Je suis tout mêlé.

Publié le 17 février

Il y a tout juste un mois, on voulait imposer une amende salée aux non-vaccinés, question de les faire payer pour les débordements dans les hôpitaux. Puis, on leur a fermé l’accès aux grands commerces, en élargissant la portée du passeport vaccinal.

Et maintenant, on annonce la levée prochaine de presque toutes les restrictions ! Fini le télétravail, fini les limites dans les salles de spectacle et fini, aussi, le fameux passeport.

Quoi, la pandémie est terminée ? On a encore presque 2000 personnes touchées par la COVID-19 dans nos hôpitaux, bien davantage que durant tous les sommets des vagues précédentes. Oui, le chiffre est en baisse constante, tant mieux, comme ceux des décès et des patients aux soins intensifs, mais on n’est pas encore sortis de l’auberge.

Je ne comprends rien, que je vous dis.

Tout le monde en a ras le pompon des mesures sanitaires, c’est clair. Et la plupart des observateurs ont salué la décision du gouvernement Legault de jeter du lest. Enfin, un semblant de vie normale.

Mais à ce que je constate, la COVID-19 est encore bien présente. Et j’ai peur qu’on s’en morde les doigts, dans quelques semaines.

Y a-t-il des données scientifiques qui me manquent ? Est-ce parce que le variant Omicron est moins virulent que le Delta, moins grave ? C’est effectivement le cas, mais Omicron est si contagieux qu’il touche beaucoup plus de gens, ce qui se traduit par davantage d’hospitalisations.

Est-ce parce que nous avons atteint l’immunité collective ? La forte contagion d’Omicron laisse croire aux autorités qu’environ 2 millions de Québécois l’auraient attrapé depuis décembre, ce qui est énorme.

Mais ça reste moins du quart de la population. Et même en ajoutant les Québécois qui ont eu leur troisième dose (47 %), on est loin de l’immunité collective, surtout si l’on présume que certains de ces vaccinés peuvent faire partie du quart qui l’auraient attrapé.

« Il reste encore un grand nombre de gens vulnérables, chez les vaccinés et les non-vaccinés. C’est une illusion de penser qu’il n’y aura pas de conséquences dans les prochains mois à lever les mesures sanitaires », me dit le Dr Gaston De Serres, chef de l’unité immunisation de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Je suis perdu.

Est-ce parce que nos dirigeants penchent maintenant pour notre santé mentale dans la balance des inconvénients ? Nul doute que c’est un facteur très important, notamment chez les jeunes.

Mais il pourrait y avoir une autre explication. Faut-il admettre que les camionneurs ont gagné ? Que la sympathie du mouvement a forcé les autorités à devancer leur plan de retrait des mesures sanitaires ?

Que le gouvernement ontarien de Doug Ford, avec sa ville d’Ottawa assiégée, n’aurait pas annoncé la levée de la presque totalité des mesures sanitaires dès le 1er mars sans ces manifestations, poussant ainsi le gouvernement Legault à lui emboîter le pas ? Que les autorités ont abdiqué ?

Un sondage Léger paru mercredi dans les médias de Québecor laisse penser que les récentes décisions sont davantage politiques que scientifiques. Le Parti conservateur d’Éric Duhaime a gagné 9 points dans les intentions de vote depuis l’arrivée d’Omicron, en décembre, à 14 %.

Il devance même Québec solidaire (12 %) et le Parti québécois (11 %). La Coalition avenir Québec de François Legault est à 41 % et le Parti libéral de Dominique Anglade, à 20 %. Dans la région de Québec, le Parti conservateur aurait même 25 % d’appui !

Bref, au diable les débordements dans les hôpitaux…

D’autres pays ont cédé aux pressions et levé leurs restrictions début février, comme le Danemark, même pour le port du masque obligatoire dans les lieux publics.

Mais aujourd’hui, le petit pays est aux prises avec le plus haut taux de COVID-19 au monde, et les décès sont en forte hausse depuis une semaine (5,2 par million d’habitants, contre 3,6 au Québec).

Si le gouvernement Legault abandonne les restrictions et se résigne à vivre avec la COVID-19, c’est qu’il accepte, implicitement, que les hôpitaux soient souvent débordés par les malades de la COVID-19. Et que les autres patients, qui attendent depuis des mois pour une opération, passent constamment au deuxième rang.

À moins que les autorités se résignent à accepter que la COVID-19 ait raison des plus faibles et des plus âgés, comme le veulent certains tenants de la droite, qui invoquent les lois de la nature. Ce qui voudrait dire qu’au Québec, où nos ressources hospitalières sont limitées, le gouvernement devrait plafonner le nombre de lits réservés aux malades de la COVID-19, afin d’être équitable pour les autres qui attendent. C’est peu probable.

Seule autre avenue possible : que le gouvernement investisse massivement dans nos hôpitaux pour les rendre aussi capables qu’ailleurs d’affronter les probables nouvelles vagues. « Mais former du monde, augmenter le nombre de lits, ça ne se fait pas du jour au lendemain », fait remarquer le Dr De Serres.

Je suis tout mêlé, que je vous dis.