autour du site par la Ville de Montréal. Alors que ceux-ci achèvent, c'est la reconstruction de l'échangeur Turcot qui emprisonnera un peu plus ce quartier déjà enclavé par une autoroute et une voie ferrée, envahi par une circulation automobile venue d'ailleurs pour éviter des entraves routières devenues de plus en plus inextricables dans l'ouest et le sud-ouest de Montréal.

La longue bataille pour la sécurité des écoliers à NDG

«Notre-Dame-de-Grâce est en train de vivre une transformation historique. On est juste en train d'oublier les gens qui vivent là», dit Dominique Sorel, résidante du quartier et initiatrice d'un projet-pilote de Quartier vert, actif et en santé (QVAS), lancé en 2008 par la Ville de Montréal.

Conçus et encadrés par le Centre d'écologie urbaine de Montréal, les quatre QVAS en cours de réalisation dans la métropole misent sur la participation locale pour cibler les problèmes de mobilité urbaine et sur la création d'aménagements urbains plus propices à la marche et au vélo afin de créer des milieux de vie sains, en particulier pour les familles.

«C'était déjà difficile de se faire comprendre auprès des professionnels et des élus de l'arrondissement, avant le CUSM et Turcot, quand on faisait valoir l'importance de protéger des traverses piétonnières près des écoles, d'élargir les trottoirs aux intersections ou de sécuriser une piste cyclable pour aider à faire de ce quartier un milieu de vie intéressant», explique Dominique Barsalou, présidente du comité de suivi du QVAS.

«Avec le CUSM et Turcot, on passe à un niveau de complexité monstrueux, enchaîne-t-elle. La grosseur de ces projets, les budgets, la multitude des gens impliqués, les exercices de relations publiques. Pour de simples citoyens, c'est comme de se faire passer dessus par un 18 roues, après s'être battu pendant des années contre des autos et des autobus.»

Mais, selon Mme Barsalou, c'est que pour Notre-Dame-de-Grâce, le pire est encore à venir.

Deux ans de fermeture

En juin, le ministère des Transports du Québec (MTQ) prévoit démolir le viaduc Saint-Jacques, qui surplombe l'autoroute Décarie (A15), ce qui entraînera la fermeture complète de la rue Saint-Jacques jusqu'en... 2016. Environ 15 000 véhicules par jour devront trouver un nouvel itinéraire - une grande partie de ceux-ci déborderont donc dans le réseau local de l'arrondissement.

Cette fermeture coïncidera avec le début des activités du CUSM, au printemps 2015, qui générera plus de 12 500 déplacements additionnels par jour, en automobile ou en transports en commun, de la part des employés, patients et visiteurs en direction du nouvel hôpital universitaire.

«Ça va être très difficile au cours des prochaines années et il y a encore beaucoup d'autres travaux prévus pour le déplacement de la voie ferrée du CP, les travaux d'infrastructures de la rue Sainte-Anne-de-Bellevue, qui va vers Lachine.»

Peter McQueen
conseiller municipal du district Notre-Dame-de-Grâce

Ce n'est pas faute d'avoir été prévenus. La démolition du viaduc Saint-Jacques, qui devait commencer l'automne dernier, a déjà été reportée deux fois. Et depuis quatre ans, le Comité de bon voisinage du CUSM a produit de nombreux dépliants d'information, en plus de tenir des assemblées publiques d'information à intervalles réguliers.

Si l'exercice a été bénéfique sur le plan de la circulation des informations, selon M. McQueen, «on ne peut pas dire que la population s'est sentie écoutée et que ses suggestions étaient prises en compte».

«Ce qu'on aurait voulu pour le quartier, au fond, n'est pas très compliqué, affirme Nathalie Johnson, porte-parole du Comité citoyen NDG. On aurait souhaité que des gens viennent s'asseoir avec nous, et qu'ils dressent un plan des mesures concrètes pour réduire la circulation automobile.

«S'il faut changer le sens de circulation de certaines rues, construire des dos d'âne, afficher des interdictions de virages à certaines heures, faisons-le! Ce n'est pas si compliqué, ça ne coûte pas cher et ça peut changer la qualité de vie des résidants. C'est des mesures comme ça dont on aurait besoin.»

Congestion

«On ne pourra pas améliorer la qualité de vie des gens avec des files de véhicules qui attendent aux intersections, du bruit, de la pollution et des automobilistes impatients dans le quartier», affirme pour sa part le maire de l'arrondissement, Russell Copeman, qui ne croit pas que l'approche QVAS soit appropriée, en ce moment, devant des mégaprojets comme le CUSM et Turcot.

Se définissant comme «pragmatique», le maire Copeman estime «qu'il faut trouver un équilibre entre les mesures d'apaisement de la circulation et le maintien de la fluidité du trafic».

«On s'attend à ce que la pression de la circulation augmente fortement sur la rue Sherbrooke, l'avenue Notre-Dame-de-Grâce et le chemin de la Côte-Saint-Luc.» Il s'agit de trois axes est-ouest parallèles à la rue Saint-Jacques, connectés aux réseaux locaux de Côte-Saint-Luc et Westmount, susceptibles de servir de chemins alternatifs aux usagers habituels de la rue Saint-Jacques.

Le maire s'est dit rassuré par la collaboration du MTQ, qu'il avait durement critiqué, en février dernier, quand le Ministère a choisi de faire transiter par les rues locales de son arrondissement plus de 20 000 véhicules par jour, détournés de leur itinéraire habituel par des travaux de réparation dans l'échangeur Turcot, à plus de 5 km du quartier.

«Nous n'avions pas le temps de mettre en place des mesures efficaces pour réduire la congestion causée par ces détours à une semaine ou 10 jours d'avis, a dit le maire Copeman. Le contexte actuel est complètement différent.»

Depuis près de quatre ans, le quartier... (infographie La Presse) - image 4.0

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infographie La Presse

cinq points chauds

1. Fermeture de la rue Saint-Jacques (de juin 2014 jusqu'en 2016)

La rue Saint-Jacques va être complètement fermée dans les deux directions pour les deux prochaines années en raison de la démolition du viaduc Saint-Jacques, qui surplombe l'autoroute Décarie (A15). Ces travaux sont réalisés par le ministère des Transports du Québec (MTQ) dans le cadre du projet de reconstruction de l'échangeur Turcot.

2. Fermeture de l'entrée Saint-Jacques de l'autoroute Ville-Marie (A720)

Le 3 mars, le MTQ a fermé définitivement une voie d'accès direct à l'autoroute Ville-Marie qu'aimaient bien les résidants partiellement enclavés de Notre-Dame-de-Grâce, à l'ouest de l'A15. La bretelle de l'entrée Saint-Jacques a été démantelée pour faire place à des infrastructures du nouvel échangeur Turcot.

3. Raccordement du boulevard Décarie (à venir)

Le maire de l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Russell Copeman, assure que les travaux doivent reprendre dans les semaines à venir afin de raccorder deux sections du boulevard Décarie sous un viaduc ferroviaire. Le projet a pris plus d'un an de retard parce que l'entrepreneur choisi n'avait pas de certificat de bonne conduite de l'Autorité des marchés financiers.

4. Travaux de conduites d'eau et d'égout, rue Sherbrooke (de mars à juillet 2014)

Depuis mars, des travaux de conduites d'eau et d'égout sont en cours pour corriger des problèmes de débordement dans le sud de l'arrondissement. Le maire Russell Copeman affirme que le MTQ lui a assuré que le viaduc Saint-Jacques ne sera pas fermé tant qu'on n'aura pas rétabli au moins une voie de circulation par direction rue Sherbrooke, à la mi-juin ou à la fin du mois.

5. Circulation détournée de l'échangeur Turcot (de mars à juin 2014)

Depuis la fin du mois de mars, 21 000 véhicules allant vers le centre-ville et l'ouest de l'île sont détournés chaque jour de l'autoroute 15 jusqu'au chemin Côte-Saint-Luc, au coeur de Notre-Dame-de-Grâce, en raison de travaux dans l'échangeur Turcot. La circulation détournée congestionne les accès à l'autoroute Décarie et fait refouler le trafic dans les rues et artères locales




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