Les clôtures et les amendes salées n'y font rien: des centaines de personnes traversent tous les jours illégalement les voies ferrées qui coupent Montréal en deux, selon une récente étude réalisée pour la Ville. Une seule solution s'impose pour éviter des tragédies: aménager de nouveaux passages piétonniers, au coût de 1,5 million de dollars.

Mis à jour le 15 oct. 2012
Pierre-André Normandin LA PRESSE

Après avoir pris connaissance des résultats d'une étude commandée au consortium Axor/Séguin, la Ville de Montréal souhaite donc aménager six points de passage pour les piétons. Selon les ingénieurs, il y a d'importants risques d'accident le long du corridor ferroviaire qui traverse six arrondissements de la Ville, du boulevard Gouin à la rue Notre-Dame.

Malgré la présence d'une dizaine de passerelles et de tunnels pour traverser les voies, les auteurs estiment que le corridor représente une «barrière physique importante» pour les piétons. Plusieurs quartiers se trouvent ainsi enclavés, notamment le Mile End, ce qui force les résidants à de longs détours pour se rendre à destination. Les riverains se plaignent d'ailleurs depuis des années des problèmes posés par la présence de ce corridor ferroviaire.

Le Canadien Pacifique (CP), propriétaire des voies, est au courant du problème et a tenté d'endiguer le flot de piétons en érigeant une longue clôture grillagée le long du corridor. Celle-ci est toutefois fréquemment sectionnée par des gens qui refusent de faire de longs détours. Lors de l'étude du consortium Axor/Séguin, les auteurs ont observé plus d'une trentaine d'ouvertures dans la clôture qui délimite la frontière nord du Plateau Mont-Royal.

Le CP a également posté de nombreux agents pour mettre les piétons à l'amende. Mais ces contraventions de 144$ irritent profondément les riverains du corridor ferroviaire, qui jugent trop peu nombreux les endroits pour traverser les voies. L'étude indique également que la Ville de Montréal a souvent voulu savoir combien de constats d'infraction avaient été remis à des citoyens par le CP, mais ce dernier n'a jamais transmis de réponse.

Ces mesures n'ont toutefois pas réussi à freiner le flot de piétons qui s'aventurent sur les voies. Lors d'un comptage réalisé en mai dernier, les auteurs du rapport ont dénombré, en 12 heures, près de 300 piétons et 81 cyclistes ayant franchi l'emprise ferroviaire dans le seul secteur du Mile End. Fait à souligner, seulement trois trains ont emprunté les voies durant cette période.

Les auteurs de l'étude estiment que le nombre de passages illégaux risque d'augmenter, puisque plusieurs projets sur des terrains voisins du corridor ferroviaire sont en branle. D'ici quelques années, on prévoit en effet la construction de près de 3000 logements, l'aménagement d'une bibliothèque, l'implantation d'un nouveau parc, l'arrivée du campus universitaire Outremont et de nouveaux commerces.

Il existe bien une dizaine de passerelles et de tunnels permettant de traverser les voies, mais ceux-ci sont souvent jugés peu sécuritaires par les piétons et forcent tout de même à faire de longs détours. Les auteurs de l'étude estiment qu'il vaut mieux miser sur des passages piétonniers au sol. Les voies en comptent seulement deux, alors qu'il en faudrait au moins six autres.

En janvier, le CP estimait que les passages pour piétons étaient moins sécuritaires; il privilégiait donc la construction de nouvelles passerelles ou de tunnels. Ces solutions sont toutefois beaucoup plus chères - et considérées comme moins sécuritaires par les usagers, selon la Ville. Un passage piétonnier au sol coûte seulement 250 000$, une fraction de la somme requise pour ériger une passerelle.