Deux rencontres de médiation sont prévues demain et vendredi entre les employeurs maritimes et les débardeurs du port de Montréal qui entreprennent aujourd'hui leur troisième journée de lock-out.

Louise Leduc LA PRESSE

Aux yeux des syndiqués, furieux d'avoir été mis en lock-out, le rythme des négociations devrait être accéléré.

«La situation commande plutôt que l'on négocie sur une base intensive dès maintenant, de jour, de soir et de fin de semaine», a dit Michel Murray, conseiller spécial du Syndicat canadien de la fonction publique qui représente les débardeurs.

Pour l'heure, aucun navire nécessitant l'action de débardeurs n'entre au port de Montréal. Le trafic ferroviaire à l'intérieur du port est suspendu. Une quarantaine de conteneurs réfrigérés - remplis de vivres, donc - seraient laissés en plan. Les navires transportant du grain peuvent cependant être déchargés.

Les syndiqués ont toutefois assuré qu'ils déchargeraient tout matériel vital. «Si un hôpital de Montréal attend un équipement spécial, on va le décharger, comme on l'avait fait pour toute une caravane lors du lock-out de 1995», a dit Daniel Tremblay, président du syndicat des débardeurs.

Une injonction obtenue mardi par l'administration portuaire limite par ailleurs à 10 le nombre de syndiqués qui peuvent faire du piquetage à chaque entrée du port.

Outre les 910 débardeurs en lock-out, environ 200 autres personnes - des employés de bureau, entre autres - sont aussi en arrêt de travail par la force des choses.

La sécurité d'emploi

En conférence de presse mardi, le comité exécutif syndical a dit qu'il ne voulait pas la mise en place de clauses discriminatoires qui pénaliseraient les plus jeunes, mais qu'il privilégiait plutôt la voie du rachat d'emploi de débardeurs plus âgés.

Daniel Tremblay, président du syndicat des débardeurs, a dit en aparté qu'il souhaitait conserver de 782 à 852 membres avec une pleine sécurité d'emploi.

L'Association des employeurs maritimes, par l'entremise de son porte-parole Gilles Corriveau, a fait savoir que la partie patronale n'était pas fermée à l'idée de mises à la retraite. Ce qui importe du côté des patrons, c'est d'en arriver à un total de 743 débardeurs détenant la sécurité d'emploi.

Le noeud du conflit se trouve donc dans le sort d'une quarantaine de débardeurs.

Les emplois en cause sont bien rémunérés. Daniel Tremblay dit que le salaire moyen est de 80 000$ et qu'il n'est pas payé par les contribuables, mais bien par une industrie maritime florissante. «Allez voir sur l'internet combien de profits font les entreprises maritimes», a-t-il lancé en conférence de presse, alors que son confrère Michel Murray, du SCFP, a parlé, lui, d'une «industrie de pirates» désireuse d'avoir des employés à bon marché.

Il reste que la difficulté pour les débardeurs au quotidien, ce sont plutôt les horaires, qui requièrent une disponibilité en tout temps ou presque, au gré de l'arrivée des bateaux. «Sur trois semaines, il n'y a que deux jours où nous savons d'office que nous aurons congé, a expliqué Daniel Tremblay. Autrement, chaque jour, il faut téléphoner pour savoir si on a du travail et pour savoir où on est assigné.»

Fait à noter, si les débardeurs ont convoqué une conférence de presse, il a été impossible à La Presse d'interroger les simples membres présents, le syndicat n'ayant autorisé qu'une débardeuse à parler aux médias.

Inquiétudes

Au Conseil du patronat du Québec, ce conflit de travail commence à susciter des inquiétudes.

«Avec des retombées de près d'un milliard et demi de dollars par année, le port de Montréal, deuxième port du Canada en importance, constitue un moteur économique de premier plan pour le Québec, a fait remarquer par voie de communiqué Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat. En fait, il s'agit pratiquement d'un service essentiel. Dans un contexte de reprise encore fragile, il serait très néfaste que les parties n'arrivent pas à s'entendre très rapidement et que le conflit perdure.»