Des résidants de Mont-Tremblant et de Saint-Faustin–Lac-Carré viennent de gagner la première manche contre le nouveau sentier de motoneige aménagé en bordure de leur résidence : celui-ci restera fermé cet hiver.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« On prend un pas de recul », résume le directeur général de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec (FCMQ). « Est-ce qu’on a tous les éléments pour dire : “Oui, on peut l’ouvrir, oui, l’aspect riverains est correct” ? Présentement, du côté technique, on ne peut pas dire qu’on est prêts », explique Stéphane Desroches en entrevue téléphonique.

Ce nouveau sentier bidirectionnel de 9 km reliant Mont-Tremblant et Saint-Faustin est censé remplacer le tronçon du P’tit Train du Nord qui avait été fermé par la Cour supérieure en 2004. Les travaux, financés par Québec au coût de 3 millions de dollars, se terminaient cet automne, mais la piste n’a jamais été ouverte. Plusieurs résidants se sont en effet plaints du tracé, qui passe tout près de leur maison et pour lequel ils n’ont pas été consultés. Ils redoutent le bruit, la lumière des phares et les risques de collisions venant du passage des motoneiges.

« Comment voulez-vous que j’ouvre ma porte de garage et sorte de façon sécuritaire ? Je n’ai aucune visibilité ! », s’exclame Francine Tremblay, de Mont-Tremblant. Le sentier passe si près de son garage qu’elle doit se tenir debout dans la piste pour en ouvrir la porte.

Distance problématique

Un groupe de travail, réunissant des représentants du ministère des Transports, de la Fédération des motoneigistes et des résidants, a été formé pour tenter de trouver des solutions. Mais les parties ne s’entendent pas sur la distance qui devrait séparer cette piste des maisons.

Plusieurs résidants considèrent qu’il s’agit d’un nouveau sentier qui, selon la Loi sur les véhicules hors route, devrait respecter une distance d’au moins 100 m avec les habitations.

Le Ministère estime qu’il s’agit plutôt du déplacement d’un sentier existant, nécessitant seulement 30 m de distance. La Loi prévoit effectivement qu’un lien créé après la perte d’un droit de passage « ne constitue pas un nouveau sentier ». Mais elle parle d’un sentier « dont le tracé est changé de façon peu significative ». Ce n’est pas le cas de cette piste, qui remplace un tronçon entre Saint-Faustin et Labelle.

La plupart des résidants habitant à moins de 100 mètres du nouveau sentier n’ont pas été consultés. Et les propriétaires d’au moins deux maisons situées à moins de 30 mètres, Nadine Dumas et Francine Tremblay, disent n’avoir jamais donné de consentement.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Nadine Dumas

Cette piste a toutefois la particularité d’être construite dans l’emprise de la route 117. Elle serait donc exemptée, en théorie, des normes de distance minimale. La Loi prévoit en effet que la circulation à moins de 30 m d’une habitation n’est pas interdite « sur un chemin public ou construit sur le domaine de l’État ».

Est-ce à dire que tous les Québécois résidant près d’une route provinciale doivent accepter qu’une piste de motoneige puisse un jour être installée dans son emprise ?

Le bureau du ministre des Transports, François Bonnardel, n’avait pas répondu à notre demande d’entrevue hier en fin de journée.

« On est rendus en 2020, il faut avoir le respect de tout un chacun », affirme pour sa part le directeur général de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec. Selon lui, la recherche de l’acceptabilité sociale devrait couvrir une distance de 100 mètres.

Cependant, les notions d’acceptabilité sociale ou de procédure à suivre pour obtenir un consentement éclairé des résidants ne figurent nulle part dans la Loi. Il faudrait des clauses à ce sujet, estime Stéphane Desroches. « Il va vraiment falloir établir une considération “riverains” et la mettre dans le cadre de la Loi », dit-il.

>> (Re)lisez l’article « Nouveau sentier de motoneige : pas encore inauguré, mais déjà contesté »