Le président et chef de la direction du Canadien National (CN), Claude Mongeau, estime que le projet d'électrification du réseau des trains de banlieue de Montréal n'est ni viable ni rentable, et que sa réalisation coûterait deux fois plus cher que ce qu'a annoncé l'Agence métropolitaine de transport (AMT).

Publié le 1er oct. 2012
Bruno Bisson LA PRESSE

Dans une rare entrevue accordée à La Presse, la semaine dernière, M. Mongeau s'est montré visiblement irrité par une récente sortie du président intérimaire de l'AMT, Paul Côté, qui a reproché au Canadien Pacifique (CP) de refuser de collaborer au projet et au CN de n'avoir même pas répondu à son invitation.

«C'est pas facile d'expliquer parfois qu'une idée tentante rencontre des obstacles qui doivent être pris en compte, et qui ne l'ont pas été à cause d'un manque de planification et de concertation», souligne le PDG du CN.

«M. Côté, poursuit-il, a manqué une belle occasion d'informer le public des obstacles que le CN avait mentionnés, au lieu de dire qu'on ne va pas de l'avant parce que le CN n'a pas répondu.»

Le PDG du CN reproche à l'AMT d'avoir ignoré ses mises en garde à propos du projet d'électrification des voies ferrées sur lesquelles circulent les trains de l'AMT, mais qui appartiennent à plus de 90% aux deux grands transporteurs ferroviaires. Selon lui, l'électrification provoquerait des interférences dans la signalisation ferroviaire et aurait demandé des travaux importants aux infrastructures du chemin de fer.

Trois milliards

«Très tôt, on a avisé l'AMT de nos grandes préoccupations, assure M. Mongeau. Mais, par expérience, des fois, ils partent en peur avec une idée, sans consulter. Ils avancent, sans beaucoup de planification. C'est ce qui est arrivé avec l'annonce du projet d'électrification, qui a été faite par l'ancien président de l'AMT [Joël Gauthier], sans nous en informer.»

«C'est comme si j'apprenais dans le journal que mon voisin veut construire une piscine dans ma cour.»

En mai 2011, une étude préliminaire réalisée au coût de 1,2 million par l'AMT, Hydro-Québec et des experts de cinq firmes de consultants internationaux concluait que le projet était réalisable, moyennant un investissement estimé à 1,5 milliard sur 10 ans pour l'ensemble du réseau.

«Avec des études qui ne tiennent pas compte des enjeux qu'on a décrits, affirme M. Mongeau, l'AMT en arrive à 1,5 milliard d'immobilisations. Je peux vous dire que juste pour résoudre les problèmes de base qu'on leur avait mentionnés, ce serait probablement de 2 à 3 milliards qui seraient en jeu.»

L'an dernier, après que le ministre des Transports, Sam Hamad, eut annoncé que le Québec irait de l'avant avec l'électrification des trains de banlieue, le CN a perdu patience.

«On leur a dit: il ne semble pas que nous sommes écoutés. Vous avancez, vous faites des annonces sans nous en parler. Eh bien, nous, on vous avise très clairement qu'on n'est pas d'accord pour l'électrification», a dit M. Mongeau.

Au fil des années, reconnaît-il, on a fréquemment blâmé le CN pour le peu d'accès laissé aux trains de banlieue sur son réseau. L'entreprise a rarement fait écho à ces doléances.

Les critiques du président intérimaire de l'AMT, parues dans La Presse il y a deux semaines, l'ont toutefois piqué au vif en raison des nombreuses représentations que le CN avait faites pour ce projet particulier, avant même les études préliminaires de 2011.

Le hasard a voulu que l'entrevue ait lieu le jour même où le nouveau gouvernement péquiste confirmait la nomination de l'ex-député de Gouin, Nicolas Girard, au poste de PDG de l'AMT, en remplacement de M. Côté, qui assurait l'intérim depuis le départ forcé de l'ex-président Joël Gauthier.

«J'ai l'intention de le rencontrer le plus rapidement possible, a affirmé M. Mongeau, pour lui faire valoir mon point de vue et l'encourager à la planification et à la concertation.»