Le nouveau directeur général de Longueuil reconnaît que sa ville pourrait elle aussi avoir été victime de collusion depuis 10 ans, même s'il est incapable de le prouver. Renald Gravel estime qu'il peut simplement resserrer les règles d'appels d'offres pour tenter de redevenir maître de ses chantiers.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

«Je ne suis pas policier, je suis administrateur, mais on a probablement de la collusion, des soumissionnaires qui s'entendent pour se partager des jobs et des territoires. C'est une hypothèse», a confié Renald Gravel après avoir pris connaissance des résultats de l'enquête de La Presse.

Nommé directeur général de Longueuil le 20 août dernier, M. Gravel a constaté depuis son entrée en poste que certaines pratiques mises en place depuis les fusions ne sont plus adéquates. Pour minimiser les risques de collusion, Renald Gravel compte dorénavant scinder les chantiers importants en plusieurs appels d'offres. «Ça permet de faire jouer les petits fournisseurs. Je ne suis plus à la merci d'un entrepreneur général qui choisit lui-même ses sous-traitants, sans appel d'offres, et pour lesquels il prélève une commission chaque fois. C'est beaucoup plus fastidieux à gérer, mais c'est très efficace.»

Longueuil vient également d'acheter un logiciel qui permet de suivre l'évolution du coût des contrats accordés. Au passage, Renald Gravel revoit le calendrier des appels d'offres de la Ville. Plusieurs municipalités ont constaté que le simple fait de lancer les appels d'offres en hiver, période creuse en construction, permet d'obtenir de meilleurs prix qu'en été - une pratique que Longueuil n'avait pourtant pas adoptée.

L'administration de Caroline St-Hilaire présente son nouveau directeur général comme une sorte d'Eliot Ness venu faire le ménage dans l'attribution des contrats de la Ville. Renald Gravel affirme qu'il a beaucoup appris sur les rouages de la collusion et de la corruption lorsqu'il dirigeait la Ville de Joliette.

Durant son passage dans la couronne nord, il aurait reçu des plaintes de plusieurs entrepreneurs qui prétendaient ne pouvoir répondre aux appels d'offres de Laval et de Montréal. Il affirme également avoir eu des offres de pots-de-vin et avoir été intimidé après avoir refusé d'accorder un avantage à des gens du milieu de la construction. Au printemps 2011, sa voiture a été incendiée devant sa résidence et il a reçu de nombreux appels téléphoniques anonymes.