Les partys au Beachclub de Pointe-Calumet se feront à l’eau et à la bière sans alcool, le printemps prochain. La Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) a retiré le permis de l’établissement pour 20 jours, à compter du 21 mai prochain, parce que ses propriétaires y ont créé une ambiance de « festival débridé » sans prendre les mesures nécessaires pour contrer les « excès et les problèmes qui s’en suivent ».

Antoine Trussart
La Presse

Dans son jugement rendu public le 24 septembre, le Tribunal de la RACJ considère que le Beachclub est responsable de 93 manquements à ses obligations de titulaire de permis d’alcool. Les évènements se sont échelonnés sur quatre ans entre 2015 et 2018. La situation est considérée comme assez grave pour entraîner 40 jours de suspension en temps normal, mais compte tenu de la précarité financière de l’établissement – qui a dû rester fermé en 2020 à cause de la COVID-19 –, la sanction a été réduite de moitié.

Parmi ces 93 manquements, certains, plus graves, ont retenu l’attention des deux juges administratives. C’est le cas de la noyade d’un jeune homme, survenue en septembre 2015. Lorsqu’un ami de la victime tente d’attirer l’attention des gardes de sécurité sur sa disparition, ceux-ci ne réagissent que mollement, l’invitant à « chercher la victime ailleurs ». On ne donne l’alerte que 20 minutes plus tard et on retrouve alors le corps sans vie dans l’eau.

Un autre évènement tragique a lieu le 31 juillet 2017, vers 15 h lorsqu’un piéton est heurté mortellement par une voiture conduite par un homme qui tente d’échapper à la police. Les trois jeunes occupants de la voiture, deux hommes et une femme, avaient quitté Québec le matin même pour se rendre au Beachclub. Ils reconnaissent s’être « crinqués » pour leur journée au bar. Un des passagers a déclaré avoir consommé « 15 verres d’alcool et fumé du cannabis » pendant leur trajet, lit-on dans le jugement de 42 pages.

C’est ce genre d’évènements qui fait croire aux juges que les fêtes organisées au Beachclub incitent à « des comportements excessifs de la part de certains de ses clients ».

Présence de motards

Le Beachclub a aussi été l’hôte de plusieurs groupes de motards, affiliés entre autres aux Hells Angels, malgré un règlement de l’établissement qui leur interdit de s’afficher comme tels.

La fin de semaine du 24 juillet 2016, une trentaine de motards se font escorter par du personnel de l’établissement vers une tente qui leur a été réservée, après s’être stationnés dans des emplacements VIP. Ils resteront sur place, en arborant leurs couleurs, jusqu’à 21 h 30, soit bien après la fermeture.

Une scène similaire se produit le 12 août 2018, alors que 17 motards s’installent dans une tente réservée et clôturée, en affichant encore clairement leur affiliation.

On reproche également au Beachclub d’avoir été le théâtre de 16 évènements violents, de 4 opérations policières d’infiltration ayant mené à l’arrestation de vendeurs de drogue et d’avoir reçu 10 plaintes pour bruit excessif, ce qui conduit le tribunal à conclure que le Beachclub exploite un permis d’alcool d’une façon qui « porte atteinte à la tranquillité publique et à la sécurité publique ».

Mesures « modestes et tardives »

Le Tribunal considère que les propriétaires du Beachclub ont mis en place des mesures afin de contrer partiellement les manquements qu’on leur reproche, mais que celles-ci ont été « modestes et tardives ». Par exemple, les juges notent que les propriétaires ont installé des fontaines d’eau « à contrecœur » pour réduire les problèmes liés à l’état d’ébriété et à la déshydratation, se plaignant qu’elles feraient diminuer leurs ventes de bouteille d’eau.

La direction du Beachclub n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.