Benoît Savard, fondateur de Ne ris pas de moi

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Benoît Savard

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Florent Bonnard, Urbania
La Presse

On a tous niaisé les plus laids de notre classe. À cause de ses épaisses lunettes qui faisaient rire ses camarades, Benoit Savard, lui, était tout proche du décrochage scolaire. Si la moquerie ne disparaîtra pas des cours d'école, il veut, avec sa fondation Ne ris pas de moi, redonner un sens à la notion de respect.

Pourquoi les jeunes ont-ils besoin de rire des plus faibles?

Depuis que l'homme est homme, il a toujours ridiculisé les différences. Aujourd'hui, cette moquerie s'est installée chez les plus jeunes, parce que l'école est moins stricte qu'auparavant et parce que les notions de respect et de tolérance ont disparu. Quand il y a moins de règles, il y a plus de liberté.

C'est la société qui a changé?

Oui, mais le phénomène est universel. Les petits, les gros, les boutonneux, les personnes différentes et faibles seront toujours les « héros » des blagues. Ce qui est différent, c'est que les moqueurs sont plus jeunes et plus violents qu'à mon époque. Et avec le développement d'Internet et des réseaux sociaux, le phénomène se poursuit à domicile. Malheureusement, l'exemple vient d'en haut: des adultes. La société en général est plus violente et les jeunes reproduisent ce qu'ils voient à la maison et à la télévision.

À partir de quel point sait-on qu'un gag ne fait plus rire et qu'il est blessant?

En observant ses conséquences. Les effets du rire sont la preuve qu'il peut être violent. C'est pourquoi il faut éduquer les enfants afin qu'ils comprennent les limites et qu'ils acceptent les faiblesses et les différences de l'autre. Il est possible de rire sans blesser, quand la blague est réfléchie, pesée, pondérée.

Comment faites-vous exactement pour les sensibiliser? C'est tout un défi!

Avec ma fondation, on organise entre autres des jeux et des exercices à fort impact visuel où les jeunes sont acteurs. Je crois fortement à l'intervention en milieu scolaire.

Quelle est la moquerie la plus terrible que vous ayez entendue dans une classe?

Chez les jeunes, les blagues tournent souvent autour de l'habillement «T'as l'air d'un clown, d'un extra-terrestre!», des difficultés d'apprentissage «T'es qu'un cave, qu'un niaiseux!» ou de la physionomie. Elles n'ont pas de sens. En revanche, ce qui est vraiment terrible, ce sont les menaces. Mais il faut savoir que 70 % des moqueries sont proférées en dehors d'une présence adulte. C'est pour ça qu'il faut absolument que les jeunes qui en sont victimes dénoncent cette situation.

Mais l'humour n'est-il pas la meilleure façon de réagir contre l'intimidation? Pour désamorcer, par exemple?

Oui, l'humour est utile pour dédramatiser et peut régler certains conflits. C'est pourquoi nous travaillons aussi avec une chanson rigolote qui s'appelle Ne ris pas de moi. Le but est de rire ensemble et c'est ce qui fait toute la différence.

Depuis que vous faites des tournées avec votre fondation, avez-vous eu le sentiment de faire avancer les choses?

Récemment, je suis intervenu à l'école Soleil Levant à Sherbrooke dans une classe de sixième année qui accueille des élèves de dix nationalités différentes. L'ambiance était très mauvaise, les jeunes se moquant des religions des uns et des coutumes des autres. Nous avons tout changé grâce à un travail collectif autour d'une chanson qu'ils ont écrite tous ensemble.

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