Pour donner un second souffle aux Galeries d’Anjou, Cadillac Fairview, l’un des copropriétaires, veut créer un véritable centre-ville pour l’Est autour du futur terminus de la ligne bleue. Coût de ce vaste projet résidentiel et commercial : 2,5 milliards.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

L’endroit, avec 1 million de pieds carrés d’espaces de bureaux, 5000 logements, de nouveaux commerces de proximité, un parc linéaire, auquel s’intégrerait une station de métro et d’autobus, deviendra le « pôle de la renaissance de l’Est », a soutenu Brian Salpeter, vice-président principal au développement, Est du Canada, pour Cadillac Fairview, au cours d’une rencontre avec La Presse.

L’idée mise sur la table par Cadillac Fairview, aussi propriétaire d’autres centres commerciaux comme le Carrefour Laval et les Promenades St-Bruno, est en quelque sorte une riposte au projet de la Société de transport de Montréal (STM).

Dans le cadre du prolongement de la ligne bleue vers l’est, celle-ci a émis un avis pour exproprier plus du quart de la superficie des terrains – 1,2 million de pieds carrés sur un total de 4 millions – appartenant aux Galeries d’Anjou, également propriété d’Ivanhoé Cambridge, le bras immobilier de la Caisse de dépôt et placement.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Plan d’aménagement du futur terminus de la ligne bleue aux Galeries d’Anjou

Si le centre commercial comme tel n’est pas touché par ces avis, une bonne partie de son stationnement et d’autres édifices situés autour abritant notamment les restaurants McDonald’s, Les 3 brasseurs, L’Académie et Wendy’s deviendraient propriété de la Société de transport pour la construction du terminus d’autobus. La STM veut également aménager un stationnement incitatif de 1200 places en surface, ce à quoi s’opposent les promoteurs de ce nouveau projet.

« On veut éviter que la station à Anjou ne devienne le point où les gens de la banlieue arrivent en voiture, stationnent, prennent le métro et s’en vont ailleurs », illustre Danielle Lavoie, vice-présidente principale et directrice du portefeuille, Est du Canada, de Cadillac Fairview.

On veut que les gens viennent à Anjou et on veut vraiment créer un milieu de vie. [On veut] éviter que les gens aient à aller au centre-ville pour avoir ce type d’environnement.

Danielle Lavoie, vice-présidente principale et directrice du portefeuille, Est du Canada, de Cadillac Fairview

Les instigateurs de ce nouveau centre-ville soutiennent que leur plan ne peut être comparé avec le Royalmount, vaste projet immobilier et commercial au carrefour des autoroutes 15 et 40, dont la réalisation fait craindre des problèmes de congestion routière. « La différence, c’est que nous, ça fait 50 ans qu’on existe, souligne Mme Lavoie. On est là, on est bien implantés. Les gens ont déjà leurs habitudes. C’est déjà le centre chouchou de toute la communauté de l’est de Montréal. C’est déjà une grande différence. La vision qu’on prône avec l’arrivée du métro, c’est justement pour éviter de créer un trop grand achalandage automobile. »

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Brian Salpeter, vice-président principal au développement, Est du Canada, de Cadillac Fairview, et Danielle Lavoie, vice-présidente principale et directrice du portefeuille, Est du Canada, de Cadillac Fairview

Rappelons que Cadillac Fairview est le promoteur qui a transformé le voisinage du Centre Bell au centre-ville avec son projet Quad Windsor, un investissement de 2 milliards sur 15 ans. La société a érigé à cet endroit les Tours des Canadiens 1-2-3 et la Tour Deloitte.

À quand la première phase ?

Questionnés à propos d’un possible échéancier, Brian Salpeter et Danielle Lavoie admettaient avoir bien du mal à savoir à quel moment aurait lieu la première pelletée de terre. Ils affirment qu’en raison des avis d’expropriation, qu’ils ont contestés, ils ont pour le moment les mains liées.

« C’est difficile pour nous de planifier et de nous commettre d’une quelconque façon parce qu’on a cette épée de Damoclès là qui pend au-dessus de notre tête avec l’expropriation », admet Mme Lavoie.

Nous avons fait part de notre vision avec la STM. La STM continue avec son plan qu’elle a proposé. Elle n’est pas prête à intégrer les suggestions que nous avons apportées.

Brian Salpeter, vice-président principal au développement, Est du Canada, pour Cadillac Fairview

Dans l’éventualité où le métro ne se rendrait pas jusqu’à Anjou, ou que le prolongement de la ligne bleue ne se concrétiserait pas avant 20 ans, vont-ils mettre une croix sur le projet ? « On peut créer l’écosystème, on peut créer le centre-ville, on peut créer un milieu de vie sans le métro », répond M. Salpeter.

« On est très favorables à l’extension de la ligne bleue, s’est-il empressé d’ajouter quelques secondes plus tard. On espère être capables d’intégrer le prolongement de la ligne bleue dans notre projet. »

Il n’a toutefois pas été en mesure de dire si les travaux pourraient commencer avant l’arrivée du métro.

De son côté, la STM affirme que des rencontres ont déjà eu lieu avec Cadillac Fairview. « La STM est à l’écoute des besoins exprimés et est ouverte à trouver des solutions aux préoccupations et enjeux soulevés, le tout sujet au respect des paramètres clés du projet qui ont été définis et entérinés en collaboration avec le ministère des Transports du Québec, la Société québécoise des infrastructures, l’Autorité régionale de transport métropolitain, la Ville de Montréal et la STM », a déclaré Philippe Déry, conseiller corporatif aux affaires publiques, dans un courriel envoyé à La Presse.

Il a par ailleurs tenu à préciser que le « 1,2 million de pieds carrés [de terrain exproprié] représente la somme des emprises permanentes [occupation permanente du site] et temporaires, pour la durée du chantier. L’emprise permanente seulement est de 671 000 pieds carrés ».

« Comme le dossier fait l’objet d’une contestation judiciaire, nous ne commenterons pas davantage. »

Des appuis

De son côté, le maire de l’arrondissement d’Anjou, Luis Miranda, appuie le projet de Cadillac Fairview. « C’est un projet qui intègre bien le redéveloppement des Galeries d’Anjou », a-t-il affirmé lorsque La Presse l’a contacté.

Selon lui, les propositions de la STM vont à l’encontre du développement de son arrondissement. « On fait un terminus d’autobus, on fait un stationnement incitatif, alors qu’il ne faut plus amener d’automobiles sur l’île de Montréal. »

Par ailleurs, si la STM va de l’avant avec son plan, la viabilité et l’avenir des Galeries d’Anjou seront menacés, prévient-on du côté de Cadillac Fairview. « L’expropriation prévue par la STM va empêcher le développement sur le site et va avoir des impacts irréparables sur les Galeries d’Anjou elles-mêmes [comme] des fermetures de magasins, des pertes d’emplois », mentionne Brian Salpeter.

Le projet en bref

– 5000 logements (copropriétés, logements abordables, résidences pour personnes âgées)
– Hôtels
– Un million de pieds carrés de bureaux
– Des espaces verts
– Un parc linéaire