Couples lesbiens: le tabou de la violence

Karol O'Brien, coordonnatrice du Centre de solidarité lesbien... (Photo : Daphné Caron)

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Karol O'Brien, coordonnatrice du Centre de solidarité lesbien de Montréal

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François Lemay / URBANIA

S'il y a un sujet dont on ne parle pas, c'est bien celui de la violence chez les couples lesbiens. Parce qu'on dirait qu'une femme qui sacre une volée à sa blonde, ça se peut pas. Pourtant, ça existe. Et Karol O'Brien, qui aide des victimes au quotidien, en sait quelque chose.

Quelles sont les statistiques au sujet de la violence chez les lesbiennes?

Le gros problème, c'est qu'il n'y en a pas. La violence féminine, c'est un sujet encore très tabou! À un point tel que certains groupes féministes disent qu'on ne devrait pas en parler, de peur que ça nuise à l'image de la femme, qui est généralement perçue comme étant moins violente que l'homme.

Au sein de la communauté, on observe quel type de violence exactement?

De toutes les sortes : ça va de la violence psychologique à la violence physique. On compte aussi quelques décès, mais c'est très rare.

Quel est le profil de l'agresseuse-type?

C'est souvent la meneuse de son groupe social, ce qui rend la situation encore plus compliquée : la victime se dit que si sa conjointe est aussi populaire, elle ne peut pas être violente et que si elle l'était, ça se saurait depuis longtemps dans la communauté.

Comment ça se passe lorsqu'une lesbienne victime de violence conjugale a besoin d'aide?

Elle se sent coincée et n'ose pas en parler... Et lorsqu'elle se résigne à le faire et à demander du soutien, elle le fait en téléphonant sous un faux nom.

Pourquoi?

C'est un petit milieu. Il n'y a pas beaucoup de lesbiennes, et les victimes ont souvent peur de tomber sur l'amie de l'amie de leur agresseure. Aussi, les agresseures menacent d'outer leurs victimes auprès de leur employeur ou de leur famille... C'est pourquoi notre travail consiste à les mettre en confiance.

Que faites-vous au Centre exactement?

On offre des groupes de soutien et d'écoute aux victimes et aux agresseures. On propose aussi des services relatifs à la santé en général, mais les problèmes de violence conjugale sont vraiment au coeur de nos préoccupations. D'ailleurs, avant, on s'appelait le Groupe d'intervention en violence conjugale chez les lesbiennes... On a changé de nom parce qu'on craignait que certaines personnes hésitent à venir nous parler, de peur d'être automatiquement considérées comme «victimes» dans la communauté.

Servez-vous aussi de centre d'hébergement?

Non. Les lesbiennes doivent se rendre dans un centre régulier.

Et souhaitez-vous qu'il y ait un jour des centres spécialisés pour leur venir en aide?

Non! S'il y en avait, les agresseures auraient trop de facilité à retracer leurs victimes. Certaines réussissent déjà à le faire : elles font semblant d'avoir besoin d'aide pour être admises dans le même centre que leur conjointe. Une intervenante m'a déjà raconté qu'elle avait reçu la victime et son agresseure en même temps dans la même maison. Dans ce temps-là, il faut alors les séparer et changer la victime d'établissement, ce qui lui occasionne un stress supplémentaire. C'est pourquoi le Centre offre aussi des formations aux intervenantes pour qu'elles puissent réagir de façon adéquate lorsqu'elles ont affaire à des cas de violence chez les lesbiennes.

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