Déménagés, les arbres. Immobilisées, les grues. Désolée, la place d'Armes. Les Montréalais qui la fréquentent en ont soupé, des travaux.

Louise Leduc LA PRESSE

«Ça fait trois fois qu'on ouvre la rue Notre-Dame à côté de la basilique Notre-Dame. Je comprends qu'il faut refaire des infrastructures, mais pourquoi est-ce que ça prend deux ans pour refaire une place aussi petite? On ne parle tout de même pas d'un édifice de 10 étages», s'étonne Marielle Létourneau, qui travaille au 500, place d'Armes.

Et où sont passés tous ces arbres sous lesquels on allait manger, le midi? demande-t-elle encore. «Il me semble que, à Paris, les arbres matures font partie intégrante de l'histoire d'une place publique.»

«La nature était très belle, sur la place. Pourquoi ont-ils changé cela? La marchande de fleurs qui était là, ça marchait bien. Ce sont de grosses dépenses, mais qu'est-ce qu'ils font, au juste? Il me semble, en voyant l'état de nos rues, qu'il y avait d'autres urgences», dit Lionel Normandeau, qui travaille en face de la place d'Armes.

Michel Tremblay, autre citoyen qui travaille dans les environs, croit tout de même que, à l'évidence, la place d'Armes avait besoin d'une cure de jouvence. «C'était défraîchi, ça valait la peine de faire quelque chose. Mais 14 millions? Je ne sais pas...»

«Gaspillage d'argent, dit pour sa part Roberto Ferrantelli. Comme citoyen, il me semble qu'il y a d'autres priorités.»

«Ça nous enlève le peu de verdure qu'on avait dans le coin, se désole Fayçal Chaichi, qui travaille aussi dans les environs. S'ils nous remettent de petits arbres, on n'aura plus d'ombre.»

Quand on lui fait part du mécontentement ou de l'étonnement des citoyens, Gilles Morel, coordonnateur du Vieux-Montréal à la Ville de Montréal, commence par dire qu'il est très conscient des désagréments que cause le chantier mais que tout se passe selon l'échéancier prévu.

Qu'est-il advenu des arbres? Trente arbres de la place d'Armes et des environs immédiats ont été déménagés au parc Maisonneuve et 16 ont été abattus «parce qu'ils étaient malades, rabougris ou en train de mourir», dit M. Morel.

Si on a déplacé les marronniers, c'est parce que ce sont des arbres à feuillage dense et que l'un des objectifs du réaménagement est de planter des arbres «sous lesquels les êtres humains pourraient se promener» sur une place qui n'aurait plus à être surélevée par rapport à la rue, poursuit M. Morel.

Les marronniers devraient être remplacés par une vingtaine d'autres arbres.

Quant au trou au coin des rues Notre-Dame et Saint-François-Xavier, M. Morel précise que, s'il est si long à reboucher, c'est que les services ont dû passer les uns après les autres: les égouts, Bell Canada, Gaz Métro, etc.

Fin des travaux: automne 2011

En mai 2009, les travaux préliminaires en vue de la rénovation de la place d'Armes ont commencé sans que la Ville et le gouvernement du Québec sachent encore à quoi ressemblerait le square. En septembre, les travaux d'infrastructures ont été réellement lancés pour être interrompus en décembre. Il y a eu appel d'offres en avril. Les travaux ont repris à la mi-juin, pour être interrompus de nouveau pendant les vacances de la construction. La fin des travaux est prévue pour l'automne 2011.

«En architecture du paysage, on ne travaille pas l'hiver», dit Isabelle Giasson, du cabinet d'architectes Cardinal Hardy. Elle dit ne pas pouvoir s'étendre beaucoup sur le sujet étant donné que la personne qui pilotait le projet a démissionné. L'architecte qui la remplace est en vacances et doit de toute façon d'abord se familiariser avec le dossier.

À l'origine, la responsable de la réfection de la place d'Armes chez Cardinal Hardy était Marie-Claude Séguin. Elle a été embauchée par la Ville de Montréal pour un tout autre projet, dit-elle en entrevue, indiquant qu'elle ne touche plus à celui de la place d'Armes. Son départ n'a cependant pas eu de conséquences pour la place d'Armes, dit-elle, puisqu'elle est partie en période de soumissions.

Quant au Service des incendies, il a fait savoir, après inspection, que tout est conforme.

Plusieurs employés de bureau du 500, place d'Armes s'étaient pourtant montrés inquiets. «Notre édifice compte 30 étages. S'il y avait un incendie et qu'on devait évacuer, je me demande bien combien de temps ça prendrait, s'interroge Marielle Létourneau. À la sortie, sur la place d'Armes, il y a une clôture à droite et devant. Évacuer 30 étages alors qu'on ne peut se servir que du trottoir sur la gauche, ça ne m'apparaît pas suffisant. Il me semble que, avant les vacances de la construction, les entrepreneurs auraient pu nous dégager un peu la façade.»

Il n'a pas été possible de parler aux entrepreneurs. Teknika a fait savoir que la consigne était de renvoyer les questions à la Ville de Montréal. Terramex, qui se chargeait de la première phase des travaux, n'a pas rappelé en cette période de vacances.

Un croquis de la place d'Armes une fois les travaux terminés.