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Étude de HEC Montréal: dans la tête des chasseurs de Pokémon

Les chercheurs d'un laboratoire de HEC Montréal étudient... (Photo Martin Chamberland, archives La Presse)

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Les chercheurs d'un laboratoire de HEC Montréal étudient les effets de Pokémon GO sur la concentration des joueurs, dans le Vieux-Port de Montréal.

Photo Martin Chamberland, archives La Presse

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Joueurs qui tombent sur la chaussée, qui se cognent partout ou qui se font frapper par une voiture : comme le rapportent les médias du monde entier, Pokémon Go, manifestement, nuit à la concentration. À quel point ? C'est ce qu'une étude inédite d'un laboratoire de HEC Montréal est en train d'établir, en arpentant le Vieux-Port de Montréal, très populaire auprès des chasseurs de Pokémons. La Presse a assisté hier à l'expérience.

Saisies d'écran de Pokémon GO dans le Vieux-Port... - image 1.0

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Saisies d'écran de Pokémon GO dans le Vieux-Port de Montréal

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Saisies d'écran de Pokémon GO dans le Vieux-Port de Montréal

Les risques

Depuis la sortie du jeu Pokémon Go, début juillet, des millions de joueurs ont été séduits par cette chasse virtuelle. Elle consiste à repérer et attraper sur son téléphone, grâce à la géolocalisation, un Pokémon caché. On a cependant déploré de nombreux incidents impliquant des joueurs sillonnant la ville, les yeux rivés à leur écran. À Hamilton, en Ontario, un hôpital a annoncé hier avoir dû soigner une douzaine d'enfants blessés dans ces circonstances. Fin juillet, un premier accident mortel impliquant une joueuse australienne de 22 ans, Tanami Nayler, a été rapporté. À Québec le mois dernier, deux policiers ont été blessés quand un automobiliste et son passager chassant les pokémons ont embouti leur voiture. Partout, les autorités ont multiplié les appels à la prudence.

Détourner l'attention

Un mois avant la folie Pokémon Go, le 8 juin dernier, le laboratoire de recherche Tech3Lab de HEC Montréal a publié une étude-pilote démontrant la perte de concentration des piétons qui envoient des messages texte. Électroencéphalogrammes à l'appui, on a établi que ceux-ci commettaient 30 % plus d'erreurs et se retrouvaient dans un « état zombie », résume Pierre-Majorique Léger, codirecteur de Tech3Lab. On a repris essentiellement la même procédure pour étudier le comportement des joueurs de Pokémon Go, ce qui explique la rapidité avec laquelle on a pu mettre sur pied cette nouvelle étude et obtenir l'approbation du comité d'éthique.

La méthode

Tous les jours, des dizaines, voire des centaines de joueurs de Pokémon Go se retrouvent dans un petit parc près des Terrasses Bonsecours, dans le Vieux-Port de Montréal. La raison est plutôt incompréhensible pour les non-joueurs : « On y retrouve deux Poké Stops et de nombreux pokémons rares », explique David Brieugne, chargé de projet à Tech3Lab. C'est à cet endroit qu'on a recruté six participants jusqu'à maintenant, et qu'on espère en trouver une vingtaine au total. Theo Corboliou, que La Presse a suivi hier, est un de ces cobayes. Coiffé d'un électroencéphalogramme qui mesure l'activité de son cerveau, équipé de lunettes occulométriques qui enregistrent la direction de son regard, il est encadré de deux caméramans pendant qu'il traque les pokémons.

Comment ça marche

Comme tous les participants à l'étude, Theo Corboliou doit effectuer successivement trois tâches en marchant : envoyer des messages texte, chasser les pokémons en mode « réalité augmentée » où on utilise la caméra du téléphone, puis sans ce mode. Un caméraman derrière lui le filme pendant qu'il marche en évitant les autres piétons et les obstacles. Devant lui, un autre caméraman lui montre des panneaux avec chiffres et couleurs ; on lui demandera par la suite ce dont il se souvient. « Certains demandent "Quels panneaux" ?, dit en souriant M. Brieugne. D'autres s'essaient et se trompent dans les nombres ou les couleurs. » Bref, on constate rapidement une perte de concentration, qui sera vraisemblablement confirmée par l'électroencéphalogramme et les lunettes.

Le but

Les responsables de Tech3Lab insistent : ils n'ont rien contre Pokémon Go, « un jeu plutôt sympathique », dit Sylvain Sénécal, codirecteur. Le phénomène des piétons distraits par leur téléphone est toutefois devenu un véritable défi de santé publique : une étude de l'Université de l'Ohio a comptabilisé 1506 cas en 2010 aux États-Unis ayant nécessité une hospitalisation d'urgence. Au Québec, on en a compté 17 entre 2011 et 2013. « Pour que les autorités puissent prendre des décisions, il leur faut des données, dit M. Sénécal. On a constaté une hausse de 30 % des erreurs chez ceux qui textent en marchant. Est-ce que ce sera 60, 70 % pour les joueurs de Pokémon Go ? On va voir la différence. »

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