Ce n’est pas bon signe quand un parti dit subir un traitement injuste.

Publié le 21 avril

C’est ce qui s’est passé cette semaine avec les deux vieux partis.

La cheffe du Parti libéral, Dominique Anglade, regrette qu’elle ne soit pas jugée de la même façon parce qu’elle est une femme. Et le président du Parti québécois déplore la faible visibilité médiatique accordée à sa formation.

Il faut nuancer. Un parti de l’opposition a un certain contrôle sur son sort. Par exemple, le solidaire Amir Khadir avait réussi à attirer l’attention en 2010 grâce à son travail d’enquête sur les prête-noms dans le financement politique.

Mais il est vrai qu’on parle peu des idées des libéraux et des péquistes. On consacre plus de temps à essayer de prédire la date de leur effondrement. Cela crée un cercle vicieux. En les dépeignant comme des perdants, on renforce cette impression.

Je ne crois pas que leurs difficultés découlent de ce phénomène. La désaffection envers les libéraux et les péquistes vient de causes plus profondes. Je constate seulement que notre façon de parler d’eux accentue cette tendance.

À cela s’ajoute l’effet de la pandémie : Paul St-Pierre Plamondon et Dominique Anglade ont été élus durant la pandémie, ce qui les a privés d’une précieuse visibilité.

J’ai donc profité des sorties du PQ et du PLQ pour interviewer leurs chefs.

Interview avec Dominique Anglade

Dominique Anglade insiste, elle ne veut pas se poser en « victime ». « Je n’aime pas du tout ce mot. Je ne l’utilise pas. Ce n’est pas dans ma personnalité. »

Elle « note » tout simplement que les femmes ne sont pas jugées de la même façon que les hommes. Elle donne l’exemple de Pauline Marois. « Si elle critiquait le gouvernement, on la jugeait trop agressive. On dit rarement cela d’un homme. Quand François Legault était dans l’opposition, est-ce qu’on le traitait de chialeux ? »

PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

Elle compare cela au caquiste Éric Caire. Dans l’opposition, il était surnommé « le shérif de La Peltrie » à cause de ses questions incisives, aux limites de la mauvaise foi. « On ne disait pas qu’il chialait. Shérif, c’était presque un terme positif. »

De façon générale, Mme Anglade a raison : les femmes subissent dans l’ensemble un traitement biaisé. Mais dans son cas particulier, l’exemple du chialage n’est pas le meilleur. La preuve, Gabriel Nadeau-Dubois encaisse la même attaque.

J’ai déjà écrit que sous Mme Anglade, les libéraux cherchaient encore leur identité.

En une phrase, à quoi sert le PLQ ? Que propose-t-il de différent des autres partis ?

« Nous sommes d’abord un parti de développement économique », répond-elle, avant de parler de décentraliser le pouvoir vers les régions – elle présente ce jeudi son projet de Charte des régions.

Elle enchaîne avec l’environnement. « Nous sommes les seuls à vouloir utiliser le développement économique pour lutter contre le réchauffement climatique. Par exemple, je reviens du Pontiac [une circonscription en Outaouais]. C’est la région du Québec où il y a le plus d’ensoleillement. C’est un potentiel extraordinaire qu’ils peuvent développer. »

Mais un plan pour électrifier l’économie, n’est-ce pas ce que propose la CAQ ? Mme Anglade juge que le plan du gouvernement ne va pas assez loin.

Elle ajoute que le PLQ se distingue aussi par sa défense des libertés individuelles et son fédéralisme enthousiaste. « Bien sûr, le respect des compétences est important. Mais on veut en même temps entretenir des liens constructifs avec le reste du Canada. Nous sommes les seuls à le vouloir. »

À quoi ressemblerait une Assemblée nationale sans Parti libéral ? Mme Anglade n’aime pas la question. Elle la reformule. « À quoi ça ressemblerait avec deux fois plus de députés libéraux ? On ne ferait pas des aberrations comme un troisième lien Québec-Lévis qui n’est pas basé sur des études et sur la science. On ferait du développement qui tient compte de la lutte contre les changements climatiques. »

Mais cette position est bien connue, sans que les libéraux se démarquent dans les sondages. La cheffe cartésienne réussit-elle à « connecter » avec l’électorat ? « À cause de la pandémie, je n’ai pas pu rencontrer les gens sur le terrain autant que j’aurais voulu, regrette-t-elle. Quand ils me voient, ils me disent : “Vous êtes sympathique, on ne vous imaginait pas comme cela à la télévision.” C’est parce qu’ils entendent de courts extraits de critiques. Mais j’espère avoir la chance de montrer autre chose en campagne électorale. »

Interview avec Paul St-Pierre Plamondon

Le Parti québécois dit avoir occupé seulement 7 % de l’espace médiatique dans les quatre chaînes de télévision francophones entre mai et novembre 2021. Le résultat des autres : 9 % pour QS, 12 % pour le PLQ et 71 % pour la CAQ.

Je n’ai pas pu valider la méthodologie derrière ces chiffres, qui viennent d’une étude commandée à Influence Communication.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

L’opposition a indéniablement perdu de la visibilité durant la pandémie. Elle ne profitait pas de longues conférences de presse diffusées en direct pour de vastes auditoires.

Il faut toutefois nuancer. À l’Assemblée nationale, la presse n’a pas envie d’une course à sens unique. Elle cherche donc à mettre à l’avant-scène le débat entre le gouvernement et ses adversaires. De plus, il est normal que le parti au pouvoir reçoive plus d’attention. Après tout, c’est lui qui gouverne.

Paul St-Pierre Plamondon comprend cela, mais il juge tout de même le contexte ingrat. « Je ne suis pas venu en politique pour parler de la pandémie ! En conférence de presse, je répondais parfois aux journalistes : “Que voulez-vous que je vous dise ?Le gouvernement ne nous consulte pas, il ne partage pas les infos avec nous, et on nous demande de réagir à une nouvelle pendant qu’on l’apprend. »

Voilà un environnement hostile pour un jeune chef qui cherche à se faire connaître.

À cela s’ajoute le discours mortuaire au sujet du PQ.

Depuis 2012, le parti perd bel et bien des votes à chaque campagne électorale. Reste qu’en commentant ce déclin, on ne parle pas des propositions du parti. Comme si la politique était un sport et que son seul intérêt était le radotage d’après-match.

M. St-Pierre Plamondon ne veut pas dénoncer ce traitement. « Soyons clairs, je ne me plains pas », tient-il à préciser. Il veut plutôt formuler un souhait pour notre démocratie : « Que chaque parti ait la chance de faire entendre ses idées et de faire connaître ses candidats, pour être ensuite jugé à son mérite. »

À quoi sert le PQ aujourd’hui ? « Nous sommes le seul parti indépendantiste, et le seul aussi à défendre fermement notre langue », répond-il.

Mais Québec solidaire dit aussi être indépendantiste. « Une proportion importante de leur électorat est fédéraliste. On l’a vu lors de l’élection partielle dans Marie-Victorin : ils font d’abord une campagne de la gauche contre la droite. »

À quoi ressemblerait une Assemblée nationale sans députés péquistes ?

« Sans nous, il n’y aurait personne pour rappeler que la réforme de la loi 101 est insuffisante et qu’elle doit s’appliquer au cégep. »

Le PQ est-il plus à gauche, ou coalise-t-il la gauche et la droite ? « Une composante sociale-démocrate a toujours été présente chez nous. On a des propositions concrètes pour les garderies, les soins à domicile et les aînés, et aussi l’environnement. Mais on se distingue par la rigueur. Nos propositions sont concrètes et chiffrées », soutient-il.

Je lui fais remarquer que les autres partis prétendent la même chose. M. St-Pierre Plamondon vante son projet de loi déposé l’année dernière pour qu’une partie du Fonds des générations finance la requalification de travailleurs qui perdront leur travail à cause de la transition énergétique.

« Si le Québec veut que sa langue et sa culture restent viables, il ne peut pas rester dans le Canada. Il doit devenir un pays. »