Les balados de Brooklyn

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À Brooklyn, le podcast se décline sous diverses formes, avec une communauté en pleine expansion.

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Sylvie St-Jacques

Collaboration spéciale

La Presse

L'année 2015 aura été celle de toutes les baladodiffusions. Lena Dunham et son Women of the Hour, Elizabeth Gilbert avec Magic Lessons, Cheryl Strayed avec Dear Sugar. À Brooklyn, le podcast se décline sous diverses formes, avec une communauté en pleine expansion. La Presse est allée à la rencontre de trois « podcasteuses » de la scène de Brooklyn.

Hadiyah Robinson... (PHOTO SYLVIE ST-JACQUES, COLLABORATION SPÉCIALE) - image 2.0

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Hadiyah Robinson

PHOTO SYLVIE ST-JACQUES, COLLABORATION SPÉCIALE

Commenter l'actualité

Hadiyah Robinson est un oiseau nocturne qui, à la tombée du jour, honore de sa vibrante présence les scènes de l'Apollo, du Caroline's et d'autres comedy clubs new-yorkais. C'est dans ces lieux mythiques que les amateurs d'humour salé se régalent du récit de ses affaires sentimentales, des anecdotes sur sa mère, des péripéties avec ses neveux et nièces et autres confessions personnelles sur sa vie dans la communauté afro-américaine.

Hyperactive sur tout ce qui s'appelle réseaux sociaux - « comme humoriste, t'as pas le choix ! » -, la volubile et rieuse trentenaire s'est lancée dans la production de balados, il y a maintenant six mois.

Ses diffusions hebdomadaires, Hadiyah Robinson les bricole de son appartement de Brooklyn, avec comme seul matériel un microphone prêté par un copain et son ordi. « Quand j'ai entendu Marc Maron [de la populaire émission WTF] interviewer le président, j'ai pensé : "holy shit !" c'est ce que je dois faire ! », relate Hadiyah, qui rencontre La Presse+ dans le lounge d'un club en plein coeur de Times Square où elle se donne en spectacle, ce jeudi soir de novembre.

De nouvelles voix

Le grand public, songe Hadiyah Robinson, ne veut plus se restreindre aux FOX et CNN comme uniques fenêtres sur le vaste monde de l'information. Les gens veulent que des humoristes comme elle ajoutent leur voix à celles des Don Lemon et Anderson Cooper. C'est précisément pourquoi Hadiyah s'est réinventée, depuis 20 semaines, en commentatrice « ad lib » de l'actualité.

«Les gens veulent avoir notre opinion sur Paris, sur ce qui est arrivé à l'Université du Missouri, sur tout ce qui se passe dans le monde. C'est une nouvelle responsabilité qui s'ajoute à celle de divertir, dans notre expression artistique. Donc, ajouté à tout ce que je mets sur Twitter, Facebook et Instagram, ça fait beaucoup !»

Hadiyah Robinson

Hadiyah Robinson a déjà produit une trentaine d'épisodes de sa balado hebdomadaire, qu'elle met en ligne chaque mardi. Elle ne rédige rien à l'avance, car elle préfère que son produit fini prenne l'apparence d'une conversation improvisée pendant laquelle elle réfléchit à voix haute sur les nouvelles du jour, la musique qu'elle aime et d'autres sujets qui touchent à sa sensibilité de trentenaire new-yorkaise.

Le fait de désormais garder un oeil sur l'actualité, ajoute Hadiyah, a également modifié sa façon de faire de la comédie stand-up.

« Comme personne, je suis multidimensionnelle et je veux que cela se reflète dans mon matériel », souligne-t-elle. Ses podcasts préférés ? « Industry Standard avec Barry Katz, The Read avec ses comparses de Brooklyn Kid Fury et Crissle (« mon plaisir coupable »), The Champs, avec Neal Brennan... Pour moi, écouter tout ça, c'est comme manger du popcorn en regardant TMZ ! »

Faire partager ses expériences de vie

Benaifer Bhadha nous donne rendez-vous dans le vaste loft de la société Narativ, spacieusement logé dans un immeuble de Brooklyn. En plus d'enseigner la coconstruction des récits à l'Université Columbia, de faire du storytelling avec de jeunes sans-papiers et de parcourir ponctuellement la planète, pour ses projets axés sur l'écoute auprès de populations marginalisées, Benaifer Bhadha s'apprête à lancer ce mois-ci la baladodiffusion produite par Narativ.

« Tu veux qu'on fasse l'entrevue dans la voûte ? suggère la vive jeune femme d'origine indienne à l'accent british, qui a grandi entre trois continents. La « voûte » en question est une cabine d'enregistrement tout juste assez grande pour accueillir deux interlocuteurs qui échangent en tête-à-tête, dans leur microphone respectif. C'est là que se déroule notre dialogue qui se promène entre l'âge d'or de la narration et l'omniprésence du terme « storytelling », sur l'engouement pour les nouvelles formes de diffusion radio et, bien sûr, le futur contenu des podcasts produits par Narativ.

« Notre cerveau est fait pour entendre des histoires : il suffit d'écouter une personne commencer sa phrase par "l'autre jour..." pour qu'une lumière mentale s'allume », énonce Benaifer Bhadha, qui reconnaît que si, d'une part, la capacité d'attention des gens diminue, d'autre part, un nouvel engouement émerge pour les histoires qui se déclinent en longueur dans le temps.

«Les podcasts ont l'avantage de favoriser l'intimité : vous vous branchez avec vos écouteurs sur votre ordi, votre téléphone ou votre iPad, et une personne s'adresse à vous directement. Il s'agit d'un espace optimal pour l'écoute.»

Benaifer Bhadha

Récits personnels

Dans l'esprit de la philosophie de Narativ, selon laquelle l'écoute est perçue comme le « récipient » de la parole, les balados de Narativ seront un lieu où les récits personnels seront les bienvenus. Le « motel de la mémoire » est le thème central autour duquel s'articuleront les podcasts.

« Nous avons commencé par solliciter la participation de gens qui ont assisté aux ateliers hebdomadaires que nous avons tenus à Londres et à New York. Tous les dimanches, nous invitions des gens à prendre part à un cercle d'échange, où tous pouvaient apprendre à être écoutés sans jugement », exprime Bhadha.

Pour cette société qui a notamment comme clients l'Unicef, Twitter et Human Rights Watch, l'accent s'articule davantage sur la description de ce qui est arrivé que sur l'énoncé d'opinions, de coups de gueule ou d'élans émotifs.

« Pour raconter une histoire, la personne doit être prête et avoir le sentiment que si elle lance son histoire dans le monde, il y aura quelqu'un à l'écoute pour la recevoir », évoque Benaifer Bhadha, qui offre en exemple un récent projet narratif sur lequel elle a travaillé, en République de Géorgie. « Nous avons travaillé avec des ex-héroïnomanes, des travailleuses du sexe, des personnes ayant un handicap physique, des gens de la communauté LGBT. Pour eux, le plus important était d'être outillé pour bien raconter leur histoire aux journalistes et de changer les perceptions », raconte Benaifer Bhadha, qui est convaincue que tout le monde a une histoire à raconter. « Si vous croyez que vous n'avez pas d'histoire, c'est parce que vous n'avez pas encore été entendu. »

Créer des ponts entre les classes

Le jour de notre entretien, Kaitlin Prest achevait une oeuvre radiophonique pour la BBC Radio, au sujet des « anciennes amours qui reviennent nous hanter ». Originaire de Montréal et établie à Brooklyn depuis cinq ans, Kaitlin Prest est le coeur et l'âme du podcast The Heart, hybride entre le documentaire radio et le récit de fiction.

Habituée des festivals consacrés à la baladodiffusion (dont le Third Coast Festival de Chicago), Kaitlin, qui a reçu son diplôme de Concordia en 2008, est une pionnière du récit narratif radio. Cette année, un épisode de The Heart, « Movies in your Head », a remporté un prestigieux prix Italia, dans la catégorie « New Radio Formats ». Les sujets des prochains épisodes de ce podcast : l'histoire d'une femme qui s'entiche d'une star du cinéma, le tournant dans le destin d'un couple dépareillé, le rapport amour-haine d'un duo uni par la collaboration artistique...

« C'est un peu par accident que j'ai échoué à New York. J'y suis venue pour poursuivre une relation amoureuse. En réalité, je n'ai jamais aimé cette ville. Mais j'ai trouvé à New York une communauté qui avait la même vision créative des récits audio que moi. Le peu d'argent public destiné aux arts et aux médias publics explique peut-être l'émergence de la créativité: pour 10 personnes qui avaient la même passion que moi, à Montréal, j'en ai trouvé 1000 à New York. Donc, c'est un accident heureux ! », relate Kaitlin Prest, pour qui tout a commencé dans les studios de CKUT, à Montréal, lorsqu'elle était à la barre de l'émission Audiosmut (qui plus tard est devenue Radiotopia).

« C'était une émission sur la sexualité, l'éducation sexuelle, le féminisme queer. Mais plutôt que de faire intervenir des experts, nous expérimentions avec le genre. Par exemple, nous écrivions des pièces narratives avec une travailleuse du sexe comme personnage central, qui racontait quelque chose d'universel, comme la description de son quotidien, ou l'homme sur qui elle avait un béguin. Il s'agissait d'une autre approche pour comprendre et décrire sa vie », relate Kaitlin, qui a conservé l'essence d'Audiosmut en créant The Hearten collaboration avec son amie des années de CKUT, l'ingénieur de son Mitra Kaboli.

L'émergence de la créativité audio

Des années de CKUT, Kaitlin et ses collaborateurs de The Heart ont conservé le mandat de diversité de genres, d'origines ethniques et d'orientations sexuelles. « Nous voulons aussi créer des ponts entre les classes sociales », évoque Kaitlin Prest qui, à Brooklyn, a trouvé une communauté de pigistes de la radio.

Pour celle qui conçoit les huit épisodes annuels de son podcast à même sa chambre à coucher, la rencontre avec d'autres artistes de l'audio est fertile et enrichissante. « À Brooklyn, il y a chaque mois les rencontres du Radio Club. Au début, vers 2011, c'était un potluck pour les gens qui font de la radio. Mais c'est devenu un événement qui réunit chaque mois une centaine de personnes de la radio indépendante. »

Habituée de nombreux festivals consacrés à la créativité audio, Kaitlin Prest perçoit un changement d'attitude à l'égard de la radio. « De plus en plus de jeunes vont étudier en radio, plutôt qu'en cinéma. Il y a vraiment quelque chose qui se passe ! »

Et au Québec?

Dans le monde francophone, le domaine du podcast original (pardon, de la balado !), tel qu'il se fait aux États-Unis, reste un territoire à conquérir. Voici un bref échantillons de podcasts en français à découvrir.

Châtelaine, la balado

Depuis l'été 2015, l'équipe du magazine Châtelaine produit des balados sur une foule de sujets en lien avec la mission du magazine. Sur le ton de la confidence et de la réflexion conviviale, Châtelaine en mode radio a produit jusqu'à ce jour une dizaine d'épisodes sur des thèmes comme l'image corporelle, la peur de l'échec et la prédominance masculine du monde des affaires.

Une fois c't'une rue 

Il y a plusieurs trouvailles à faire du côté des balados offertes sur le site de la radio communautaire CIBL. Chaque épisode d'Une fois c't'une rue part à la découverte d'une des 7630 voies qui traversent Montréal, allant à la rencontre de ses activités, des lieux et commerces qui l'habitent et des gens qui l'animent.

Bibliothèque et archives nationales du Québec

Plusieurs conférences ou conversations entre experts sont offertes en baladodiffusion sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, abordant des thèmes de société, de culture ou d'économie

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