Le nouveau vice-président aux opérations hockey du Canadien de Montréal, Jeff Gorton, s’est assis devant la délégation de journalistes sportifs, pour la première fois, avec l’épinglette du CH sur son veston. Il a pris la parole, en faisant, d’entrée de jeu, son effort de gouverneur général du Canada, en y allant au son : « Bonjour à tous. C’est avec beaucoup de fierté que j’ai accepté le rôle de vice-président this opérations hockey avec les Canadiens de Montreal. La plus grande franchise dans l’histoire du hockey, avec le but de ramener la Coupe Stanley in Montreal. Merci Geoff Molson pour cette confiance. »

Publié le 4 déc. 2021

Puis il a quitté son texte des yeux, regardé l’auditoire et imploré : « I hope it was OK ? » Rires épars. Dans sa tête, on entendait : « It’s done, my god ! »

Oui, c’était OK. Plus qu’OK même, si on le compare à Saku Koivu en 10 ans de capitanat.

Gorton a ajouté, en anglais, qu’il allait essayer d’apprendre notre langue et qu’il fallait être patient avec lui. Un journaliste lui a demandé ce qu’il voulait dire par apprendre notre langue : allait-il se contenter de quelques mots d’usage ou allait-il vraiment la parler ? Il a répondu qu’il voudrait être aussi bon que possible, que sa femme lui a acheté un programme de leçons de français, mais qu’il ne peut rien promettre, parce qu’il y a 30 ans, il a tenté de devenir bon au golf et qu’il est toujours pourri. Rires généralisés.

Alors, doit-on s’attendre à ce que Jeff Gorton améliore sa connaissance du français durant son règne, ou les 32 secondes consécutives prononcées vendredi demeureront-elles, dans les annales, son plus long discours à vie dans la langue de Serge Savard ?

Beaucoup répondront à cette question : Who cares ? L’important, ce n’est pas que le gars qui prend les décisions hockey du Canadien sache parler français ; l’important, c’est qu’il sache faire gagner le Canadien !

Dit ainsi, ça se défend, mais la réalité est tout autre. Une équipe sportive ne fait pas que gagner. Surtout pas tout le temps. Mais ce qu’une équipe sportive fait, tout le temps, c’est vivre avec la ville qu’elle représente. Les bons jours et les mauvais jours.

Ça fait 54 ans que les Maple Leafs de Toronto n’ont pas gagné la Coupe Stanley, pourtant, ils n’ont jamais essayé de mettre un francophone à leur tête, encore moins un francophone unilingue ! Ils ont toujours eu un dirigeant capable de communiquer avec la langue de la majorité des médias et des partisans de leur ville. Pour vivre le hockey avec eux.

Des anglophones liés au Bleu-blanc-rouge qui ont réussi à établir un dialogue avec les francos, il y en a eu dans la grande histoire du Tricolore : Scotty Bowman, Larry Robinson, Bob Gainey… Même Sam Pollock, qui était de l’époque de la vendeuse de chez Eaton, répondait en français aux questions de Lionel Duval, à La soirée du hockey. Ce n’est sûrement pas un hasard, si ça remonte aux belles années.

Depuis les temps durs, rarissimes sont les anglos tricolores qui acceptent de donner des entrevues dans la langue de JiC, si on fait exception du propriétaire, Geoff Molson, un exemple à suivre pour tous les haut placés du Québec.

Vous me direz que tout le monde n’est pas doué pour les langues, que c’est toujours ben pas de sa faute, s’il s’avère que le pauvre Jeff Gorton est aussi poche en français qu’au golf. Ça n’a rien à voir : 100 % de tous les Québécois unilingues francophones qui accèdent à la LNH parviennent à apprendre l’anglais, assez bien pour comprendre les directives du coach et discuter avec les boys.

Il y a même des Québécois unilingues francophones qui parviennent à maîtriser assez bien l’anglais, durant leurs années de hockeyeurs, pour devenir coachs et diriger à leur tour les joueurs de la LNH dans la langue de Don Cherry. Pourquoi ? Parce qu’ils le veulent. Pourquoi ils le veulent ? Parce qu’ils n’ont pas le choix.

Le problème de Jeff Gorton, c’est qu’il a le choix. Parce qu’il aura à ses côtés un directeur général parfaitement francophone. C’est bien pensé. Sauf que nous, on aimerait que le grand boss du hockey soit en mesure de s’exprimer dans la langue du nom de la franchise : Canadien avec un e. Je sais, je sais, ce seront deux grands boss. Égaux. Bien sûr, tellement égaux qu’il y en a un qui choisit l’autre. On est plus dans The Bachelor que dans Occupation double !

J’oserais demander à Jeff Gorton d’apprendre le français avec autant de volonté qu’il en a mis pour apprendre le golf. Il peut même consacrer la moitié des heures qu’il a passées sur les terrains de golf à ses cours de français. Il va constater que les résultats seront tellement plus satisfaisants !

Qu’est-ce que ça va changer ? Est-ce que le Canadien sera meilleur ? D’une certaine façon, oui. Parce que son décideur sera conscient de l’une des identités, jadis essentielle, de cette équipe : permettre à une diversité de réaliser son rêve. Le désir de ceux qui ne l’ont pas facile parvient souvent à de belles grandes choses. Comme à 24 Coupes Stanley.

En échange, on vous promet de crier : « Go Habs go ! »

Vous voyez bien qu’on peut s’entendre.

Good luck pour la grosse job qui vous attend !

Vous voyez bien que le français est facile à comprendre !