Un demi-siècle après la tempête qui a marqué des générations, c’est un scénario bien différent qui attend la province, alors qu’on annonce un printemps très doux et un été chaud. Comment les météorologues s’y prennent-ils pour obtenir des prévisions des mois à l’avance ? La réponse se trouve en grande partie dans les océans.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

« Les prévisions à long terme varient beaucoup selon la température des océans, affirme d’emblée André Cantin, météorologue chez Environnement Canada. On se base sur l’ensemble de la situation atmosphérique de la planète, mais étant donné que les océans couvrent les deux tiers de la planète, c’est souvent eux qui vont contrôler la trajectoire des systèmes météo. »

De plus, la température de l’eau, contrairement à celle de l’air, réagit sur des périodes beaucoup plus longues, ajoute Réjean Ouimet, météorologue chez MétéoMédia. Elle permet donc de fournir un portrait global de la situation. « Ça fait comme une mémoire du temps », illustre-t-il.

El Niño et La Niña

Les météorologues s’appuient sur de nombreux phénomènes océaniques pour établir leurs prévisions. El Niño et son opposé, La Niña, sont deux phénomènes océaniques qui ont lieu dans le Pacifique. El Niño se caractérise par des eaux aux températures plus élevées qu’à la normale dans l’océan Pacifique équatorial, tandis que La Niña se distingue par des températures en dessous des moyennes.

Dans la majorité des cas, El Niño a tendance à faire augmenter la température mondiale, alors que La Niña a l’effet contraire.

Le phénomène El Niño est souvent celui qui va avoir le plus d’influence sur notre climat au Québec.

André Cantin, météorologue chez Environnement Canada

Actuellement, l’océan Pacifique se situe approximativement entre les phénomènes La Niña et El Niño, ce qui rend les prévisions plus difficiles. « La fiabilité des prévisions saisonnières de ce printemps-ci est donc moyenne », affirme M. Cantin.

Une saison difficile à prévoir

En plus de la température de l’eau des océans, les météorologues se basent sur le comportement récent de l’atmosphère, notamment les températures hivernales, afin d’établir les prévisions saisonnières. « L’an passé, on avait un hiver doux et le printemps s’est avéré légèrement au-dessus de la normale », explique M. Ouimet, qui s’attend à ce que ce phénomène se reproduise encore cette année.

Le printemps demeure toutefois la saison la plus difficile à prévoir, indique-t-il. « C’est une saison de transition qui peut aller d’un côté ou de l’autre. Il y a un taux d’efficacité pour estimer les températures qui tourne autour de 64 % », affirme-t-il.

Une technologie qui évolue

Bien qu’il reste encore beaucoup de connaissances à acquérir, notamment dans la compréhension du comportement de la température des océans, les météorologues s’entendent pour dire que les estimations se sont grandement améliorées avec le temps.

« Moi, quand j’ai commencé, c’était à la mitaine, se remémore Réjean Ouimet. Maintenant, on utilise des modèles météo de partout dans le monde, et les ordinateurs dont on se sert pour simuler le comportement de l’atmosphère sont de plus en plus performants. C’est un milieu fascinant qui est en constante évolution. »