Faible appui populaire. Refus d’y injecter des fonds publics. GNL Québec, le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel au Saguenay et d’un gazoduc traversant l’Abitibi, le Lac-Saint-Jean et le Saguenay pour l’alimenter, n’obtient pas l’approbation de la population québécoise, démontre un sondage.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

Seule une minorité de Québécois se dit favorable au projet gazier GNL Québec et une majorité s’oppose à ce que le gouvernement y injecte de l’argent, révèle un sondage mené par la firme Léger pour le compte d’une coalition d’organisations environnementales.

Les Québécois sont 46 % à se dire défavorables à la construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel sur la rive du Saguenay et d’un gazoduc traversant l’Abitibi, le Lac-Saint-Jean et le Saguenay pour l’alimenter.

L’opposition est particulièrement marquée chez les étudiants, à 68 %, chez les jeunes de 18 à 24 ans (60 %) et chez les répondants qui avaient entendu parler du projet gazier (52 %).

À l’opposé, 34 % des répondants se disent favorables au projet, notamment chez les gens effectuant un travail manuel, où l’approbation grimpe à 48 %.

Les hommes sont presque deux fois plus nombreux que les femmes à approuver le projet, dans une proportion de 44 % contre 24 %.

« C’est un projet qui semble avoir le vent dans le visage », résume le vice-président exécutif de Léger, Christian Bourque.

Ceux qui ont déjà une opinion défavorable de GNL Québec sont peu susceptibles de changer d’avis, si bien que c’est uniquement dans les quelque 20 % d’indécis que le projet peut espérer gagner des appuis, explique le sondeur. « Une fois qu’on n’aime plus quelqu’un, c’est difficile de l’aimer à nouveau », souligne Christian Bourque.

Pas de fonds publics

De plus, 54 % des Québécois sont opposés à ce que le gouvernement investisse des deniers publics dans le projet GNL Québec, démontre aussi le coup de sonde, qui a été mené du 20 au 22 novembre pour les organisations Nature Québec, Équiterre, Greenpeace, Eau Secours, la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES) et le Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ).

Seulement 28 % des Québécois sont au contraire favorables à ce que le gouvernement participe financièrement au projet ; là encore, les hommes davantage que les femmes.

Les 65 ans et plus sont particulièrement contre cette idée, à 62 %, au même titre que les étudiants et les 18-24 ans, à 66 %.

« Quand les jeunes générations ne vous appuient pas, ce sont d’autres indicateurs que la partie est loin d’être gagnée », commente Christian Bourque, évoquant la forte mobilisation de cette frange de la société.

Il souligne également que l’opposition à GNL Québec est plus forte chez les francophones, un électorat important pour le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), que chez les non-francophones.

Pas d’acceptabilité sociale

Le sondage est « un signal très clair » que « la population québécoise est contre le projet [GNL Québec] et particulièrement contre l’idée d’y investir de l’argent public », a déclaré à La Presse Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec.

Elle rappelle que les audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) du Québec, plus tôt cet automne, ont généré une « participation historique » où « 80 % des présentations étaient contre le projet ».

Il n’y a aucune acceptabilité sociale au Québec pour ce projet-là.

Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec

Le gouvernement Legault répète qu’il attendra le rapport du BAPE avant de décider s’il permet au projet d’aller de l’avant, ce que salue Nature Québec.

En revanche, il devrait « dès aujourd’hui » fermer la porte à une aide financière publique, affirme Alice-Anne Simard, ajoutant que ça pourrait amener GNL Québec à abandonner le projet.

« C’est un projet qui a énormément de difficultés financières », dit-elle, rappelant que le principal investisseur, le fonds Berkshire Hathaway du milliardaire Warren Buffett, s’en est retiré plus tôt cette année.

« Ce genre de projets d’énergie fossile, ça ne passe pas au Québec, assène-t-elle. Et ça passe encore moins quand on utilise de l’argent public pour les maintenir artificiellement en vie, alors qu’il n’y a pas de rentabilité. »

Méthodologie

Le sondage a été réalisé par la firme Léger du 20 au 22 novembre 2020, sur le web, auprès de 1000 Québécoises et Québécois de 18 ans ou plus et pouvant s’exprimer en français ou en anglais. Les résultats ont été pondérés selon le sexe, l’âge, la langue maternelle, la région, le niveau d’éducation ainsi que la présence d’enfants dans le ménage à l’aide des données de Statistique Canada, afin de rendre l’échantillon représentatif de l’ensemble de la population, explique Léger. À titre comparatif, la marge d’erreur maximale pour un échantillon de 1000 répondants est de ± 3,1 %, et ce, 19 fois sur 20.