Une forte majorité de Québécois refuse de financer le projet de gazoduc et d’usine de liquéfaction de gaz naturel GNL Québec par une augmentation des tarifs québécois d’électricité, démontre un sondage Léger publié mercredi.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

« Si le projet GNL Québec/Gazoduq devait se réaliser, seriez-vous prêt à accepter une augmentation de votre facture d’électricité qui pourrait en résulter ? », a demandé la firme à un millier de personnes, au nom d’une coalition de groupes environnementaux québécois [voir encadré méthodologie].

Seulement 5 % des répondants ont répondu favorablement, contre 87 % qui ont déclaré s’y opposer.

« Ce n’est pas surprenant que la très grande majorité ait répondu non [parce qu’il] n’y a pas de bénéfice pour le consommateur », a déclaré à La Presse le vice-président des affaires publiques et des communications de Léger, Sylvain Gauthier.

Les gens ont tendance à être moins favorables à des projets de ce type quand ils constatent les conséquences directes qu’ils engendreront pour eux, souligne-t-il.

En décembre dernier, avant que ne soit révélé l’impact du projet GNL Québec sur les tarifs d’électricité, un autre sondage Léger avait d’ailleurs démontré un taux d’appui de 34 %, contre 46 % d’opinions défavorables.

À partir du moment qu’on touche le portefeuilles des consommateurs, c’est normal qu’il y ait une réaction collective, à tort ou à raison.

Sylvain Gauthier, Léger

10 milliards

La construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel sur la rive du Saguenay et d’un gazoduc traversant l’Abitibi, le Lac-Saint-Jean et le Saguenay pour l’alimenter ferait augmenter la facture d’électricité des ménages et entreprises du Québec de 10 milliards de dollars pour les 25 premières années d’activité du projet, affirmait au début du mois l’Union des consommateurs.

L’organisme de défense des droits des consommateurs calculait que la consommation d’énergie requise par le projet obligerait Hydro-Québec à conclure de nouveaux contrats d’approvisionnement, à des tarifs supérieurs à ceux auxquels elle revendrait l’électricité à GNL Québec.

Ce sont donc tous les clients de la société d’État qui épongerait la facture par le truchement d’une hausse de leurs tarifs, à partir de 2030.

« C’est 10 milliards d’argent du public qui seraient détournés » pour financer le projet, alors que le premier ministre François Legault « a clairement dit » qu’il n’y aurait pas de financement public, a déclaré Adrien Guibert-Barthez, co-porte-parole de la Coalition Fjord.

Comment le ministre [de l’Énergie et des Ressources naturelles Jonatan] Julien peut-il justifier cela alors que nous sommes en pleine pandémie et que les finances des familles québécoises sont déjà mal en point ?

Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec

Qui plus est, le projet engendrerait pour les mêmes raisons un manque à gagner de 1,5 milliard de dollars pour les premières années d’activité, de 2027 à 2030, ce qui pourrait diminuer d’autant le dividende versé au gouvernement par la société d’État, avait aussi calculé l’Union des consommateurs.

Décision attendue cet été

Le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel ne répond pas aux exigences de Québec, avait déclaré le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, à la lecture du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), rendu public le mois dernier. (Relisez notre article sur le sujet)

Le document de 500 pages concluait que le projet augmenterait les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), stimulerait l’industrie canadienne des énergies fossiles, menacerait les bélugas et n’entraînerait pas de retombées économiques significatives à long terme pour la région.

La décision du ministre Charette d’autoriser ou non le projet Énergie Saguenay ne sera toutefois rendue qu’après le dépôt par l’entreprise de son évaluation d’impact environnemental, attendue cet été.

Le gazoduc partant du nord de l’Ontario et traversant l’Abitibi, la Haute-Mauricie et le Lac-Saint-Jean qui alimenterait l’éventuelle usine Énergie Saguenay doit faire l’objet d’une évaluation environnementale distincte, qui serait menée conjointement par le BAPE et l’Agence canadienne d’évaluation environnementale.

Méthodologie

Le sondage a été commandé à Léger par Nature Québec, Greenpeace, Équiterre, la Fondation David Suzuki, la Coalition Fjord, la Coalition anti-pipeline Rouyn-Noranda et le Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ). Il s’agit d’un sondage web effectué du 16 au 18 avril 2021 auprès de 1003 personnes résidant au Québec. Les résultats ont été pondérés en fonction du sexe, de l’âge, de la langue maternelle, de la région, du niveau de scolarité, de la présence d’enfants dans le ménage. Un échantillon tiré d’un panel ne permet pas de calculer une marge d’erreur, mais à titre comparatif, la marge d’erreur maximale pour un échantillon de 1003 répondants est de ± 3,1 %, 19 fois sur 20.