Une nouvelle éclosion de COVID-19 frappe l’Établissement de Saint-Jérôme, en banlieue de Montréal, qui avait déjà été touché par une vague de transmission en janvier. Cinq agents ont reçu des résultats positifs cette semaine et dix autres ont été placés en isolement préventif. Un dépistage massif est en cours.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On a deux pavillons où il y a beaucoup de tests qui se font, soit le secteur C, avec une capacité d’au-dessus de 160 personnes, et le secteur D. Ces deux endroits sont sous haute surveillance », explique le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels (SAPSCQ-CSN), Mathieu Lavoie.

Il affirme que certains diagnostics positifs pourraient bien être « des cas reliés aux variants », ce qui ajoute à l’inquiétude étant donné leur plus haut degré de transmissibilité. « En milieu carcéral, il y a une réalité qu’on vit dans tous les établissements : on a ajouté davantage d’effectifs, mais on n’a pas plus de bureaux ou d’endroits où manger. Le virus peut donc s’infiltrer dans ces milieux clos », insiste le syndicaliste.

La majorité des détenus ont été dépistés au courant des derniers jours, sur ordre de la Santé publique régionale, mais plusieurs n’auraient pas encore leur résultat. « Ce n’est pas exclu que les cas montent. Par expérience, quand on voit rentrer ça dans nos milieux, c’est rare que ça demeure contraint », dit M. Lavoie.

En janvier, une première éclosion avait touché au moins 45 détenus et 17 employés à la prison de Saint-Jérôme. Selon nos informations, dix salariés du centre de détention avaient là encore été retirés de leur milieu de travail. L’arrivée d’un deuxième foyer de contamination en quelques mois cause beaucoup de détresse au sein du personnel, affirme M. Lavoie.

Ça a des impacts importants. On est déjà sous pression, et il y a du temps supplémentaire obligatoire plusieurs fois par semaine. Ce qui se passe est très anxiogène, et la situation ajoute une pression psychologique.

Mathieu Lavoie, président du SAPSCQ-CSN

Vague de départs

Dans la dernière année, le nombre de départs à la retraite ou de démissions a « explosé », selon le syndicat, qui estime à plus de 400 le nombre de postes vacants dans le réseau québécois. « À ça, on peut ajouter les absences maladie ou les accidents de travail. C’est considérable », soutient le porte-parole.

Saint-Jérôme n’est pas le seul établissement à lutter contre une éclosion active. En Outaouais, une cinquantaine de détenus ainsi qu’une vingtaine d’agents correctionnels ont déjà été déclarés positifs. Du dépistage massif y a aussi été pratiqué. « À Montréal, la prison de Bordeaux semble pour l’instant épargnée par la troisième vague, mais on touche du bois », conclut le président. Plus de 80 détenus avaient été déclarés positifs lors de la première vague dans cet établissement montréalais.

En janvier, La Presse avait rapporté qu’un mot d’ordre aurait circulé parmi certains détenus de Saint-Jérôme, afin de ne pas prévenir les autorités si jamais des symptômes de la COVID-19 apparaissaient chez l’un d’eux, dans le but d’éviter d’être isolé en cellule durant 14 jours.

Le ministère de la Sécurité publique (MSP) dit « suivre attentivement l’évolution de la situation et travaille de concert avec la direction régionale de santé publique pour limiter la propagation et mettre en place les mesures appropriées à la situation ».

« Depuis le 1er mars, le port du masque médical est obligatoire en tout temps, sauf en cellule, pour les personnes incarcérées lorsqu’un établissement de détention est en éclosion », indique la porte-parole du ministère, Marie-Josée Montminy. La mesure était déjà obligatoire pour les agents correctionnels depuis avril 2020, mais a récemment été élargie à tout le personnel, incluant l’administration.

Dans les dernières semaines, le contrôle à l’entrée des établissements de détention a aussi été « resserré » afin d’éviter « qu’un membre du personnel ou un partenaire ayant des symptômes suggestifs de la COVID-19 ou ayant été en contact avec un cas confirmé y entre », ajoute Mme Montminy. Elle rappelle qu’un « système de gradation des mesures de prévention » contre la COVID-19 est en place dans chaque région.

Avec Daniel Renaud, La Presse