Ça se termine dimanche. Et ça nous a fait beaucoup de bien. Voir des athlètes jouer, bouger, sauter, courir, nager, rouler, gagner, perdre et continuer. Les Jeux de Tokyo, personne ne les voulait, mais ils ont eu tout le monde. Trop de moments irrésistibles. Trop de belles histoires. Maude Charron qui sort du garage de son père à Rimouski pour soulever tout le pays. Mutaz Barshim, du Qatar, et Gianmarco Tamberi, de l’Italie, qui partagent l’or comme deux gamins partagent un trésor. Luka Mkheidze, judoka français, passé d’un camp de réfugiés au podium olympique. Et le sourire de Penny, et la grâce de De Grasse, et l’humilité de Warner, et les larmes de Meaghan. 

Publié le 7 août 2021

Des Jeux qui nous ont prouvé que les mentalités sont en train de changer. L’important, ce n’est pas toujours de participer, l’important, parfois, c’est d’abandonner. Simone Biles nous a fait comprendre que dans abandonner, il y a donner, comme dans « se donner une chance ». Des Jeux qui s’ouvrent à tous et à toutes. Quinn, de l’équipe féminine de soccer du Canada, est devenue la première transgenre non binaire à gagner une médaille d’or.

La volonté est si forte que, pour la première fois en 125 ans, la devise olympique a changé. Le CIO a ajouté un mot. C’est maintenant : « Plus vite, plus haut, plus fort – ensemble ». C’est beau. Ce le sera encore plus quand ce sera vrai. Vraiment vrai. Il y a des athlètes qui ne sont pas conviés au grand rendez-vous : les athlètes handicapés.

Vous me direz qu’ils ne sont pas à plaindre. Qu’ils ont leur propre évènement : les Jeux paralympiques. Et en plus, ils ont lieu au même endroit. Dans les mêmes installations. Quelle belle attention !

Le problème, c’est qu’ils ont lieu après, justement. Quand la fête est finie. C’est comme être invité à la noce quand la mariée est partie. Regarderez-vous les Jeux paralympiques de Tokyo, du 24 août au 5 septembre ? Soyez francs. Un peu, peut-être. Sûrement pas avec la même assiduité que vous venez de le faire. Pourquoi les athlètes handicapés ne participent-ils pas aux Jeux olympiques tout court ? Oubliez le para.

Dans l’Antiquité, seuls les hommes pouvaient prendre part aux Jeux. L’ère moderne a remédié à cette injustice. Les femmes aussi sont olympiennes. Bien sûr, elles ne se mesurent pas directement aux hommes. Il y a des épreuves masculines et des épreuves féminines, quelques-unes mixtes, et toutes les médailles sont comptabilisées ensemble. Pourquoi ne pas ajouter les épreuves pour athlètes handicapés, et compter les médailles remportées dans le total du pays ?

Jamais on n’exclurait une communauté des Jeux à cause de son sexe, de sa race, de son orientation sexuelle, de sa religion. Jamais on ne songerait à les traiter à part. Pourquoi le fait-on avec les handicapés ? C’est une minorité qui a autant le droit que les autres de se joindre à la multitude.

Les Chantal Petitclerc, les Benoît Huot auraient dû pouvoir démontrer leurs prodigieux talents lors de la plus grande manifestation sportive qui soit. Quand tous les yeux de la planète sont rivés, en même temps, au même endroit. Pas quand la plupart des gens regardent ailleurs.

On est en 2021, on est rendu là. Plus vite, plus haut, plus fort – ensemble ? Ensemble, c’est ensemble. Toutes les nations, toutes les races, tous les sexes, toutes les apparences. Les athlètes paralympiques sont des athlètes olympiques. Point. Ils sont aussi méritants, aussi inspirants.

Dans le mouvement d’intégration qui souffle, enfin, sur nos sociétés, les handicapés traînent la patte. Excusez-la. On ne les voit pas encore tant que ça. Ils ne sont pas réellement plus présents. Pourtant, 16 % des Québécois souffrent d’une incapacité physique. Voyez-vous 16 personnes handicapées sur 100 sur vos écrans ?

Le sport a la capacité de rassembler plus que toute autre activité. De faire tomber les barrières. Imaginez l’effet qu’aurait l’inclusion des athlètes handicapés aux Jeux olympiques. Ce serait la meilleure façon de changer le regard des autres. Ce regard qui limite beaucoup plus que le handicap.

En attendant, bien sûr, je vous invite à suivre les Jeux paralympiques de Tokyo. Ce sera rempli d’exemples de courage et de résilience. Ça va nous donner un bon coup de pied au cul pour aller plus vite, plus haut, plus loin. Pour surmonter nos petits problèmes. Ça va nous faire du bien, aussi. Mais j’aurai un petit pincement au cœur en constatant que tous ces exploits seront beaucoup moins appréciés que ceux des autres Jeux. Des Jeux de tous ceux qui ne sont pas comme eux.

Les Jeux olympiques doivent être les Jeux de tous les humains. Tous. Imaginez demain, lors des cérémonies de clôture, si la Terre entière entrait dans le stade, dans toute sa diversité de corps et d’esprits. Unie comme jamais. Inclusive à souhait. Ensemble pour vrai.