Au bord de l’épuisement, le milieu communautaire montréalais demande aux gouvernements d’en faire plus pour l’aider à répondre aux besoins urgents des dizaines de milliers de demandeurs d’asile présents sur le territoire.

« Le réseau des organismes communautaires est arrivé à un point de saturation », affirme Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes.

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Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes

On est en train de frapper un mur. On n’est plus capables de fournir.

Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes

M. Reichhold a fait ce constat dans le cadre d’une conférence de presse tenue mardi matin, en présence des membres d’une coalition issue des comités de concertation de 13 quartiers montréalais. Cet appel à l’aide cherche à susciter un sentiment d’urgence pour résoudre un problème qui a souvent été évoqué depuis quelques mois, notamment dans La Presse. Il résulte également du fait que ces organismes ont découvert qu’il n’y avait pas de répit en ce début d’année, contrairement aux années précédentes, et que les demandes d’aide continuaient à augmenter.

Pour répondre à la « détresse » des migrants, le milieu communautaire demande donc aux gouvernements d’offrir un meilleur accès aux services publics pour les demandeurs d’asile, notamment les services de garde et les mesures d’employabilité, et d’augmenter le financement des organismes pour renforcer leur capacité à offrir un soutien et un accompagnement adéquats aux migrants.

En 2022, un nombre record de 92 715 demandes d’asile ont été enregistrées au Canada, dont 59 205 (soit 64 %) au Québec.

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Les membres d’une coalition issue des comités de concertation de 13 quartiers montréalais ont tenu une conférence de presse mardi pour demander de l’aide.

« Au maximum »

« Nos services sont étirés au maximum, affirme Sébastien Patrice, directeur de la Cafétéria MultiCaf. On est à 400 % de notre capacité, sans financement conséquent pour répondre aux besoins émergents. »

Également dans Côte-des-Neiges, le Service d’interprète, d’aide et de référence aux immigrants recevait, en moyenne, cinq demandeurs d’asile par jour avant la réouverture des frontières.

« Nous sommes rendus à une soixantaine de demandeurs d’asile par jour avec le même effectif et les mêmes subventions », indique la directrice, Fatma Djebbar.

À Saint-Laurent, même constat : plus de 50 % des nouveaux usagers sont des demandeurs d’asile, rapporte Maria Ximena Florez, directrice du Comité des organismes sociaux de Saint-Laurent.

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Maria Ximena Florez, directrice du Comité des organismes sociaux de Saint-Laurent

Les organismes communautaires sont débordés. Ils n’ont pas du tout les ressources pour bien faire leur travail. Il faut agir avant que cette situation devienne encore plus dramatique.

Maria Ximena Florez, directrice du Comité des organismes sociaux de Saint-Laurent

Eva Garcia-Turgeon, directrice de Foyer du monde, rappelle qu’en 2017, le Stade olympique avait été transformé en refuge pour les migrants. « À ce moment-là, on avait ouvert 11 centres d’hébergement temporaires. Aujourd’hui, on a 46 000 personnes et rien n’a été fait. On est au niveau pandémique en termes de ressources. »

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Eva Garcia-Turgeon, directrice de Foyer du monde

« Pas que des chiffres »

Le milieu communautaire souhaite aussi que le gouvernement annule la décision du Conseil des ministres de 1996 qui limite l’accès aux services publics pour les demandeurs d’asile et mette en place un dispositif d’hébergement transitoire.

À leur arrivée au Québec, les demandeurs d’asile sont temporairement hébergés dans des hôtels gérés par le provincial et le fédéral, principalement dans la région de Montréal. Ottawa gère un plus grand nombre de chambres d’hôtel que Québec, sans toutefois offrir les mêmes services d’accompagnement. C’est aussi Ottawa qui assume les coûts liés à l’installation des demandeurs d’asile. Cela comprend l’hébergement temporaire, une aide financière et des soins de santé.

« Les demandeurs d’asile ne sont pas que des chiffres », lance Gary Obas, directeur de L’organisme pour l’intégration, la citoyenneté et l’inclusion (ICI) de Montréal-Nord. « Ce sont des gens qui veulent contribuer à l’essor économique de la société. Et, de toute façon, la majorité des demandeurs d’asile deviendront des résidents permanents. »

Qu’est-ce que l’Entente sur les tiers pays sûrs ?

C’est un accord conclu en 2002 entre le Canada et les États-Unis. Il permet aux deux pays de désigner certaines destinations comme des « pays sûrs » pour les demandeurs d’asile. Cela signifie que si un demandeur d’asile arrive au Canada ou aux États-Unis par un pays tiers qui a été désigné comme sûr, il ne peut pas y présenter une demande d’asile. Il est plutôt renvoyé vers le pays tiers sûr d’où il arrive pour y présenter sa demande. Les discussions pour renégocier cette entente ont lieu depuis plusieurs mois, en raison de la croissance rapide du nombre de demandeurs d’asile qui arrivent aux États-Unis et au Canada par le chemin Roxham, entre Plattsburgh et Saint-Bernard-de-Lacolle. Cette route est devenue très populaire auprès des migrants qui cherchent à échapper aux lois plus strictes sur l’immigration aux États-Unis. La ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Christine Fréchette, demande au fédéral de régler ce problème en renégociant l’Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis, pour y inclure le chemin Roxham. En outre, elle demande que les autres provinces du Canada apportent leur contribution pour aider le Québec à faire face à cette crise.

En savoir plus

  • 39 171
    Nombre de personnes qui ont franchi le chemin Roxham pour demander l’asile en 2022
    source : gouvernement du Canada