Le 27 juin prochain, le Parti conservateur élira son nouveau chef. La solution de rechange à Justin Trudeau. Celui ou celle, si tout va bien pour les bleus, qui deviendra premier ministre du Canada, en 2023.
La course à la direction a débuté, officiellement, le 13 janvier. Les frais d’inscription sont de 200 000 $.

Stéphane Laporte Stéphane Laporte
Collaboration spéciale

Un jour, on m’expliquera pourquoi il faut débourser une telle somme pour avoir le droit de devenir le leader d’une formation politique. Un parti politique ne devrait pas être un club privé. Une boîte de nuit huppée ne donnant accès qu’aux fortunés ou aux amis des fortunés. On veut tellement aider la classe moyenne, mais on ne veut surtout pas que la classe moyenne nous aide.

Il y a quelques jours à peine, toutes sortes de rumeurs couraient à propos des candidatures. On pressentait l’ancienne chef par intérim du Parti conservateur, Rona Ambrose, le député conservateur de la circonscription de Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell, le grand amateur de films intimistes québécois Vincent Guzzo, le député de Carleton, Pierre Poilievre. On croyait même assister au grand retour de Jean Charest. Oui, oui, Jean Charest, l’ancien premier ministre libéral du Québec qui, dans son jeune temps, fut chef du Parti conservateur, entre 1993 et 1998, durant ces années où les bleus avaient moins de sièges qu’un VUS. Prêt ? Pas prêt ? Monsieur Charest a longuement hésité, avant de finalement annoncer qu’on pouvait rayer son nom de la liste, comme on raye des passages dans les témoignages dévoilés par l’UPAC. Mais ça, c’est une autre histoire.

Étonnamment, après avoir confirmé qu’il préférait passer son tour, une vidéo s’est mise à circuler sur les réseaux sociaux où Jean Charest déclare qu’il se lance dans la course. Avant son slogan était : Je suis prêt. Dorénavant, son slogan est : Je suis prêt même quand je ne suis pas prêt. Bref, on est passé près  !

Résumé de la non-course, ni Rona Ambrose, ni Gérard Deltell, ni Vincent Guzzo, ni Pierre Poilievre, ni Jean Charest ne se présentent. Il n’y a, pour l’instant, sur la ligne de départ, que Rick Petersen, Derek Sloan et Richard Décarie. Aucun Usain Bolt, là-dedans. Ce qui devrait, à moins que Stephen Darth Vader Harper contre-attaque, laisser la galaxie libre pour le protégé de Brian Mulroney, Peter MacKay.

Peter MacKay est un Néo-Écossais, qui fut ministre des Affaires étrangères, puis de la Défense et procureur général du Canada, dans le gouvernement Harper. Il a été le dernier chef du Parti progressiste-conservateur, avant que le parti perde le progressiste, et fusionne avec l’Alliance canadienne pour ne devenir que conservateur.

Peter MacKay est un beau bonhomme, avec un physique d’acteur, un front intelligent, propre de sa personne, aux propos modérés, n’ayant que 54 ans et rempli d’expérience. Bref, c’est un bon parti pour être chef de parti. Il n’a qu’un seul défaut, il ne parle pas français. Ce qui n’est pas un problème pour être le capitaine du Canadien de Montréal, mais quand tu veux être le capitaine de tous les Canadiens du Canada, Québec inclus, c’est quand même embêtant.

Le Canada a deux langues officielles, ce n’est pas trop demander que son plus haut représentant en maîtrise au moins une, et se débrouille dans l’autre. Même la reine d’Angleterre est capable de lire un discours in French.

Admettons qu’en 2003, quand MacKay est devenu chef du Parti progressiste-conservateur, il a été pris de court, et n’avait pas encore eu le temps de mesurer l’importance du fait de pouvoir parler aux francophones du pays, dans leur langue. Mais depuis, il a eu 17 ans pour apprendre à communiquer en français. En 17 ans, le français, ça s’apprend  ! Je comprends qu’il y en a qui sont moins doués pour les langues secondes que d’autres. Qu’il y a des gens pour qui c’est vraiment compliqué. Mais on ne lui demande pas d’avoir l’élocution de Fabrice Luchini, on lui demande juste le niveau d’Andrew Scheer. Au Québec, on apprécie l’effort. Force-toi et on va deviner le reste de ta phrase.

Ça n’a vraiment pas de bon sens qu’un homme intelligent comme MacKay, qui aspire à diriger la nation, n’ait pas appris le français. Qu’il n’ait pas mis cette tâche à son programme.

Une intense session de cours théoriques et un peu d’immersion à Charlevoix ou sur la Côte d’Azur, et le tour est joué. Les joueurs de hockey unilingues francophones repêchés par St. Louis, San Jose ou Pittsburgh, se défendent en anglais dans la LNH. Ils n’ont pas le choix. Alors, ils le font. Comment se fait-il que tous les anglophones qui rêvent de devenir PM du Canada ne réalisent pas que le français est un must  ! ? Oui, un must. Ça leur fait un mot de moins à apprendre.

On ne leur demande même pas de faire ça par amour pour nous. On leur conseille de faire ça par amour pour eux-mêmes. Par pur opportunisme.

C’est sûr qu’un MacKay capable de se débrouiller en français est une plus grande menace pour Trudeau. C’est mathématique. Comme un plus un donnent two.

Si tu veux convaincre une population de voter pour toi, arrange-toi pour qu’elle comprenne ce que tu lui dis. C’est l’a b c de la politique.

Peter MacKay est censé lancer sa candidature, ce samedi, j’espère qu’il aura quelques mots pour nous. Et que ce sera plus que « bonjour-hi » !

Apprendre une deuxième langue est quelque chose que tout être humain parvient à accomplir quand c’est un besoin. Quand il en a envie ou quand c’est une question de survie. Quand il comprend que ça va être payant pour lui.

Aucun francophone ne se croit capable de se faire élire premier ministre du Canada, sans maîtriser l’anglais. Les anglophones qui aspirent à devenir premier ministre du Canada sans maîtriser le français pensent qu’ils n’en ont pas besoin.

Ce qui choque, ce n’est pas leur incapacité à parler notre langue, c’est leur manque d’intérêt à notre égard. C’est le peu d’importance qu’ils nous accordent.

Have fun, les bleus  !