Avec les préoccupations sur les armes à feu qui prolifèrent et les fusillades qui se multiplient, le sous-texte de la discussion collective touche subtilement à la couleur du crime.

Publié le 3 déc. 2021

C’est-à-dire à la couleur de la peau des criminels.

Une partie des fusillades qui frappent la région de Montréal est attribuable à des individus liés aux gangs de rue. Plusieurs de ces gangs de rue regroupent des membres de minorités ethniques.

Partant de là, il est facile de succomber à une tentation : celle de dire que certaines communautés sont plus susceptibles de commettre des crimes.

C’est trompeur.

C’est comme regarder l’enjeu du crime avec une loupe : ce qu’on regarde avec ladite loupe est toujours grossi. Et ce qui est situé hors du cercle de verre est ignoré, dans un angle mort.

Les armes illégales se retrouvent dans toutes sortes de mains. Elles commettent les dégâts que l’on sait. Elles tuent. C’est à ça que sert un gun, à tuer.

On se focalise beaucoup sur la couleur des mains qui les tiennent, ces guns, ces jours-ci. L’angle mort de la discussion : qui les fait entrer au Canada, ces armes ?

Un cas hautement médiatisé a fait les manchettes, en 2021. Celui de William Rainville, 24 ans : le diplômé de l’Université de Sherbrooke a été arrêté pour avoir importé illégalement 249 armes de poing des États-Unis. Rainville est blanc, comme moi.

Qu’est-ce que ça prouve ?

Essentiellement, rien. Ça ne prouve pas que « les Blancs » sont plus prédisposés à tenter de faire entrer des armes illégales au Canada en échange de sommes d’argent importantes.

Ça prouve que le crime, le crime au sens large, ce n’est pas une affaire de couleur de peau. À moins d’être plus préoccupé par la couleur de la peau que par le crime lui-même…

Un jeune Noir tire du gun dans les rues de Montréal-Nord : est-il plus coupable que le diplômé blanc de l’Université de Sherbrooke qui a importé le Glock illégal qui s’est retrouvé dans la main du jeune de Montréal-Nord ?

Si vous avez une réponse d’une clarté absolue à cette question, je trouve que vous tournez les coins rond. Et j’envie votre certitude morale. Je ne l’ai pas, cette certitude morale.

Le hic, c’est que le jeune Noir, lui, est intensément scruté par la loupe dont je vous parlais plus haut et il l’est en tant que jeune Noir. La loupe sociale, médiatique. Ce qui cloche chez lui est décortiqué sous toutes les coutures : l’influence du hip-hop américain, le père absent, le goût de se vanter sur les réseaux sociaux…

Je ne dis pas que ces questions sont totalement dénuées d’intérêt. Je dis que ladite loupe n’est jamais posée sur le jeune diplômé universitaire plein d’ambition qui a importé une cargaison de Glock…

Enfin, si, la loupe est posée sur lui, mais la loupe n’est pas posée sur lui en tant que jeune Blanc. S’est-on demandé quelle musique écoutait William Rainville dans son auto, quand la GRC l’a épinglé ?

On peut dire la même chose des proxénètes qui enrôlent des adolescentes dans la prostitution. Oui, on a vu beaucoup de cas où les proxénètes n’étaient pas des Blancs-Tremblay-baptisés. Avez-vous remarqué que, souvent, les clients, eux, le sont ?

Un jeune non-Blanc enrôle une ado dans l’enfer de la prostitution : est-il plus ou moins coupable que le comptable blanc-Tremblay-baptisé de Blainville qui vient la violer au motel où elle est retenue captive ?

Les Hells Angels sont de bons Blancs-Tremblay-baptisés. Ils savent où trouver des guns, ils savent s’en servir. De 1994 à 2001, la « guerre des motards » qui a opposé les Hells à des bandes rivales a fait 160 morts, dont 29 victimes innocentes. Leur chef, Maurice Boucher, voulait déstabiliser le système de justice, rien de moins. Je ne me souviens pas qu’on ait cherché à savoir le type de musique qu’écoutait ce criminel, pour expliquer sa psychopathie.

La couleur de sa peau n’a jamais été, non plus, au centre des discussions. Ni la couleur de la peau de ses frères d’armes, ou de ses ennemis. Il était considéré comme un bandit, point. Pas comme un bandit blanc.

Vingt-six personnes ont été arrêtées par la Sûreté du Québec, au début de novembre, vingt-six hommes soupçonnés de divers crimes de pédophilie. Dans le lot, on trouve un concierge, un enseignant, un conseiller municipal. Tous les suspects dont les photos ont été publiées par les médias ont un point en commun : ils sont blancs.

Qu’est-ce que ça prouve ? Essentiellement, rien. Ça prouve, à voir le profil des suspects, que les pédophiles peuvent être concierges ou politiciens. C’est une tare qui touche toutes les sphères de la société. Quand je regarde cette brochette d’accusés, je ne me dis pas : « Qu’est-ce qui cloche avec les Blancs ? », non, je me dis : « J’espère que la police a tous les outils pour les traquer, jusqu’au dernier. »

C’est la même chose que je me dis quand je pense à ceux qui font le commerce – et qui utilisent – des armes de poing illégales. J’espère que la police a tous les outils pour les traquer, jusqu’au dernier.

Si vous vous focalisez principalement sur la couleur de peau de ceux qui commettent des crimes, ça dit une chose : vous vous souciez plus de la couleur de la peau que des crimes en question.