Sur les 260 protestataires arrêtés hier soir dans le cadre de la manifestation annuelle contre la brutalité policière, seuls quatre manifestants ont comparu aujourd'hui.

Au palais de justice de Montréal, deux jeunes hommes ont fait face à un juge pour la première fois.

Emmanuel Edgar Carranza, 19 ans, a été appréhendé pour possession de matériel incendiaire. Les circonstances de son arrestation n'ont pas été dévoilées au tribunal.

Avant d'ordonner sa remise en liberté, le juge lui a interdit d'être en possession de matériel incendiaire. Le jeune homme lui a alors demandé s'il pouvait garder le bidon d'essence qu'il traîne dans le coffre de sa voiture. La Couronne le lui a déconseillé. Il ne pourra pas non plus participer à une manifestation avec un sac à dos.

Marc-André Long, 23 ans, sera pour sa part accusé de voies de fait armées contre un policier, ainsi que d'entrave au travail d'un policier.

Un autre individu a été arrêté lors de la manifestation d'hier pour avoir manqué une date de comparution. Un mandat d'arrêt avait été lancé contre lui.

Un quatrième individu a comparu aujourd'hui à la Cour municipale, selon Me Denis Poitras, qui représente plusieurs militants arrêtés suite à des manifestations.

«Sabotage» ou réussite?

Par ailleurs, policiers et manifestants ont une vision bien différente des événements.

Ce matin, le Collectif opposé à la brutalité policière (COBP), qui organisait la manifestation, a mis en ligne un texte critiquant les opérations policières de la veille. Le Service de police de la ville de Montréal (SPVM), pour sa part, se félicitait de la réussite de ses opérations.

«La liberté d'expression a été muselée par la confiscation des bannières et pancartes. Les policiers ont fait des charges à chevaux et arrêtaient des individus au hasard avant même le départ de la manifestation, ont écrit les auteurs du texte non signé. Par la suite, les tentatives d'encerclement se sont succédé au rythme des flashs-bangs et des matraques.»

Avis contraire du côté des forces de l'ordre. «On est heureux du résultat et on est très fier du travail des policiers», a expliqué Ian Lafrenière, responsable des communications du SPVM. Contrairement aux dernières années, le vandalisme a été assez limité et le passage des manifestants n'a pas laissé de traces au centre-ville.

«On a réussi à atténuer les impacts pour les résidants, pour les automobilistes et pour les commerçants», s'est réjoui M. Lafrenière.

Le responsable des communications n'a pas caché que les policiers avaient agi «en amont» pour éviter un dérapage. Des bâtons ont été saisis avant le début de la manifestation et des «arrestations préventives» ont été effectuées. Par ailleurs, jeudi, l'état-major du SPVM avait déjà averti les manifestants que la patience ne serait pas au rendez-vous.

En tout, 219 individus ont été appréhendés à l'aide de tactiques d'encerclement (souricières), alors que 41 autres ont été arrêtés de façon isolée. La majorité d'entre eux devraient s'en sortir avec une amende, mais certains devraient être accusés au criminel.

C'était beaucoup trop, selon le COBP. «Pour nous, il est clair que cette manifestation est ciblée pour son message et non pour les actes de vandalisme qui pourraient y être commis, écrit-il encore. Rappelons-nous que des centaines d'arrestations sont effectuées chaque année et que très peu des arrêtées sont par la suite reconnues coupables par les tribunaux.»

Selon le SPVM, un policier et au moins deux manifestants ont été blessés au cours des affrontements. Un policier se serait fait casser plusieurs dents par un coup de genou au visage. Trois autres personnes, une policière et deux protestataires, ont été victimes de chutes de pression.