(Trois-Rivières) D’ici 2030, le quart de la population du Québec aura plus de 65 ans. Pour affronter ce tsunami gris, plus de 3000 places d’hébergement par année devraient être créées dès maintenant. Un défi titanesque. Pour le relever, Québec doit intensifier son offre de soins à domicile, mais aussi multiplier les initiatives d’hébergement afin d’aller au-delà des seules maisons pour aînés, qui risquent de ne pas répondre à la demande selon les experts.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Par un chaud matin du 23 septembre, Léo Héroux, 78 ans, empoigne une hache et fend des billots de bois autour d’un feu qui crépite dans la cour de sa résidence de Trois-Rivières. La scène peut sembler banale. Mais l’homme souffre de lourdes pertes cognitives. S’il peut bûcher ainsi du bois en toute liberté, c’est qu’il le fait sous la supervision de Charlotte Berjon, coordonnatrice de la Maison Carpe Diem, où il habite.

Cette résidence, qui accueille 15 personnes âgées atteintes d’alzheimer, ne fait pas les choses comme les autres. Son modèle de soins est unique, et vanté aux quatre coins du monde. Mais au Québec, le concept peine à se reproduire depuis des années.

  • Léo Héroux, 78 ans, fend du bois sous la supervision de Charlotte Berjon, coordonatrice de la Maison Carpe Diem.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    Léo Héroux, 78 ans, fend du bois sous la supervision de Charlotte Berjon, coordonatrice de la Maison Carpe Diem.

  • Le jour du passage de La Presse à la Maison Carpe Diem, une employée préparait le dîner dans la cuisine devant un résidant. Dans la salle à manger, une femme pliait des serviettes pendant qu’un homme jouait aux cartes à ses côtés. Les résidants sont constamment invités à collaborer aux tâches ménagères, explique Charlotte Berjon, coordonnatrice à la Maison Carpe Diem.

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    Le jour du passage de La Presse à la Maison Carpe Diem, une employée préparait le dîner dans la cuisine devant un résidant. Dans la salle à manger, une femme pliait des serviettes pendant qu’un homme jouait aux cartes à ses côtés. Les résidants sont constamment invités à collaborer aux tâches ménagères, explique Charlotte Berjon, coordonnatrice à la Maison Carpe Diem.

  • À l’extérieur, Mme Vallières, une résidante, empoigne un balai et nettoie un chemin. « Tous ces gestes du quotidien, si on les répète, on les perd moins. Et quand nos gens font ça, on n’a pas besoin de leur faire faire des exercices ou de la stimulation », affirme la directrice générale de la Maison Carpe Diem, Nicole Poirier.

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    À l’extérieur, Mme Vallières, une résidante, empoigne un balai et nettoie un chemin. « Tous ces gestes du quotidien, si on les répète, on les perd moins. Et quand nos gens font ça, on n’a pas besoin de leur faire faire des exercices ou de la stimulation », affirme la directrice générale de la Maison Carpe Diem, Nicole Poirier.

  • La Maison Carpe Diem a été construite dans un ancien presbytère de Trois-Rivières.

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    La Maison Carpe Diem a été construite dans un ancien presbytère de Trois-Rivières.

  • La porte d’entrée principale n’est jamais verrouillée à la Maison Carpe Diem. Ici, un résidant sort, sans raison apparente. Mme Poirier le laisse sortir pour ne pas le brimer, mais utilise une stratégie toute simple pour éviter qu’il n’erre trop longtemps à l’extérieur…

    PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

    La porte d’entrée principale n’est jamais verrouillée à la Maison Carpe Diem. Ici, un résidant sort, sans raison apparente. Mme Poirier le laisse sortir pour ne pas le brimer, mais utilise une stratégie toute simple pour éviter qu’il n’erre trop longtemps à l’extérieur…

  • Elle le fait entrer par une deuxième porte située juste en face de l’entrée principale. Le résidant collabore sans problème.

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    Elle le fait entrer par une deuxième porte située juste en face de l’entrée principale. Le résidant collabore sans problème.

  • Dans sa chambre, Mme Vallières nous présente sa chatte, Charlotte. Les animaux ne sont pas systématiquement admis à la Maison Carpe Diem. Mais les résidants pour qui cette présence fait une différence peuvent conserver leur animal de compagnie.

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    Dans sa chambre, Mme Vallières nous présente sa chatte, Charlotte. Les animaux ne sont pas systématiquement admis à la Maison Carpe Diem. Mais les résidants pour qui cette présence fait une différence peuvent conserver leur animal de compagnie.

  • Pendant qu’on discute dans le corridor, Charlotte Gauthier, une résidante, passe. Elle ne parle pas, mais semble anxieuse. En la voyant, Mme Poirier discute un peu avec elle et lui propose de faire un petit pas de danse. Dans sa jeunesse, Mme Gauthier faisait beaucoup de danse sociale avec son mari.

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    Pendant qu’on discute dans le corridor, Charlotte Gauthier, une résidante, passe. Elle ne parle pas, mais semble anxieuse. En la voyant, Mme Poirier discute un peu avec elle et lui propose de faire un petit pas de danse. Dans sa jeunesse, Mme Gauthier faisait beaucoup de danse sociale avec son mari.

  • On lance la musique. Et les deux femmes se mettent à danser. Mme Gauthier retrouve aussitôt son sourire. Au bout de quelques minutes, elle repart en marchant, l’air détendu. « Connaître nos résidants, ça nous permet de faire ce genre de chose », dit Mme Poirier.

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    On lance la musique. Et les deux femmes se mettent à danser. Mme Gauthier retrouve aussitôt son sourire. Au bout de quelques minutes, elle repart en marchant, l’air détendu. « Connaître nos résidants, ça nous permet de faire ce genre de chose », dit Mme Poirier.

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La province est pourtant l’endroit du monde où la population vieillit le plus vite après le Japon. D’ici 2061, le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans triplera dans la province. La demande pour des places d’hébergement explosera.

Professeur à la faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, Philippe Voyer indique que pour répondre à la demande, il faudrait créer plus de 3000 places par année pendant… 40 ans, si on maintient le statut quo. La pression est énorme. Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement actuel a créé 1085 nouvelles places en CHSLD et a augmenté le financement des soins à domicile, indique-t-on au cabinet de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais. Celle-ci s’est aussi engagée à construire plus de 3000 places en maisons des aînés au cours des prochaines années.

« Les maisons des aînés, c’est une avancée certaine. Mais ce sera insuffisant, quantitativement. Ça prendra une réponse multiple », affirme M. Voyer.

Président de l’Association des médecins gériatres du Québec, le DSerge Brazeau partage cet avis. « Oui, les soins seront bons en maisons des aînés. Mais ils ne seront réservés qu’à une petite poignée de privilégiés qui pourront aller dans ces maisons », note-t-il. Pour le DBrazeau, « il faut trouver les solutions pour soigner toutes les personnes âgées de la bonne façon », en améliorant les soins à domicile, mais aussi avec plus de places en CHSLD, dans différents concepts de soins et avec plus de services en résidences privées pour aînés.

Pour le gériatre Réjean Hébert, si le gouvernement poursuit sur sa lancée, « on s’en va dans un mur ».

Des soins dès le début

Alors que nous discutons dans la cour de la Maison Carpe Diem, la femme de M. Héroux arrive. Il est 9 h. Elle vient chercher son mari pour un rendez-vous médical. Ce matin-là, pour inciter M. Héroux à se préparer rapidement, on lui a proposé d’aller faire un feu dans la cour. « En faisant ça, on s’évite une crise et on assure une transition plus paisible », explique Nicole Poirier, directrice générale de Carpe Diem.

Derrière cette stratégie se cache toute la philosophie de la Maison Carpe Diem : respecter les libertés des résidants et toujours s’adapter à eux, et non l’inverse.

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On fait preuve de beaucoup de flexibilité. On s’adapte tout le temps. Pas juste si on a le temps. Tout le temps.

Nicole Poirier, directrice générale de Carpe Diem

Par exemple, si un résidant a l’habitude de prendre sa douche le soir et non le matin, c’est ce qui sera fait.

« Si on ne s’adapte pas, on doit gérer des troubles de comportement. Aussi bien respecter les gens dans leurs habitudes », dit Mme Poirier.

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Scène du quotidien à la Maison Carpe Diem où la cuisinière permet à une résidante de lui donner un coup de main.

Le secret de la recette Carpe Diem réside aussi dans le fait que les patients peuvent commencer à recevoir des services dès le début de leur maladie. Ils peuvent continuer d’habiter dans leur maison tout en recevant des visites à domicile occasionnelles des employés de Carpe Diem. Puis, au fur et à mesure que la maladie avance, les services s’intensifient.

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Nombre de personnes recevant des soins à domicile de Carpe Diem

Les aînés en perte d’autonomie peuvent aller passer du temps durant la journée à la Maison Carpe Diem. Du même coup, les proches aidants obtiennent un moment de répit. L’étape ultime est le déménagement. « Mais parce qu’on accompagne nos personnes depuis un moment et qu’elles ont toutes mis les pieds ici avant, le déménagement se passe généralement plutôt bien », observe Mme Poirier.

Des portes déverrouillées

Contrairement aux ailes ultra-sécurisées des CHSLD, la porte d’entrée principale n’est jamais verrouillée à la Maison Carpe Diem. Pas plus que la cour arrière. Tous les résidants peuvent donc entrer et sortir à leur guise. En tout temps, l’intervenante qui est à la cuisine surveille la porte et la cour arrière. Mais les familles qui confient un proche à la Maison Carpe Diem doivent accepter le fait qu’ici, la liberté prime parfois la sécurité absolue.

Atteint de démence fronto-temporale, Jean Gaudreault, 67 ans a reçu son diagnostic alors qu’il avait seulement 54 ans.

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Jean Gaudreault habite à la Maison Carpe Diem depuis deux ans.

Il a perdu tranquillement de l’autonomie au point où il a dû quitter le foyer familial pour une résidence privée pour personnes âgées. « Mais il dérangeait. Il marchait tout le temps. Il était si jeune, il avait de l’énergie. On lui criait après. Il était stressé. Il s’est fait expulser », relate sa conjointe, Brunette Jacques. Celle-ci s’est tournée vers la Maison Carpe Diem.

M. Gaudreault a reçu du soutien à domicile avant de déménager, il y a deux ans.

Avec mon accord, on a décidé qu’il pourrait faire des marches dans le quartier. C’est sûr qu’il y avait le risque qu’il se perde. Mais c’était un risque que j’étais prête à prendre. On a tous des risques dans la vie. Ce n’est pas parce qu’il est malade qu’on doit le surprotéger.

Brunette Jacques, conjointe de Jean Gaudreault

Des employés polyvalents

François Dessureault, lui, a vu ses parents recevoir tour à tour un diagnostic de maladie d’Alzheimer il y a dix ans. Alors que le père de M. Dessureault a été soigné en CHSLD, sa mère a reçu des soins de la Maison Carpe Diem. Elle y habite depuis cinq ans. « Pour ma mère, les services sont toujours venus au fur et à mesure de l’évolution de sa maladie. Pour mon père, j’ai dû être son avocat et toujours plaider ou quémander des choses », témoigne le fils.

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François Dessureault auprès de sa mère à la Maison Carpe Diem

Parmi les nombreuses différences soulevées par M. Dessureault : la stabilité des équipes. « Pour ma mère, ce sont les mêmes personnes depuis le début ou presque qui prennent soin d’elle. Ils sont venus à domicile. Et elle les retrouve ici. Pour mon père, ça changeait tout le temps. Je devais toujours réexpliquer son histoire de vie », dit-il.

Voici une autre particularité de la Maison Carpe Diem : les employés, polyvalents, sont appelés à remplir différentes tâches. Cuisine, ménage, soins… « On ne fait rien à répétition », souligne Mme Poirier.

En temps normal, quand la COVID-19 n’est pas présente, les préposés peuvent, une journée, faire des soins à domicile. Puis travailler le lendemain à la Maison Carpe Diem. Mme Poirier croit qu’en plus d’être stimulante pour les employés, cette polyvalence sert les patients. Car actuellement, les soins à domicile offerts par le réseau public sont « organisés comme une salle d’opération où chacun fait sa tâche ». Conséquence : un même patient peut recevoir jusqu’à huit intervenants différents par semaine. « C’est fou ! Même sans trouble cognitif, on devient mêlé ! », commente Marianne Daveluy, adjointe à la direction de la Maison Carpe Diem.

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Marianne Daveluy, adjointe à la direction de la Maison Carpe Diem

Faire des petits

La Maison Carpe Diem a ouvert en 1985 et fonctionnait au départ sans aucun financement. Au fil des ans, elle a obtenu quelques subventions, dont la plus récente de 650 000 $ récurrents par la ministre Blais. Un appui accueilli avec bonheur par Mme Poirier, qui croit que son concept doit faire des petits. Quand on lui demande si l’idée peut réellement être reproduite à grande échelle, Mme Poirier croit qu’il faut à tout le moins « tenter de s’en inspirer ». Elle souligne que différents pays d’Europe, comme la France, le font déjà et elle « s’explique mal » pourquoi il est si difficile de reproduire son concept ici.

On dirait que le ministère de la Santé est ouvert à l’innovation, mais dans la mesure où on reste à l’intérieur d’une structure qui limite et même empêche l’innovation…

Nicole Poirier, directrice générale de Carpe Diem

M. Voyer témoigne aussi de cette paralysie : « Le meilleur exemple, c’est Carpe Diem. La clientèle est super heureuse. Mais ils sont incapables de reproduire le concept. C’est une honte […]. La solution n’est pas de ne faire que des projets comme ça. Mais il faut créer un dynamisme. »

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La Maison Carpe Diem occupe un ancien presbytère à Trois-Rivières.

Au cabinet de la ministre Blais, on affirme que bâtir 3000 places d’hébergement pour aînés par année est « irréaliste ». Pour faire face au vieillissement de la population, on mise entre autres sur le développement de soins à domicile, « la voie de l’avenir à privilégier ». On affirme aussi être plus qu’ouvert au développement de projets innovants à la grandeur du Québec. « C’est la raison même du retour en politique de Mme Blais », indique le cabinet de la ministre, qui ajoute que le projet de maisons des aînés « incarne l’innovation » et s’inspire justement de la Maison Carpe Diem.

Pour Réjean Hébert, les maisons des aînés semblent plutôt être « des chambres sur le modèle assez traditionnel ». « Plus grandes, plus modernes, avec un environnement plus agréable, mais des chambres pareil, dit-il. Si les maisons des aînés sont des CHSLD 2.0, alors qu’on le dise. Ils devront alors être intégrés aux CISSS et CIUSSS et viendront contribuer à augmenter le nombre de places en CHSLD. Mais il faudra en construire beaucoup plus. Et ce n’est pas une solution souhaitable ni soutenable financièrement. »

D’ici la fin de l’année, le gouvernement doit déposer une nouvelle politique d’hébergement et de soins de longue durée pour les aînés. « J’espère que la politique s’ouvrira à ce qui existe déjà. Aux approches différentes des ressources intermédiaires, des résidences privées pour aînés et des CHSLD qu’on connaît déjà. Pour réellement innover. Pas juste innover à l’intérieur des cadres », plaide Mme Poirier.

Victoriaville : un concept original sur respirateur artificiel

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Mme Letarte est une ancienne enseignante d’arts plastiques. Elle habite dans un logement d’Aide et Support aux Aînés depuis un an. Elle souffre de problèmes d’équilibre. Son logement lui offre une vue plongeante sur une garderie, ce qu’elle adore. « J’aime regarder les enfants jouer », dit-elle.

Une quarantaine de personnes en perte d’autonomie recevant des soins à domicile ont vu le nombre de bains diminuer de moitié et craignent de devoir se tourner vers le CHSLD de leur quartier. Car faute de pouvoir rémunérer ses employés correctement, l’organisme qui leur fournit les soins craint la fermeture.

Aider des résidants à faible revenu

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« Pour les gens à faible revenu, pouvoir aller en résidence privée pour aînés, c’est difficile. On a voulu trouver une alternative abordable », souligne Marie-Claude Baril, coordonnatrice de l’organisme Aide et Support aux Aînés, de Victoriaville.

L’organisme Aide et Support aux Aînés a conçu un projet novateur en 2006, à la demande du ministère de la Santé. Une quarantaine de résidants en perte d’autonomie physique habitant dans des loyers modiques de l’Office municipal d’habitation de Victoriaville ont pu continuer d’occuper leur logement abordable tout en recevant des soins à domicile 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Aide et Support aux Aînés offre ces soins et aussi, pour un faible coût, des plateaux-repas. « Pour les gens à faible revenu, pouvoir aller en résidence privée pour aînés, c’est difficile. On a voulu trouver une alternative abordable », explique Marie-Claude Baril, coordonnatrice d’Aide et Support aux Aînés.

Un résidant satisfait

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Roger Morin, 93 ans

Roger Morin habite dans le complexe de l’Office municipal d’habitation depuis 16 ans. L’ancien cuisinier de chantier a été amputé d’une jambe il y a cinq ans et a commencé à recevoir les soins à domicile d’Aide et Support aux Aînés. L’homme de 93 ans ne voudrait déménager pour rien au monde. « J’essaye de me débrouiller seul. Mais ici, j’ai de l’aide », dit-il.

Difficile de recruter

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L’organisme peine à recruter du personnel : ses préposés aux bénéficiaires n’ont pas obtenu l’augmentation de salaire de 4 $ l’heure que le gouvernement a consentie à ceux du réseau durant la pandémie.

Mme Baril explique que les préposés aux bénéficiaires d’Aide et Support aux Aînés n’ont pas reçu l’augmentation de 4 $ l’heure que le gouvernement a consentie aux préposés du réseau durant la pandémie. Conséquence : trouver des employés est de plus en plus difficile. En manque de personnel, Aide et Support aux Aînés a dû se résigner à faire passer le nombre de bains par semaine de ses résidants de deux à un. « C’est la première fois depuis 2006 qu’on est obligés de réduire des services… On peine à recruter, dit Mme Baril […] Combien de temps on peut durer ? »

La seule autre option : le CHSLD

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Marc Castonguay, 49 ans

Dans un logement du rez-de-chaussée, Marc Castonguay, 49 ans, est en train de plâtrer ses murs. Atteint de la maladie de Parkinson, M. Castonguay habite dans son logement et reçoit les services d’Aide et Support aux Aînés depuis trois ans. « Ma seule autre option, c’était le CHSLD. J’étais trop jeune pour ça », dit-il. Pour M. Castonguay, il est totalement injuste que les préposés aux bénéficiaires d’Aide et Support aux Aînés ne reçoivent pas les 4 $ supplémentaires du gouvernement. « Ils font un travail aussi super important. Ce n’est pas juste », dit-il.

Solution : l’assurance autonomie ?

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La coordonnatrice d’Aide et Support aux Aînés, Marie-Claude Baril (à gauche), estime qu’un projet comme l’assurance autonomie permettrait à des initiatives d’hébergement différentes comme la sienne de survivre.

Comme certains intervenants interrogés dans le cadre de cet article, Mme Baril estime qu’un projet comme l’assurance autonomie, proposée à l’époque par le ministre de la Santé Réjean Hébert, permettrait à des initiatives d’hébergement différentes comme la sienne de survivre. Rappelons qu’avec l’assurance autonomie, les personnes en perte d’autonomie reçoivent une allocation et décident elles-mêmes de la façon dont elles veulent recevoir leurs soins. La somme versée est associée aux incapacités de la personne. « Si tu as par exemple une enveloppe de 150 $ par jour, tu décides comment la dépenser pour tes soins. En CHSLD ? En résidence privée pour aînés ? Tu choisis comment tu utilises tes 150 $ par jour », résume Réjean Hébert. Pour lui, ce système est « un must » pour assurer la survie de projets alternatifs pour les aînés. « Car l’assurance autonomie couvre la partie soins de cet hébergement », affirme-t-il.

Un projet de 150 millions par année

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La résidence affiliée à l’Office Municipal d’Habitation de Victoriaville-Warwick

Implanter l’assurance autonomie coûterait environ 150 millions de plus par année que les budgets actuels. Un projet, « plus économique que le statu quo », est-il écrit dans le livre blanc de l’assurance autonomie. Philippe Voyer, professeur à la faculté des sciences infirmières de l’Université Laval, croit lui que l’assurance autonomie est une des pistes de solution. « Il y a plein de belles initiatives locales, mais elles sont toujours en parallèle du réseau. Elles doivent toujours se battre pour du financement. Si le leader charismatique part, il n’y a souvent pas de pérennité », dit-il. Au cabinet de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, on plaide que même sans assurance autonomie, « le financement pour le développement de projets pour prendre soin des aînés est au rendez-vous avec la CAQ ». « Notre feuille de route depuis notre arrivée au pouvoir est éloquente à cet égard, indique-t-on. L’enjeu présentement, c’est la main-d’œuvre. Il est là, le nerf de la guerre. »

Saint-Eustache : un grand CHSLD à échelle humaine

Actuellement, 3580 aînés attendent d’obtenir une place en CHSLD au Québec. Alors que la population vieillit à la vitesse grand V, plus de places devront être créées, estiment certains experts. Si la première vague de COVID-19 a révélé les nombreuses lacunes dans ces établissements, un CHSLD de Saint-Eustache veut montrer qu’il est possible de faire les choses autrement.

  • Le groupe Mandala Santé a ouvert le CHSLD privé conventionné des Patriotes en décembre 2019. L’établissement compte 133 chambres. Président du groupe Mandala Santé, Pierre Bélanger explique que l’établissement a été conçu en s’inspirant des meilleurs modèles, notamment les Green Houses américaines. « Notre but, c’est que les gens se sentent à la maison », dit-il.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Le groupe Mandala Santé a ouvert le CHSLD privé conventionné des Patriotes en décembre 2019. L’établissement compte 133 chambres. Président du groupe Mandala Santé, Pierre Bélanger explique que l’établissement a été conçu en s’inspirant des meilleurs modèles, notamment les Green Houses américaines. « Notre but, c’est que les gens se sentent à la maison », dit-il.

  • La construction a été pensée en conséquence. Par exemple, aucun chariot n’encombre les corridors. « On n’est pas à l’hôpital », dit M. Bélanger. Le système de ventilation a aussi été doté de diffuseurs. Partout dans l’établissement, aucun effluve de couche souillée, mais plutôt une odeur rappelant celle d’un corridor d’hôtel.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    La construction a été pensée en conséquence. Par exemple, aucun chariot n’encombre les corridors. « On n’est pas à l’hôpital », dit M. Bélanger. Le système de ventilation a aussi été doté de diffuseurs. Partout dans l’établissement, aucun effluve de couche souillée, mais plutôt une odeur rappelant celle d’un corridor d’hôtel.

  • Les résidants sont regroupés dans des unités de 12 à 17 personnes en fonction de leurs caractéristiques. « Il y a moins d’agressivité », constate M. Bélanger. Les personnes qui sont hébergées en CHSLD à cause de contraintes seulement physiques ne reçoivent pas les visites impromptues de résidants en pertes cognitives. M. Bélanger ajoute que les employés peuvent aussi être formés de façon ciblée et que les activités offertes s’adaptent aux intérêts et aptitudes de chaque groupe.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Les résidants sont regroupés dans des unités de 12 à 17 personnes en fonction de leurs caractéristiques. « Il y a moins d’agressivité », constate M. Bélanger. Les personnes qui sont hébergées en CHSLD à cause de contraintes seulement physiques ne reçoivent pas les visites impromptues de résidants en pertes cognitives. M. Bélanger ajoute que les employés peuvent aussi être formés de façon ciblée et que les activités offertes s’adaptent aux intérêts et aptitudes de chaque groupe.

  • Les équipes d’employés du CHSLD des Patriotes sont attitrées à une unité et ne bougent pratiquement pas. Une situation qui peut avoir contribué au fait qu’aucun cas de COVID-19 ne s’est déclaré au CHSLD des Patriotes lors de la première vague.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Les équipes d’employés du CHSLD des Patriotes sont attitrées à une unité et ne bougent pratiquement pas. Une situation qui peut avoir contribué au fait qu’aucun cas de COVID-19 ne s’est déclaré au CHSLD des Patriotes lors de la première vague.

  • Chaque aile est aussi dotée de sa cuisine et de sa salle à manger. Aucun plateau n’est distribué : les résidants mangent aux tables. Quelques chats habitent aussi au CHSLD et viennent égayer la vie des résidants.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Chaque aile est aussi dotée de sa cuisine et de sa salle à manger. Aucun plateau n’est distribué : les résidants mangent aux tables. Quelques chats habitent aussi au CHSLD et viennent égayer la vie des résidants.

  • C’est le premier CHSLD du groupe Mandala qui est construit ainsi. Et M. Bélanger assure déjà voir une différence. Sur la cohabitation plus sereine des résidants. Mais aussi sur l’embauche plus facile des employés.

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    C’est le premier CHSLD du groupe Mandala qui est construit ainsi. Et M. Bélanger assure déjà voir une différence. Sur la cohabitation plus sereine des résidants. Mais aussi sur l’embauche plus facile des employés.

  • Directrice des opérations chez Mandala Santé, Mélanye Sagala estime que le concept de maison des aînés du gouvernement est intéressant. Mais elle note que peu de personnes y sont hébergées à la fois. « Il y a moyen de faire quelque chose à échelle humaine même si c’est gros. La clé, c’est de promouvoir différents modèles », dit-elle.

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    Directrice des opérations chez Mandala Santé, Mélanye Sagala estime que le concept de maison des aînés du gouvernement est intéressant. Mais elle note que peu de personnes y sont hébergées à la fois. « Il y a moyen de faire quelque chose à échelle humaine même si c’est gros. La clé, c’est de promouvoir différents modèles », dit-elle.

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