Un projet de petit abattoir verra le jour en Montérégie afin de pallier le manque d’installations au Québec. Les gouvernements fédéral et provincial ont annoncé lundi une aide de 375 000 $ à la coop de solidarité Le petit abattoir, de Granby, en Montérégie.

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

Ce projet d’adaptation de quatre conteneurs maritimes en une unité d’abattage répondra aux normes d’inspection HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point) de l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Cela signifie que les canards, poules Chantecler et autres volatiles qui y termineront leur vie pourront ensuite être vendus à l’extérieur de la province, voire du pays. Bien que l’intention du Petit abattoir soit d’abord d’offrir un service à ceux et celles qui souhaitent pratiquer une agriculture de proximité, il pourra aussi permettre de faire rayonner ailleurs le savoir-faire des artisans québécois.

Selon la demande, l’abattoir pourrait être utilisé de manière permanente ou mener à la construction d’une unité fixe. Déjà, quatre autres régions du Québec, l’Ontario et la Nouvelle-Écosse s’intéressent au modèle qui est en train de se développer à Granby.

« C’est un projet qui est à l’échelle des besoins des agriculteurs artisanaux. Il se veut un vecteur pour l’agriculture locale, l’agriculture écologique, mais le fait qu’il permette aussi d’envoyer des produits partout en Amérique du Nord donne une bonne idée de la vision qu’il y a derrière, se réjouissait le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), André Lamontagne, en conférence de presse à la ferme Canard du village, lundi. Quand on développe une différenciation comme ça, ça permet de mieux gagner sa vie et d’aller chercher une plus-value en établissant une marque. »

Rappelons que Le petit abattoir avait tenu, en décembre, une campagne de sociofinancement qui lui avait permis d’amasser une somme de 25 901 $. Ce faisant, il avait aussi attiré l’attention de militants véganes, qui s’en étaient pris à plusieurs restaurants qui soutiennent le projet, comme le Manitoba et Mon lapin.

« Il y a un grand manque d’abattoirs au Québec et ça oblige le transport des animaux sur plusieurs centaines de kilomètres, ce qui est loin d’être idéal pour leur bien-être, expliquait à La Presse, en octobre dernier, l’éleveuse Fernande Ouellet, qui est à l’origine du projet. La mission du Petit abattoir est d’offrir l’abattage de volailles aux productions à petite échelle, qui trouvent mal leur place dans les installations industrielles et automatisées. »

L’artiste, auteur et agriculteur de subsistance Marc Séguin croit fermement que l’installation de plusieurs de ces petits abattoirs sur le territoire québécois pourrait favoriser l’émergence de fermes écologiques à échelle humaine un peu partout au Québec.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Marc Séguin

Ça crève les yeux, il faut tendre vers une moins grande dépendance à un système d’agriculture un peu complexe.

Marc Séguin, président du conseil d’administration du Petit abattoir

Dans la même veine, le projet-pilote d’abattage de poulets à la ferme, annoncé en février, devrait aussi aller de l’avant cet été, nous confirmait lundi le ministre André Lamontagne. Rappelons que la hausse de production hors quota de poulets est récemment passée de 100 à 300. Le fait de permettre à ceux et celles qui le souhaitent d’abattre directement à la ferme, sous supervision du MAPAQ, faciliterait la mise en marché de proximité.

Pour ce qui est du Petit abattoir, deux ministères du Québec contribuent au financement. D’abord, une aide financière de 200 000 $ est accordée en vertu du Programme d’appui à la compétitivité des abattoirs régionaux (PACAR), du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, financé par l’Accord Canada-Québec de mise en œuvre du Partenariat canadien pour l’agriculture. Puis, une aide de 175 315 $ provient du Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR), du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation.

Un montant du Fonds de développement des communautés (MRC Haute-Yamaska) et une aide du Chantier d’économie sociale en partenariat avec le gouvernement du Canada complètent le financement.