Une centaine d’agents correctionnels ont manifesté samedi avant-midi devant la prison de Bordeaux, à Montréal, pour dénoncer le « manque de jugement » de la direction. Celle-ci ne « protège plus » les employés lorsque surviennent des agressions physiques par des détenus, affirment plusieurs salariés, soutenus par le syndicat.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Ce qui a fait sauter le bouchon, c’est que récemment, une personne incarcérée à Bordeaux a agressé physiquement plusieurs agents. L’un d’eux a même été mordu. Et ce n’était pas la première fois, donc le comité de discipline devait rendre des sanctions. Mais on vient d’apprendre que la directrice a cassé la décision de perte de bon temps », explique le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels (SAPSCQ-CSN), Mathieu Lavoie.

Le « bon temps », dans le milieu carcéral, signifie le temps accumulé par le détenu pour son bon comportement. Il peut ainsi, s’il se comporte adéquatement, être libéré plus tôt que sa peine initiale. « Ce qu’on voulait, c’était de retirer du temps qu’il avait cumulé. On trouve important de le faire quand un détenu nous agresse, pour protéger nos agents et éviter que ça ne se reproduise », dit M. Lavoie

Mais la direction en a jugé autrement ; ces sanctions ont été levées dans les derniers jours, suscitant l’ire et la colère du syndicat. « De plus en plus, nos comités de discipline n’ont plus de mordant, plus de pouvoir, et les gens qui conseillent la direction dans les établissements ne connaissent pas le milieu carcéral, n’y ont jamais travaillé », insiste le représentant, qui dit parler au nom de plus de 2700 membres.

Ce genre de décision là manque carrément de respect aux agents de la prison de Bordeaux. Ça a fait exploser l’état des relations de travail avec l’employeur.

Mathieu Lavoie, président du SAPSCQ-CSN

Une centaine d’agents ont manifesté dès 11 h, devant la prison de Bordeaux, sur le boulevard Gouin, dans le nord-est de l’île de Montréal. Plusieurs employés se trouvaient aussi à l’intérieur du bâtiment. « C’est une accumulation de choses. Les agents en ont ras le bol des décisions tout croches de la direction, qui ne connaît pas nos réalités », scande aussi le porte-parole syndical.

Côté COVID-19, la prison de Bordeaux semble pour l’instant épargnée par la troisième vague, ne recensant que quelques cas d’infections. « Mais on touche du bois », conclut Mathieu Lavoie. Plus de 80 détenus avaient été déclarés positifs lors de la première vague dans cet établissement montréalais, en faisant l’un des plus touchés dans la métropole à cette époque.

Vendredi, La Presse rapportait par ailleurs qu’une nouvelle éclosion de COVID-19 frappe l’Établissement de Saint-Jérôme, en banlieue de Montréal, qui avait déjà été touché par une vague de transmission en janvier. Cinq agents ont reçu des résultats positifs cette semaine et dix autres ont été placés en isolement préventif. Un dépistage massif est en cours.